Photo illustration in Poland.
In this photo illustration a X (Twitter) logo seen displayed on a smartphone. - Mateusz Slodkowski / SOPA Images//SOPAIMAGES_SOPA013001/Credit:SOPA Images/SIPA/2402261437

Contenus pornographiques autorisés sur X (ex-Twitter) : quelles sont les règles françaises et européennes en la matière ?

Le réseau social a officiellement autorisé la diffusion de contenus pornographiques et violents sur sa plateforme. Si certaines interdictions persistent, notamment l’interdiction de mise en valeur de « l’exploitation (sexuelle), les atteintes aux mineurs et les comportements obscènes », une telle permissivité pourrait venir percuter les lois française et européenne, qui ont récemment adopté plusieurs dispositions visant à protéger les plus jeunes utilisateurs de l’exposition à ces contenus. Tour d’horizon de ces dispositions.
Alexis Graillot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Nous pensons que les utilisateurs devraient pouvoir créer, diffuser et visionner des contenus sexuels dès lors qu’ils sont produits et distribués de façon consensuelle », a expliqué la direction de la plateforme sur la page « contenus adultes » de son règlement, ce lundi.

Si la plateforme n’avait jamais formellement interdit la diffusion de tels contenus, son autorisation de manière si affirmative, a fait bondir la secrétaire d’Etat chargée du numérique, Marina Ferrari, qui a dénoncé (sur ce même réseau X), « une provocation, sans doute à des fins commerciales ». « Quelle qu’en soit la motivation, X devra mettre en place, comme tous, une vérification efficace et opérationnelle de l’âge de ses utilisateurs pour accéder aux contenus pour adultes mais aussi respecter nos textes législatifs sur la prévention du harcèlement et des violences », continue la ministre. « Le cas échéant, la loi française et les règlements européens seront appliqués avec rigueur ». Mais quels sont ces textes, et que contiennent-ils ?

« Transparence accrue » pour les grandes plateformes dans le cadre du Digital Services Act (DSA)

Bâtie sur le principe « ce qui est illégal hors ligne doit également être illégal en ligne », cette réglementation européenne, entrée en vigueur fin août 2023, veut répondre à plusieurs objectifs, en particulier, une meilleure protection des utilisateurs en ligne, mais également un contrôle accru vis-à-vis des grandes entreprises numériques, susceptibles d’atteindre aux droits fondamentaux des citoyens de l’UE.

Les plateformes en ligne se doivent ainsi de fournir aux internautes, un outil leur permettant de signaler aisément les « contenus illicites », que la plateforme devra retirer ou bloquer en cas d’illégalité avérée. La législation européenne exige également des plateformes numériques qu’elles expliquent le fonctionnement de leurs algorithmes, en contraignant ces derniers à ne pas cibler explicitement les mineurs, ni exploiter les données sensibles des utilisateurs, telles leur religion ou leur orientation sexuelle. En cas de non-respect des obligations fixées par le règlement, les plateformes encourent des amendes pouvant aller jusqu’à 6 % de leur chiffre d’affaires mondial.

Depuis le 17 février 2024, ce sont d’ailleurs l’ensemble des plateformes et des moteurs de recherche qui sont concernés par les obligations fixées par ce nouveau cadre réglementaire. En France, c’est l’Arcom, le « gendarme de l’audiovisuel », qui est chargée d’opérer cette surveillance et d’occuper la fonction de « coordinateur des services numériques ».

La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique

En complément de la législation européenne, la France a souhaité aller plus loin dans cette régulation, en renforçant elle aussi la protection des enfants contre les contenus pornographiques. A cet égard, « aucun contenu pornographique ne pourra être affiché sur l’écran du site, tant que le contrôle de l’âge de l’utilisateur ne sera pas vérifié », avec une possibilité pour l’Arcom de demander au juge administratif en cas de non-respect des obligations fixées : « le blocage des sites pornographiques qui ne contrôlent pas l’âge de leurs utilisateurs », ainsi que « leur déréférencement des moteurs de recherche sous 48 heures ».

Reste à savoir si de telles obligations incomberont également à X, n’entrant pas dans la catégorie de sites pornographiques. Quoi qu’il en soit, le risque de sanctions contre la plateforme paraît relativement peu élevé, étant donné que de tels contenus n’étaient déjà pas interdits. L’évolution de la législation européenne semble donc être un prérequis essentiel avant de pouvoir envisager des sanctions, sous peine que le juge administratif fasse primer le droit européen, compétent en la matière.

Partager cet article

Dans la même thématique

Contenus pornographiques autorisés sur X (ex-Twitter) : quelles sont les règles françaises et européennes en la matière ?
7min

Société

« Ce n’est pas une crise passagère ! » : les démographes alertent sur la rupture historique de la natalité

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Auditionnés par la commission des affaires sociales du Sénat, les démographes de l’Ined et de l’Insee ont décrit une baisse durable, générale et profondément sociétale de la fécondité, loin des seuls effets économiques ou des politiques natalistes.

Le

Contenus pornographiques autorisés sur X (ex-Twitter) : quelles sont les règles françaises et européennes en la matière ?
6min

Société

Réinsertion : la prison remplit-elle encore sa mission ?

En France, environ 90 000 détenus sortent chaque année de prison. Leur réinsertion devient alors un enjeu majeur pour notre société. Mais à l'heure où près de deux détenus sur 3 récidivent 5 ans après leur libération, la sénatrice centriste Dominique Vérien, co-autrice d'un rapport sur l'exécution des peines, souhaite redonner du sens aux sanctions pénales. Développement des aménagements de peine et des alternatives à l’incarcération, les pistes sont nombreuses… Dans le cadre d’un documentaire, Public Sénat fait le portrait de détenus et d’ex-détenus qui tentent de se reconstruire une vie après la prison.

Le

Contenus pornographiques autorisés sur X (ex-Twitter) : quelles sont les règles françaises et européennes en la matière ?
3min

Société

« Pour certains c’est trop dur de se dire que s’il y a des femmes violentées, c’est qu’il y a des hommes violents », s’interroge Ghada Hatem

Il y a 10 ans maintenant Ghada Hatem médecin gynécologue fondait la première maison des femmes à Saint-Denis. Un lieu pour soigner les femmes victimes de violences psychologiques ou sexuelles. 10 ans après, le modèle a essaimé partout en France. Mais que pense-t-elle de la hausse des féminicides et du retour de discours masculinistes qui séduisent de plus en plus de jeunes hommes ? Ghada Hatem répond à toutes les questions de Rebecca Fitoussi dans l’émission « Un monde, un regard ».

Le