France Cabinet Reshuffle
Newly named Minister for Solidarity and Families Aurore Berge arrives to attend the weekly cabinet meeting after a cabinet reshuffle, Friday, July 21, 2023 at the Elysee Palace in Paris. (AP Photo/Christophe Ena)/ENA101/23202443238025//2307211425

Congé parental : les propositions d’Aurore Bergé reprennent les conclusions d’un rapport sénatorial

En annonçant, dans Ouest-France, vouloir augmenter l’indemnisation et réduire la durée du congé parental, la nouvelle ministre des solidarités, Aurore Bergé a relancé la réflexion sur les aides aux jeunes parents. Sans approfondir son raisonnement, la ministre reprend l’une des solutions avancées par un rapport sénatorial pour encourager le recours au congé parental.
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

 « Aurore Bergé a dû lire le rapport que nous avons écrit ! », se félicite le sénateur centriste du Nord, Olivier Henno. En effet, la commission des affaires sociales a adopté, le 23 juin, un rapport d’information intitulé « réformer l’indemnisation des congés parentaux pour donner un vrai choix à la famille » dont Olivier Henno est le co-rapporteur et dont les propositions d’Aurore Bergé semblent inspirées. Distinct des congés maternités et accueil du jeune enfant (paternité), le congé parental permet à chaque parent de bénéficier d’une interruption totale ou partielle de travail afin de s’occuper d’un nouveau-né. En cas d’interruption totale de l’activité, l’indemnisation s’élève à 430 euros par mois, le montant est ensuite dégressif en fonction du temps de travail effectué (278 euros pour une activité inférieure ou égale à un mi-temps et 160 euros pour un temps de travail entre 50 à 80 %). Pour rappel, le système a fait l’objet d’une refonte, en 2014, avec la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes et a ainsi réduit la durée du congé parental de deux à trois ans.

Un congé parental de moins en moins plébiscité

Force est de constater que la réforme de 2014 n’a pas apporté les résultats escomptés. En effet, le congé parental reste presque exclusivement féminin et ignoré par les pères. Une insuffisance pointée par le rapport qui souligne que « selon le Haut conseil de la famille de l’enfance et de l’âge (HCFEA) la prestation s’est dévalorisée de 38 % au regard du salaire mensuel par tête (SMPT) depuis 1994 ». Par ailleurs, le nombre de bénéficiaires a dangereusement chuté passant de plus de 520 000 en 2011 à environ 220 000 en 2021. Logiquement, le nombre de pères bénéficiaires a « décru de 19 000 en 2014 à 15 000 en 2020 ».

 « Quand on compare à d’autres secteurs comme la vieillesse ou la maladie, la famille est un des secteurs où l’Etat accompagne le moins, c’est incompréhensible. Le dispositif n’est pas incitatif, la fiscalisation et la proportionnalité des indemnités (en fonction du temps de travail) sont des aberrations », déplore Olivier Henno. La plupart des acteurs politiques et associatifs appellent en effet à une nouvelle mouture du congé parental. « Il y a des dispositions à modifier comme l’impossibilité pour les deux parents de toucher chacun une indemnisation », souligne Elsa Foucraut, porte-parole de l’association Parents & Féministes. Alors que la situation se dégrade, Olivier Henno y voit un « véritable choix de société, il y a urgence à ce que le gouvernement réinvestisse le champ de la politique familiale, délaissé depuis 10 ans ».

 « L’indemnisation est le problème clé du recours au congé parental qui s’est effondré depuis la réforme de 2014 »

 « L’idée d’Aurore Bergé est pertinente, l’indemnisation est le problème clé du recours au congé parental qui s’est effondré depuis la réforme de 2014, c’est ce que nous identifions dans notre rapport », rappelle Olivier Henno. « Le minimum du minimum, j’en fais une question de dignité, c’est de porter l’indemnisation au niveau du RSA, mais même à ce niveau c’est insuffisant. Il faut tendre vers le SMIC, rapidement », continue le sénateur du Nord. Malgré un climat de réduction des dépenses publiques la manœuvre ne semble pas irréaliste pour Olivier Henno qui avance que « la branche famille de la sécurité sociale est excédentaire de 2 milliards d’euros, donc les moyens existent. C’est un choix politique d’utiliser cet excédent pour compenser les déficits des autres branches et non pour abonder le congé parental ».

