Confinement:  « Il ne faut pas rester en robe de chambre ! », le remède de Georgette Morel à la morosité
Comment traverse-t-on la crise du Covid-19 quand on a 86 ans et qu’on habite un petit village d’Eure-et-Loir ? En continuant de s’habiller et de s’activer. Un remède que s’applique Georgette tous les jours.

Confinement: « Il ne faut pas rester en robe de chambre ! », le remède de Georgette Morel à la morosité

Comment traverse-t-on la crise du Covid-19 quand on a 86 ans et qu’on habite un petit village d’Eure-et-Loir ? En continuant de s’habiller et de s’activer. Un remède que s’applique Georgette tous les jours.
Public Sénat

Par Pierre Bonte-Jospeh

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Ces dernières semaines, même si ce n’est pas dans son caractère, Georgette a dû lever le pied. À 86 ans, plus question d’aller, deux fois par semaine comme elle en avait l’habitude, au « Rendez-vous des Tilleuls », le club du grand âge dont elle est présidente. De la même façon, elle si coquette d’ordinaire, ne va plus chez le coiffeur.

Ne pas se laisser abattre

Mais qu’importe. Pas question que le confinement entame sa détermination. Une leçon de vie qu’elle partage volontiers : « Certaines de mes amies vivent dans des hameaux éloignés de la ville, certaines d’entre elles sont seules. Alors on s’appelle, et je leur dis qu’il faut absolument garder un rythme quotidien, ne pas se laisser abattre, continuer à s’habiller, ne pas rester en robe de chambre, se fixer des petites tâches ».

Un principe que cette ancienne conseillère municipale s’applique à elle-même : « J’ai trié mes papiers, mes archives, classé des photos. J’ai la fâcheuse habitude de garder beaucoup de documents en double. Et puis j’ai fait des conserves. Mon mari est chasseur, alors j’ai fait des pâtés avec de la viande de gibier congelée ».

Georgette Morel et son mari

« J’ai connu l’exode »

Si elle reconnaît d’elle-même qu’elle est privilégiée dans son pavillon coquet de Bonneval, Georgette s’indigne que certains ne respectent pas le confinement : « Des habitants sont à côté de la plaque. Individualistes. C’est moi d’abord les autres après, et ils continuent de sortir comme avant ! Il faudrait limiter les autorisations de sortie à une sortie par jour ». 

Si elle fait partie des personnes qui ont le plus à craindre de la maladie, comme le lui rappelle son médecin, Georgette garde le moral : « On fait ce qu’on peut, on porte des masques quand on va dehors, on limite nos allées et venues, mais vous savez, dit-elle, je suis fataliste : dans la vie il arrive ce qui doit arriver, ce qui ne doit pas empêcher de faire des efforts pour soutenir nos soignants qui sont en première ligne ».

Son arme ? Un caractère bien trempé : «  Vous savez, à 6 ans j’ai quitté mon village, on a pris la route. C’était l’exode. On s’est fait mitrailler sur les routes. Alors là, c’est peut-être une guerre, mais ça n’a rien à voir. On reste avec nos proches. On est ensemble dans le confinement ».

Confinement : la leçon d'optimisme de Georgette Morel 86 ans !
03:51

« On fait des voitures à outrance, mais on n’a pas de masques en papier »

Depuis quelques jours, elle a même ressorti la machine à coudre. Pour faire des masques et des charlottes. « Ma nièce travaille dans un Ehpad, et il fallait qu’elle soit équipée pour aller travailler, alors je m’y suis mise. Mais je manque d’élastiques ».

Et Georgette de dénoncer pêle-mêle la disparition des merceries de village et l’incurie des pouvoirs publics sur la fabrication des masques : « Vous vous rendez compte, on est obligés d’importer des masques de Chine ! lance-t-elle. C’est un comble ! On les fait venir par avion, la marchandise est surveillée par l’armée. C’est du plus haut grotesque. On n’aurait jamais dû délocaliser. On fait des voitures à outrance, mais on n’est pas fichus de fabriquer suffisamment de masques en papier ».

Car des idées pour le monde d’après, Georgette en a plein. À commencer par éradiquer la misère, s’occuper des démunis, changer le système. Au moment de raccrocher, Georgette ajoute : « Dites-leur aussi qu’ils continuent le confinement le temps qu’il faut. J’attendrai ! Et que j’irai chez le coiffeur dès la fin du confinement. »

Partager cet article

Dans la même thématique

BIDONVILLE A MAYOTTE
6min

Société

Immigration clandestine à Mayotte : « il faut arrêter avec la baisse de l’aide publique au développement » réagit le sénateur mahorais Thani Mohamed Soilihi

En visite cette semaine à Mayotte, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé plusieurs mesures pour mieux lutter contre l’immigration clandestine à Mayotte, notamment la conditionnalité de l’aide publique au développement à la coopération des pays voisins. Pour le sénateur de Mayotte Thani Mohamed Soilihi et ancien ministre chargé de la Francophonie, cette conditionnalité va dans le bon sens mais il faut stopper les coupes budgétaires dans l’aide au développement. 

Le

Confinement:  « Il ne faut pas rester en robe de chambre ! », le remède de Georgette Morel à la morosité
3min

Société

« On a la capacité de recruter des profils de grandes sociétés américaines qui ont reculé sur le télétravail », se réjouit ce chef d’entreprise de la Tech

Le bureau d’Olivier Lambert n’est pas tout à fait celui de tout un chacun les jours ensoleillés. Aujourd’hui, il travaille dans son jardin. Cet entrepreneur de ‘cloud’ souverain dirige une entreprise de plus de 100 salariés en 100 % télétravail. Et ce n’est pas la conséquence de la pandémie, c’est un choix ! Dans Dialogue citoyen présenté par Quentin Calmet, il témoigne et interroge les sénateurs sur la façon d’appréhender le télétravail quand on est chef d’entreprise.

Le

Paris, March against sexual and gender-based violence
10min

Société

Violences sexuelles et sexistes :  malgré des avancées, la formation des forces de l’ordre reste à améliorer

Préjugés sexistes, violences minimisées, ou refus de plainte : les victimes qui ont le courage de pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie doivent parfois affronter une nouvelle épreuve, celle du dépôt de plainte. Depuis le Grenelle contre les violences conjugales en 2019, la formation des forces de l’ordre sur les violences intra-familiales et les violences sexistes et sexuelles (VSS) a été renforcée. Pourtant, l’affaire Lyhanna a démontré qu’il existe encore de nombreux trous dans la raquette. Si la formation initiale des policiers et des gendarmes aux VSS est obligatoire, la formation continue des forces de l’ordre reste tributaire des dynamiques locales.

Le