Culture : à Marseille et à Paris, des concerts tests qui ouvrent des perspectives à la musique

Culture : à Marseille et à Paris, des concerts tests qui ouvrent des perspectives à la musique

Le ministère de la Culture va soutenir les concerts tests qui étaient en préparation. L’enjeu est de prouver qu’un concert peut être organisé assis, mais aussi qu’il « n’est pas plus dangereux d’aller dans un concert debout et sans distanciation », souligne Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes. Mais le ministère aurait dû agir plus tôt, selon les sénateurs Sylvie Robert (PS) et Thomas Dossus (EELV).
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Des concerts tests qui ouvrent un espoir pour le secteur de la musique, totalement à l’arrêt. Des concerts expérimentaux seront organisés en mars et avril, à Marseille et à Paris, a annoncé la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. En réalité, il ne s’agit pas d’une annonce. La nouvelle était déjà connue depuis janvier.

Bachelot « très optimiste pour les festivals et spectacles assis. Pour les spectacles debout, c’est plus compliqué »

Si tout le monde devra porter un masque, les concerts seront organisés selon des protocoles différents : assis ou débout. « Il y aura deux concerts tests assis, avec possibilité de se lever au Dôme de Marseille », souligne Roselyne Bachelot. On devrait y retrouver le groupe de hip-hop phocéen IAM. « Sous réserve d’une situation sanitaire catastrophique, ils pourraient avoir lieu dans la deuxième quinzaine de mars. Nous voulons également organiser un concert debout à l’Accord Arena de Bercy en avril », à Paris, ajoute la ministre, « très optimiste pour les festivals et spectacles assis » cet été. Mais « pour les spectacles debout, c’est plus compliqué ». Pour étudier des situations avec brassage, les « entrants seront testés mais les personnes positives ne seraient pas filtrées », précise Roselyne Bachelot. L’étude sera faite en collaboration avec l’Inserm.

Pour Marseille, « le public sera divisé en deux blocs. Un groupe sera assis sans distanciation sociale. L’autre sera assis avec un fauteuil vide entre chacun. Nous pourrons ainsi faire une étude dans l’étude », expliquait début février le médecin urgentiste, Vincent Estornel, organisateur des concerts de Marseille. « Pour éviter que les gens ne se croisent, il n’y aura pas de places attribuées. Juste un bloc et un rang, ce qui sera à terme ce qui se passera dans les vrais concerts. Le premier arrivé devra aller s’asseoir en bout de rangée et les autres prendront place au fil de l’eau », précise le médecin.

Groupe de travail depuis novembre

Le concert de Paris permettra lui, de tester une configuration à grande échelle, avec 5000 participants, comme dans les salles de type Zénith, en lien avec l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Le ministère est venu en réalité se raccrocher à une réflexion lancée en novembre par les professionnels. Un groupe de travail, piloté par le Prodiss (Syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle dans le privé) a ainsi été mené avec Jean-Paul Roland, directeur du festival des Eurockéennes. « Passé l’été, on a commencé à prendre des contacts avec nos collègues européens, comme le Primavera, en Espagne, qui a organisé un concert test à Barcelone », raconte Jean-Paul Roland.

En Espagne, l’expérimentation, organisée le 12 décembre, s’est très bien passée. 500 personnes ont assisté à un concert debout, en intérieur, avec test antigénique à l’entrée, masque et – précision importante – sans aucune distanciation. Résultat : aucun cas de contamination au covid-19 relevé après. Aux Etats-Unis, c’est une expérimentation d’un autre genre qui a eu lieu. Le groupe américain Flaming Lips a pu jouer devant un public, où chacun était… dans une bulle géante en plastique, façon boule pour hamster. Chacun son espace. Pas pratique pour slamer.

« Expérience médicale dans le cadre d’un concert »

« On a aussi auditionné des laboratoires, des chercheurs, des épidémiologistes », continue le responsable du Prodis, qui préfère parler « d’expérience médicale dans le cadre d’un concert ». Le protocole pour le jour J est encore « en cours de rédaction. Toutes les hypothèses sont sur la table : tester les gens 72 heures avant. […] On n’est pas encore sûrs d’avoir besoin de retester les gens à l’entrée, mais nous aimerions quand même le faire pour, pourquoi pas, évaluer les tests salivaires. Car on pourrait peut-être, être à même de les utiliser pour les festivals », précise Jean-Paul Roland, qui espère vérifier « l’hypothèse de départ, qui est que ce n’est pas plus dangereux d’aller dans un concert debout et sans distanciation, avec un protocole sanitaire » (voir la vidéo ci-dessous). Un modèle à valider qui pourrait servir à « l’ensemble de la filière ». De quoi tout changer pour le secteur.

Jean-Paul Roland (Prodiss) sur le concert test de Bercy
01:47

Jean-Paul Roland n’imaginait pas organiser ce concert sans l’aval de la rue de Valois. « On a eu un sentiment d’officialisation, de partenariat », se réjouit le responsable des Eurockéennes.