La faiblesse de l’indemnisation proposée encourage également le conjoint bénéficiant du revenu le moins élevé à prendre le congé parental. « Agir sur l’indemnisation est essentiel, cependant si on agit uniquement sur cet élément, on peut imaginer un recours plus important mais très féminin. Il faut donner une liberté de choix et éviter une répartition des rôles entre parent principal et secondaire. On observe déjà une tendance au retour des femmes à la maison », affirme Elsa Foucraut.

 « Il faut allonger la durée du congé paternité et revaloriser le service public de la petite enfance »

Si l’augmentation de l’indemnisation peut effectivement favoriser le recours au congé parental, cela ne garantit pas d’être préservé d’une répartition genrée. Une nouvelle réduction de la durée du congé peut d’ailleurs être perçue comme un obstacle. « On ne peut qu’être vigilant sur la durée, la réforme de 2014 a raccourci le temps de congé et a eu pour principal effet de réduire le recours au congé parental. C’était avant tout pour des motifs budgétaires », prévient Elsa Foucraut. « Le congé parental est une compensation pour la garde d’enfants. Le raccourcir n’est pas forcément une mauvaise idée dans la mesure où un congé de deux ans peut avoir une dimension excluante pour des mères trop longtemps éloignées du marché du travail », analyse Catherine Bonneville-Morawski, créatrice et directrice générale du cabinet-conseil Eragina spécialisé dans le développement des carrières et du leadership des femmes.

De manière générale, une plus grande implication des pères semble fondamentale pour permettre un recours plus important au congé parental. « Pour assurer un équilibre Femmes-Hommes dans le congé parental, il faut allonger la durée du congé paternité et revaloriser le service public de la petite enfance. Ces mesures permettraient au parent ayant le revenu le plus important de bénéficier du congé, même à temps partiel », souligne Elsa Foucraut.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Mouvement ‘bloquons le pays le 10 septembre 2025’
5min

Société

« Bloquons tout » le 10 septembre : qui la soutient, qui s’en tient à distance ?

Prévue comme un temps fort de la rentrée politique et sociale, la journée d’action du 10 septembre, baptisée “Bloquons tout”, divise syndicats et partis. L’appel, né d’une réaction aux mesures budgétaires annoncées par le Premier ministre François Bayrou, peine encore à rassembler. La gauche politique s’aligne progressivement, mais plusieurs organisations syndicales restent prudentes.

Le

Pause dejeuner, Paris la Defense.
4min

Société

Suppression de jours fériés : « Même un seul jour, ça ne passera pas », selon le sondeur Gaël Sliman

Pour économiser près de 44 milliards d’euros, François Bayrou a annoncé une série de propositions pour le budget 2026. Parmi ces mesures, il propose notamment la suppression de deux jours fériés, et s’oriente vers le lundi de Pâques et le 8 mai. Objectif : 4,2 milliards d’économies. Mais les Français refusent à 84% cette mesure selon un sondage Odoxa (pour le Parisien) . Entretien avec Gaël Sliman, Président d’Odoxa

Le

Congé parental : les propositions d’Aurore Bergé reprennent les conclusions d’un rapport sénatorial
4min

Société

Interdire la corrida aux mineurs : le combat de Samantha Cazebonne

Considérée comme un « art » par les afficionados, la corrida reste un « acte de cruauté », selon Samantha Cazebonne. La sénatrice Renaissance représentant les Français établis hors de France a rédigé une proposition de loi pour interdire la corrida aux mineurs de moins de 16 ans. Si sa proposition de loi a été rejetée en novembre 2024, la sénatrice poursuit son combat pour protéger les enfants de ce qu’elle considère comme un « acte de barbarie » envers les taureaux.

Le

Congé parental : les propositions d’Aurore Bergé reprennent les conclusions d’un rapport sénatorial
3min

Société

Intelligence artificielle : l’audition de Luc Julia, le créateur de Siri, qui a enflammé les réseaux sociaux

Le 18 juin dernier, devant les sénateurs de la commission des affaires économiques, l’informaticien et concepteur de l’assistant vocal Siri, Luc Julia a démystifié les idées reçues sur l’intelligence artificielle soulignant le manque de fiabilité et la nécessité de vérification. Retour sur une audition dont la portée a dépassé le palais du Luxembourg et conquis des millions d’internautes sur les réseaux sociaux.

Le