Coronavirus : travailler dans les champs « ne s’invente pas »

Coronavirus : travailler dans les champs « ne s’invente pas »

Le 24 mars dernier, Didier Guillaume lançait un appel aux volontaires pour rejoindre « l’armée de l’ombre de l’agriculture » et aider à la récolte de fruits et de légumes à travers l'opération « Des bras pour ton assiette. » L’opération est pour l’instant un succès. La FNSEA estime à 200 000 le nombre de personnes nécessaires.
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Par Sandra Cerqueira

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Des appels, Jacques Rouchaussé en a reçu une dizaine depuis l'opération lancée le 25 mars dernier par le ministère de l’Agriculture et le syndicat agricole FNSEA. Des volontaires prêts à l’aider sur son exploitation à Mardeuil dans la Marne.

« Ça fait chaud au coeur de voir cet élan de solidarité se mettre en place pour sauver notre agriculture. Nous avons besoin de monde pour remplir nos assiettes et pouvoir continuer à manger après la crise ».  D'habitude, ce maraîcher embauche pour cueillir ses concombres beaucoup d'étrangers : polonais, espagnols, portugais, marocains. Avec le coronavirus, ils ne viennent pas. « Nous n'allons pas laisser pourrir nos cultures dans les champs, il faut les récolter parce qu'il faut alimenter nos rayons de supermarchés. »  

En tant que président des Légumes National de France, il se aussi fait porte-parole des ses confrères pour devancer les critiques : « Ce n’est pas parce que n’avons plus de main d’œuvre étrangère que nous sommes bien contents de trouver les Français ! En temps normal, malgré le taux de chômage, nous n’avons pas le choix que d’y recourir. Maintenant que ce n’est plus possible, il faut bien trouver des bras ! »

173 000 personnes ont déjà répondu à l’appel

Alors que le déplacement des ouvriers agricoles en période de confinement inquiète, Jacques Rouchaussé tient à rassurer : « Dans les entreprises agricoles, il y a déjà les gestes barrières. On essaie de mettre minimum un mètre entre les uns les autres. On travaille avec des gants de façon systématique et des masques quand c’est possible. »

La majorité des postulants sont des salariés confrontés à un arrêt de leur activité ou des indépendants en manque de ressources. Des retraités ont aussi répondu à l’appel. «  Nous avons fait en sorte qu’il soit possible de cumuler le chômage technique et les heures de saisonnier. Un certain nombre de départements permettent même de cumuler le RSA et un travail à côté » explique Jérome Volle, président de la commission emploi à la FNSEA. «  La demande ne va cesser d’augmenter. Il nous faut 45 000 saisonniers en mars, 80 000 en avril et 80 000 en mai. »

« La demande ne va cesser d’augmenter »

Pour l’heure, il y a plus de candidatures que de postes à pourvoir. Jérôme Volle est aussi viticulteur en Ardèche, il a reçu des coups de téléphone après l’appel national pour lui prêter main forte. Sauf que, en cette saison, il n’a pas besoin de renfort.

Ce n’est pas le cas de tous. Une productrice des Landes (ne souhaitant pas révéler son identité) dit « crouler sous le boulot ». Embaucher des salariés pour la plupart « inexpérimentés » lui fait peur. « Ils seront amenés à utiliser des outils techniques qui peuvent être dangereux. Que se passera-t-il en cas d’accident ? »

Car travailler dans les champs « ne s’invente pas » selon Daniel Grémillet, sénateur LR des Vosges et agriculteur. « Cela demande du savoir-faire, de l’expérience. Et dans les grandes exploitations, l’encadrement sera nécessaire.»

Le sénateur socialiste Olivier Jacquin de la Meurthe-et-Moselle redoute quant à lui les méfaits de la loi d’urgence sanitaire. « Les dérogations au droit du travail sont possibles. Attention aux abus car dans l’agriculture la semaine est déjà à 60 heures ! Attention aussi à ne pas créer de précédent dangereux qui pourrait perdurer au-delà de l’épidémie » prévient le sénateur lui-même agriculteur.

La longueur des semaines pourrait en décourager certains. « C’est pour ça que nous écartons d’emblée les candidatures bénévoles. Le contrat sera le même que pour tout emploi agricole saisonnier » explique enfin Jérôme Volle de la FNSEA. Les volontaires signeront donc un « contrat dit sans fin », un contrat TESA (titre emploi simplifié agricole) -l’équivalent du CESU dans d’autres secteurs d’activité. Ainsi les salariés au chômage technique pourront regagner facilement leur entreprise d’origine. « Nous devons constituer un vivier important de volontaires, car il va y avoir beaucoup de turn-over.»

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