« C’est bien qu’on s’organise pour donner un espoir »

L’annonce du soutien par le ministère de la Culture de ces concerts est aussi bien vue à la commission de la culture du Sénat. « Je me félicite que le ministère de la Culture s’empare de ça. Mais il faut vraiment un cadre bien défini », réagit la sénatrice PS Sylvie Robert, qui suit de près le sujet. Car « cela pose plein de questions : qu’est-ce qu’on veut mesurer et démontrer ? Le niveau de circulation du virus à l’intérieur de ces salles ? Et quand elle dit que les concerts ne se feront que si les conditions sanitaires le permettent, quel est le seuil ? Puis il y a la question des tests. Aujourd’hui, on n’est pas obligé de faire un test. Si on oblige de faire un test pour assister à un concert, il faut l’encadrer », souligne la sénatrice PS d’Ille-et-Vilaine.

Pour le sénateur EELV Thomas Dossus, « c’est bien qu’on s’organise pour donner un espoir au monde culturel. Mais ça arrive un peu tard. Les établissements recevant du public sont fermés depuis un moment. Il y a déjà eu des concerts tests ailleurs. On a toujours eu l’impression que Roselyne Bachelot perdait ses arbitrages. Pour une fois, elle arrive à se bouger, on va être contents ».

« Il faut regarder les conditions en plein air debout, c’est le gros enjeu pour les festivals cet été »

Le sénateur écologiste du Rhône estime qu’« il faut regarder aussi les conditions en plein air debout. C’est le gros enjeu pour les festivals cet été. Le plein air, c’est moins risqué. C’est là que le covid-19 se diffuse le moins. A la Rave de Lieuron, le 31décembre, qui était du semi-ouvert, il n’y a pas eu de cluster. Et le plein air, c’est plus facile à organiser pour les collectivités. La ville de Paris a déjà annoncé des espaces pour des concerts. A Lyon, ils y réfléchissent ». « Dans les salles de concert, ce qui est compliqué, c’est l’aérosolisation du virus (des fines gouttelettes microscopiques qui restent en suspension dans l’air et se déplacent à plusieurs mètres, ndlr). Il suffit qu’il y ait une fois un supercontaminateur et on aura du mal à contrôler », continue Thomas Dossus.

Pour les festivals, que Sylvie Robert défend depuis le début de la crise, « il y aura une réunion importante jeudi avec tous les festivals. Ils attendent un cadre précis pour avoir des perspectives. A mon avis, la question des tests est impossible pour le plein air. La seule bonne piste, c’est la vaccination. Mais tout le monde ne sera pas vacciné cet été ».

« Les clubs seront les derniers établissements à rouvrir »

Pour Thomas Dossus, qui avait défendu lors du budget un amendement en faveur du monde des musiques électroniques, s’appuyant sur la lettre de Laurent Garnier à Roselyne Bachelot (voir ici à la fin de l’article), les perspectives restent en revanche plus compliquées pour les clubs.

« Ce seront les derniers établissements à rouvrir. Je ne vois pas comment on peut rouvrir les clubs et boîtes de nuit avant la fin de l’été. Et s’ils rouvrent, ce sera à jauge tellement réduite qu’ils ne seront pas rentables », craint le sénateur EELV du Rhône, qui connaît cette scène localement. La réussite des concerts sans distanciation pourrait cependant ouvrir aussi des perspectives aux clubs.

« La culture est la grande oubliée »

Reste que pour la culture, ces annonces sont une lueur d’espoir. Depuis le début de la crise sanitaire, elle a souvent eu l’impression, soit que le gouvernement était aux abonnés absents, soit de passer après. Elle serait moins… essentielle. Or « c’est l’urgence absolue », alerte Thomas Dossus, « tout le monde de la culture, tout le monde la nuit est à l’arrêt ». Il rappelle « l’appel des indépendants, mené par Vincent Carry du festival Nuits sonores, à Lyon », pour trouver des solutions.

« Ça fait des mois que je le dis », rage aussi Sylvie Robert. En juin dernier, elle nous expliquait que « la culture (était) la grande oubliée des plans de relance ». Elle n’a pas changé d’avis. « La culture est en effet la grande oubliée, car je ne comprends pas qu’on ne se soit pas emparé de toutes ces questions pour anticiper la réouverture d’un secteur. Il y a une dimension politique et symbolique forte », soutient la socialiste, qui ajoute :

Je suis toujours extrêmement peinée de voir qu’on donne toujours plus d’importance au fait de consommer dans un grand magasin que de partager un moment avec des artistes.

« On a décidé, et c’est très bien, que les écoles restaient ouvertes. C’est un choix que je partage. Mais on aurait pu le faire aussi pour les salles de spectacle », ajoute la sénatrice PS. « Un artiste sur scène nourrit nos imaginaires, ils nous donnent à rêver, à se projeter. On en a besoin », lance Sylvie Robert, « si les gens sont aussi déprimés, c’est aussi que le lien social que la culture véhicule, manque. On fait humanité grâce à la culture ».

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