Crise de la pêche franco-anglaise : « La Commission européenne a été très molle jusque-là », pointe le sénateur Jean-François Rapin

Crise de la pêche franco-anglaise : « La Commission européenne a été très molle jusque-là », pointe le sénateur Jean-François Rapin

Jean-François Rapin, président de la commission des affaires européennes du Sénat, soutient les sanctions prises par Paris dans le cadre du conflit avec la Grande-Bretagne sur les droits de pêche. Mais il demande qu’elles soient « bien calibrées ». Le sénateur se dit « très inquiet » des conséquences des sanctions pour les mareyeurs français.
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Paris tape du poing sur la table. La tension monte d’un cran entre la France et la Grande-Bretagne, dans le cadre du conflit qui oppose les deux pays sur le nombre de licences de pêche accordées aux pécheurs français, suite au Brexit. Des mesures de rétorsion sont mises en place à partir de mardi. Les bateaux de pêche britanniques auront l’interdiction de débarquer leurs cargaisons dans les ports français.

« Ces sanctions arrivent tard », réagit Jean-François Rapin, président de la commission des affaires européennes du Sénat. « Très inquiet des mesures interdisant la débarque des Anglais dans nos ports », le sénateur LR du Pas-de-Calais craint qu’« un conflit se crée entre les pêcheurs et les mareyeurs à cause de ces mesures de rétorsion ». « On ne fait pas la guerre », lâche Jean-François Rapin, mais « si les Anglais veulent respecter leurs pêcheurs, on veut que les nôtres le soient aussi ». Entretien.

La menace était brandie. Cette fois ça y est, la France va mettre à exécution mardi ses sanctions contre les pêcheurs anglais, dans la cadre du conflit sur les droits de pêche. Soutenez-vous le gouvernement dans cette décision ?

Oui. Je ne peux pas avoir réclamé des sanctions depuis des mois – car ça fait des mois que la situation est dans cet état – et aujourd’hui dire que ce n’est pas bien. Mais je considère que ces sanctions arrivent tard. J’ai en mémoire les différents déplacements ministériels, de la fin d’année dernière ou du début d’année, où le ministre disait que tout allait s’arranger, et très vite.

Les sanctions sont multiples : interdiction de débarquer pour les navires de pêche anglais dans les ports français, contrôle systématique de sécurité des navires, contrôles sanitaires et douaniers renforcés pour les importations de Grande-Bretagne et plus de contrôles des camions. Ces mesures vous semblent-elles les bonnes ?

Il faut que ces mesures de rétorsion soient bien calibrées. Je suis très inquiet des mesures interdisant la débarque des Anglais dans nos ports. Attention à ne pas faire un conflit entre pêcheurs et mareyeurs. Ils sont inquiets. Le ministre m’a dit qu’en cas de perte, on utilisera le fond d’ajustement du Brexit. Mais ça me paraît ubuesque de l’utiliser pour des mesures de rétorsion que la France et l’Europe mettent en place contre la Grande-Bretagne. Ça veut dire qu’on sait déjà que ça risque d’engendrer des pertes.

Je ne veux pas qu’un conflit se crée à la fin entre les pêcheurs et les mareyeurs à cause de ces mesures de rétorsion, qu’il serait par ailleurs vraiment temps de mettre en place. J’ai eu des messages du syndicat des mareyeurs disant que perturber l’importation des produits de la mer britanniques était suicidaire pour nos entreprises, nos ports et nos emplois, et sans effet sur l’exploitation de la Manche et sans réel effet sur l’exploitation des filets français.

Pour ce qui est des contrôles des camions, je n’ai pas de problème s’il n’engendre pas un retard dans les flux de traitement. La méfiance et la rétorsion n’empêchent pas non plus qu’on soit intelligents. On a besoin aussi de ces marchandises.

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a aussi évoqué une seconde série de sanctions avec « des mesures énergétiques qui ont trait à la fourniture d’électricité pour les îles anglo-normandes ». Ce ne serait pas aller trop loin ?

Ça fait longtemps qu’on brandit ces mesures-là. Aller trop loin, je n’en sais rien, car ça fait partie des mesures de rétorsion qui pourraient s’appliquer dans 5 ans, au moment de la révision de l’accord. Elles sont déjà inscrites, elles pourraient être anticipées. Vous ne croyez pas que ce n’est pas bien d’empêcher nos pêcheurs de travailler ? A un moment, on ne fait pas la guerre, mais on est aussi respectueux des nôtres. Si les Anglais veulent respecter leurs pêcheurs, on veut que les nôtres le soient aussi. On ne peut pas les mettre à nu comme ça.

La solution passe-t-elle par la Commission européenne ?

La Commission a été très molle jusque-là. Même si elle a fourni du travail de prospection par rapport à la clause du grand-père, je l’ai trouvée très frileuse sur la question. On n’a jamais vu la Commission taper réellement du poing sur la table. Ils considèrent que cette activité ne représente pas beaucoup en Europe, mais certains territoires comme le mien, les territoires bretons ou normands sont vraiment des territoires qui vivent au rythme de la pêche. C’est une vision européenne très supranationale.

Il faut aussi faire attention à ce que les mesures de rétorsion soient bien partagées par les Etats membres, surtout du littoral. Hors de question que nos amis anglais aillent débarquer en Belgique ou en Hollande. Tout le monde doit jouer le jeu. On sera attentif à ce qu’il n’y ait pas de fracture entre Etats membres sur ces questions.

La crise vient du nombre de licences accordées aux pêcheurs français pour pêcher en eaux anglaises. 200 ont été accordées. Paris en réclame encore 244 de plus. Estimez-vous aussi que Londres ne joue pas le jeu de l’accord trouvé lors du Brexit ?

On aurait dû s’accorder au départ sur un nombre de licences données, que les Français attendaient. L’accord a été écrit d’une certaine façon qui fait qu’aujourd’hui, il y a des pêcheurs qui ne sont pas capables de prouver qu’ils ont pêché dans ces eaux anglaises, mêmes s’ils l’ont fait, car ils ne sont pas forcément équipés de GPS par exemple. On est dans le cadre d’une pêche artisanale. Peut-être aurions-nous dû nous accorder sur un nombre de licences négociées avec les Anglais.

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