Située dans le 15ème arrondissement de Paris, l’unité de soins palliatifs Jeanne Garnier accompagne la fin de vie des malades du Covid-19. C’est un bouleversement pour le personnel soignant.
Covid-19 : les soins palliatifs en souffrance
Située dans le 15ème arrondissement de Paris, l’unité de soins palliatifs Jeanne Garnier accompagne la fin de vie des malades du Covid-19. C’est un bouleversement pour le personnel soignant.
Par Sandra Cerqueira
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Tout a été réorganisé en quelques jours pour accueillir les malades du Covid-19. Le 1er patient arrive le 25 mars dernier. Le surlendemain, les 14 lits prévus sont occupés. Puis très vite, les 26 lits du rez-de-chaussée y sont dédiés.
Le Dr Jean-François Richard a suivi de près toute la logistique. Il a beau être en fin de carrière, c’est pour lui du jamais-vu : « Nous avons dû vider complètement l’étage pour éviter la contagion des malades déjà présents et qui occupent maintenant les deux étages restants. »
Quand la situation des hôpitaux se tend, il devient évident pour la direction de la maison médicale d’aider en proposant des lits et soulager ainsi les hôpitaux dont les besoins en réanimation augmentent de jour en jour. Un point quotidien est assuré chaque jour avec l’agence régionale de santé. « Tous les lits libérés ici vont permettre aux malades qui peuvent être sauvés d’être mieux pris en charge par le personnel hospitalier » explique le docteur Richard. « On est en bout de chaîne et on accompagne uniquement ceux pour qui il n’y a plus d’espoir de rémission. » Parmi ces malades atteints du Coronavirus, certains étaient déjà suivis en soins palliatifs, d'autres sont des personnes âgées venant d'Ehpad ou de leur domicile. Souvent immunodéprimés et présentant d'importantes comorbidités, ils sont trop faibles pour supporter une réanimation avec son cortège de soins invasifs. « Cela peut sembler moins urgent que de soigner les patients en réanimation mais ces personnes doivent être accompagnées pour finir leurs jours dans de bonnes conditions, ailleurs que sur des brancards par manque de place » précise le Dr Jean-François Richard.
L'unité en soins palliatifs Jeanne Garnier accueille plus de 1000 malades par an
Ces patients peuvent basculer très vite – trois à quatre minutes – dans une détresse respiratoire aiguë : une forme d’asphyxie qui rend la mort particulièrement douloureuse. Cette maladie impose une culture palliative rapide, il faut pouvoir soulager dans l’urgence. Les fins de vie se ressemblent et « s’enchaînent » C’est ce qui est le plus difficile à gérer pour les soignants : « ça a un côté inhumain » explique Christine Dornic, la directrice de l’établissement. En temps normal en soins palliatifs, l’équipe soignante a le temps d’apaiser les derniers instants, le relationnel a un rôle important. « Là, ce n’est plus du tout le cas, et c’est une source de souffrance pour l’équipe qui se sent très impuissante. »
L'unité en soins palliatifs Jeanne Garnier , le protocole pour les décès du Covid-19 pèse particulièrement sur les soignants
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« Ça a un côté inhumain »
Anne-Caroline Frèrejacques coordonne l’équipe des soignants de la structure depuis 10 ans. Elle aussi n’a jamais connu situation pareille. Le travail quotidien a dû être totalement réorganisé car tous les protocoles se compliquent avec ce virus : la gestion du linge, l’habillage et le déshabillage des malades...avec un personnel en habit de « scaphandrier » protégé de la tête aux pieds. « Tout est plus long et prend plus de temps, alors qu’on n’en a pas forcément, y compris pour se mettre en tenue de travail car nous sommes équipées d’un masque, de lunettes, d’une surblouse. »
Or il y a une pénurie de surblouses en Ile-de-France. Alors c’est le système D, « on les remplace avec des grands sacs-poubelles. C’est stressant mais on est bien obligés de travailler avec les moyens du bord » Les soignants ont le sentiment d’être « envoyés au combat sans rien, sans être armés ! De ne pas pouvoir se protéger car nous n’avons pas de matériel suffisant. » Toute l’équipe redoute d’être contaminée. « On serait alors en sous-effectif et ce serait terrible ! ». Une autre de leurs craintes ? « Ramener le virus à la maison.»
« C’est le système D »
Sans compter l’impact psychologique lié à la gestion des malades du Covid. Ils ne peuvent pas recevoir de visites, « ils meurent tout seuls » Les annonces de décès sont faites par téléphone. « C’est dur humainement. L’accompagnement des familles n’est plus du tout le même. »
Quand le patient décède, les règles sont là encore très strictes : le corps est mis dans une housse pour éviter la contamination, impossible pour les proches d’avoir un dernier regard sur lui, fini donc les cérémonies de présentation des corps. « Et c’est nous qui fermons cette housse… C’est difficile quand on perd la moitié des patients du service en deux jours. »
Pour aider les soignantes, un suivi individuel a été mis en place 2h par semaine. La psychologue, jusque-là au chevet des malades, suit maintenant de près le personnel. « Le plus dur va être de tenir sur la longueur car enchaîner ainsi les décès est une épreuve. Il faudra rester vigilants dans l’après-coup. »
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