De la suppression du vin dans les cantines, à la loi Evin : la lutte contre l’alcool en 5 dates

De la suppression du vin dans les cantines, à la loi Evin : la lutte contre l’alcool en 5 dates

Dans un pays où la consommation de vin, boisson alcoolisée incontournable dans la culture française, ne cesse de baisser depuis les années 70, retour sur les différentes actions menées par les gouvernements pour réprimer la consommation d'alcool depuis 1945. Des premières campagnes anti alcool dans les milieux scolaires et au volant, à la loi Evin de 1991 portant sur l’interdiction de faire de la publicité pour les boissons alcoolisées, le vin a été l’objet de toutes les attentions.
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Par Priscillia Abereko

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1956, la lutte contre l’ivresse dans les cantines scolaires

En 1956, le gouvernement s’empare de la question de l’alcool dans les cantines scolaires. Pour la première fois, une mesure significative est adoptée. Désormais, aucun enfant de moins de 14 ans n’est autorisé à boire du vin à table. Une véritable révolution est en marche, dans la lutte contre l’ivresse dans les milieux scolaires. Rien d’étonnant pour l’historien de la vigne et du vin Stéphane Le Bras, qui rappelle « à cette époque, c’est une pratique commune de voir des enfants consommer du vin. Les parents ont l’habitude de donner une fiole de vin coupée avec de l’eau à leurs enfants lorsqu’ils se rendent à l’école. D’ailleurs dès les années 30, un comité national de propagande en faveur du vin est créé et l’une de leurs premières revendications, c’est d’encourager cette pratique en habituant les enfants au goût du vin ». Derrière cette interdiction, il y a la volonté, pour l’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine : de protéger les enfants. Pour elle, « une attention particulière est faite à cette époque en direction des enfants, des adolescents, des jeunes au moment où ils entrent dans la vie et où ils vont commencer à conduire ».

Dans les années 60 « les travailleurs de force reçoivent dans leur salaire une partie en vin, environ deux litres ».           

1961, la répression de l’alcool au travail

En 1961,des fontaines à eau et des distributeurs de limonade sont installés dans les entreprises. Derrière cette arrivée de boissons saines et rafraîchissantes, se cache en réalité un autre  enjeu : faire reculer l’alcoolisme. Une stratégie qui ne porte pas ses fruits immédiatement. L’historien de la vigne et du vin, Stéphane Le Bras le reconnaît, « dans un premier temps, introduire de l’eau dans les entreprises ne permet pas aux gens de renoncer à l’alcool. Toutefois, cette substitution va marcher sur le long terme, grâce aux efforts de Pierre Mendès France et du professeur Debré qui vont faire émerger des lois contre cette image du vin comme fortifiant et qui permet de mieux travailler. D’ailleurs, les travailleurs de force reçoivent dans leur salaire une partie en vin, environ deux litres».                                                                                             

1978, la conduite en état d’ivresse réprimée

En 1978, le gouvernement durcit le ton en matière de sécurité routière. L’alcool au volant, véritable fléau national, ne cesse de faire des ravages. Il faut réagir. Une nouvelle loi entre en vigueur sous l’égide de la ministre de la santé de l’époque, Simone Veil, encadrant le taux d’alcool légal lors de la conduite à 0,8g. Une volonté d’améliorer le problème de l’alcool malgré la contestation des lobbys. Un sentiment partagé par l’ancienne ministre de la Santé et des Affaires sociales, Marisol Touraine, frappée dans sa vie de parlementaire par le fait que « dès lors que l’on met le vin ou de l’alcool sur la table des débats on fait forcément face à une forte mobilisation ». Pour faire face à cette opposition, un passage en force s’impose. Stéphane Le Bras rappelle par ailleurs « en 1978 on entre dans une période de sensibilisation très forte, avec des slogans comme "Boire ou conduire, il faut choisir", avec une volonté de responsabiliser désormais les automobilistes. On les pousse à la sobriété ».

 

L'incroyable histoire d'une ministre de la santé qu'un élu local voulait faire "boire"
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1984, le vin, un aliment comme les autres ?

Nous sommes en 1984, 28 ans après la loi interdisant le vin dans les cantines scolaires, sa réintroduction fait de nouveau débat. À la télévision, deux professeurs Mr Serrou et Mr Balmes s’opposent : doit-on considérer le vin comme un simple aliment ? Pour le premier, il faut apprendre au moins de 16 ans, à déguster le vin dans les établissements scolaires. Le second, plus réticent, y voit une action des lobbys. Pour l’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine, « ce qui est sidérant dans ce débat, c’est qu’il se déroule en 1984. Une année pas si lointaine de nous ! ». Un débat qui ne remettra cependant pas en cause la loi de 1956.

"Il faut apprendre aux enfants à déguster du vin" en 1984 l'hallucinant débat sur le retour du vin dans les cantines scolaires
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1990, la Loi Evin

En 1990, les politiques se déchirent sur la loi Evin. Le gouvernement de Michel Rocard fait voter une loi fondamentale dans la lutte contre l’ivresse : la loi Evin. Cette mesure vise à interdire la diffusion de publicités de boissons alcoolisées. À l’Assemblée nationale, tous, ne l’acceptent pas. Derrière cette contestation, c’est une partie de l’économie française qui serait en jeu. L’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui a tenté en 2015 de faire barrage à une réforme visant à assouplir la loi Evin, remarque « une réelle crispation autour de cette loi». Une seule explication pour l’historien de la vigne et du vin, Stéphane Le Bras « il y a toujours eu un lobby viticole extrêmement fort au Parlement. Dès 1919, on voit émerger les députés du vin qui vont défendre bec et ongles la filière. Il voit le vin comme un patrimoine qu’il faut valoriser. ». 

Retrouvez l'intégralité de l'émission présentée par Fabrice d'Almeida samedi à 8h30 et 15h30, dimanche à 12h et lundi à 23h.

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