Paris : Journee « Poisson d’avril » chez Europe 1.
Jean Pierre Elkabbach. Laurent Ruquier 6h30 9H30 a la place de Marc Olivier Fogiel avec Nicolas Canteloup et Jean Pierre Elkabbach. Europe 1 cree l'evenement en bouleversant la globalite de son antenne pour la journee du 1 avril , en effet chaque presentateur d'emission laissera pour la journee le micro a un de ses camarades de la station. Paris , FRANCE - 02/04/2010/Credit:LEROUX PHILIPPE/LYDIE/SIPA/1004021156

Décès de Jean-Pierre Elkabbach : « Être interviewé par lui, c’était une épreuve », témoigne Patrick Kanner

Jean-Pierre Elkabbach s’est éteint à l’âge de 86 ans mardi 3 octobre. Après soixante années de carrière, on retient de lui une façon pugnace et précise de mener une interview. De nombreux responsables politiques se souviennent de leur passage devant lui.
Simon Barbarit

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« Un journaliste précis, provocateur quand il le faut ». C’est comme ça que se définissait Jean-Pierre Elkabbach lors de sa dernière interview sur Public Sénat dans l’émission « Un monde, Un regard ». L’ancien PDG de France Télévisions, d’Europe 1 et de Public Sénat a marqué la vie politique de la Ve République par ses interviews politiques au style inimitable, avec ses fameuses accroches déstabilisantes pour l’interviewé. « Bonjour Marine Le Pen, vous n’avez pas honte ? » « Bonjour Mme la ministre de la Culture (Fleur Pellerin), il paraît que maintenant vous lisez ? » « Cécile Duflot, vous n’êtes pas fatiguée d’avoir toujours raison ? »

L’ancien sénateur socialiste, André Vallini a lui-même participé à une séquence iconique lorsqu’il était Secrétaire d’Etat en charge de la réforme territoriale. « Quelle couleur vous préférez pour le mur ? Le mur sur lequel va se fracasser votre réforme territoriale », lui demanda-t-il un matin d’interview sur Europe 1. « C’est une réforme qui bousculait les collectivités territoriales. On avait tous les élus locaux contre nous. Jean-Pierre Elkabbach avait un peu raison car nous n’avons pas pu tout faire passer, notamment la suppression des départements. Il ne m’avait pas prévenu de cette attaque. Je lui ai dit après l’interview qu’il avait été un peu dur. Il m’a dit. Mais non, mais non, ça accroche les auditeurs », relate André Vallini.

L’ancien ministre a été interviewé pour la première fois par Jean-Pierre Elkabbach, quelques années plus tôt, lorsqu’il était président de la commission d’enquête parlementaire sur les dysfonctionnements de la justice dans l’affaire Outreau. « C’était toujours le même rituel. Son équipe vous appelait à 18 heures pour vous inviter dans la matinale du lendemain. Et lui vous appelait vers 22h30 pour préparer l’interview. Son but était de ne pas nous faire sortir de l’eau tiède. Il faut dire les choses, répétait-il souvent ».

« Il vous poussait dans vos retranchements »

« Être interviewé par lui c’était une épreuve », confirme le président du groupe socialiste du Sénat, Patrick Kanner. « Il n’y avait pas de complicité de sa part. C’était un rapport de force. Il vous poussait dans vos retranchements pour que l’info sorte. Je me souviens de ses notes stabilotées de différentes couleurs. Ça m’a marqué, je me disais qu’il devait avoir un code couleur en fonction des questions que lui seul connaissait ».

A la tête de Public Sénat durant trois mandats, Jean-Pierre Elkabbach a toujours eu pour objectif de rendre le travail parlementaire accessible au grand public. Et pour ça, il n’hésitait pas à distiller ses conseils aux jeunes élus, comme peut en témoigner l’ancien sénateur socialiste, David Assouline. « Pour l’une de mes premières questions d’actualité, le brouhaha de la droite me couvrait et je criais un peu dans le micro. Je me souviens qu’il était venu me dire que je devais rester calme et ne pas monter comme ça car on n’entendait pas le brouhaha à la télé. Je l’ai retenu et j’ai transmis (le conseil) ensuite », a-t-il relaté dans la matinale de Public Sénat.

« Il avait une telle connaissance de la vie politique que vous ne pouviez pas dire n’importe quoi »

L’ancien président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré salue lui aussi ce matin sur Public Sénat le grand professionnel et le « témoin privilégié de la Ve République ». « Il avait une telle connaissance de la vie politique que vous ne pouviez pas dire n’importe quoi ». Pendant une dizaine d’années, Jean-Pierre Elkabbach a animé l’émission littéraire « Bibliothèque Médicis » sur Public Sénat. « C’était rare d’être interviewé par un journaliste qui avait lu le livre. Au mieux, ils ont lu la quatrième de couverture », relève Jean-Louis Debré.

André Vallini lui a dit un jour que Bibliothèque Médicis (Ndlr. L’émission littéraire présentée par Jean-Pierre Elkabbach à partir de 2001) « était le nouvel Apostrophes », la célèbre émission de Bernard Pivot. « Il était très content de cette comparaison ».

Sur X, le président du Sénat, Gérard Larcher a rendu hommage à « une grande voix des médias et du journalisme », qui a « marqué l’histoire de la radio et de la télévision de son sens politique et de son grand professionnalisme ». Il lui rendra également hommage en séance publique à 14h30.

 

« Jean-Pierre Elkabbach est au journalisme, ce que de grands monuments de notre patrimoine sont à la France » a réagi le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau qui se remémore « sa très grande exigence ». « On ne savait jamais de quel côté la question allait tomber. Il y avait beaucoup de trac. Mais c’était un interviewer agréable qui vous faisait aller un peu au-delà de vous-même ».

Jean-Pierre Elkabbach a interviewé quasiment tous les présidents de la République de la Ve et tenté « à plusieurs reprises » d’interroger le général de Gaulle qui lui glissera seulement : « Qui êtes-vous mon petit ? » Sur X, Emmanuel Macron, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont tous salué sa mémoire.

 

 

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