Cannabis Plants in Nonthaburi, Thailand – 20 Jun 2024
A close-up of young cannabis leaves at Nonthaburi City, part of the greater Bangkok Metropolitan area. In 2022, Thailand became the first Asian country to decriminalize cannabis for medical purposes. However, the market has since appeared virtually unregulated, sparking public backlash and concerns about misuse and crime. In response, Thailand's government plans to ban the recreational use of marijuana by the end of 2024 while continuing to permit its medical use, according to the health minister. - Nathalie Jamois / SOPA//SOPAIMAGES_SOPA0874/Credit:SOPA Images/SIPA/2406221312

Drogues : « Près d’1 adulte sur 10 a déjà consommé au moins une fois de la cocaïne », alerte l’Observatoire français des drogues

Dans son dernier rapport publié ce 26 juin, l’organisme public alerte sur « l’expérimentation » de drogues. Cocaïne, ecstasy, ou encore champignons hallucinogènes, sont en « nette hausse » depuis 2017. « Ces augmentations s’inscrivent dans un contexte de disponibilité accrue des drogues, en France comme en Europe », souligne par ailleurs le rapport dans ses conclusions. Un constat inquiétant, mais guère surprenant, quelques semaines après le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur le narcotrafic.
Alexis Graillot

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« La drogue est partout dans notre société », lançait sur X en janvier dernier, le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin. Chiffres à l’appui, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) ne fait que confirmer ces propos.

Si « le cannabis demeure la drogue illicite la plus consommée en France », l’usage des autres drogues illicites connaît en revanche une explosion inquiétante. « En 2023, 14,6 % des adultes de 18 à 64 ans ont déjà consommé au moins une fois une drogue illicite autre que le cannabis, soit une hausse relative de 50 % par rapport à 2017 (9,8 %) ».

Cannabis : explosion des « expérimentateurs », stabilisation des « consommateurs »

Loin devant les autres drogues, le cannabis reste la substance psychoactive la plus « expérimentée » en France. Ainsi, en 2023, « 1 personne sur 2 » l’a déjà testé (50.4%), soit une multiplication par 4, en l’espace de 30 ans (12.7% en 1992). Dans le détail, « les hommes (57.6%) restent plus concernés que les femmes (43.4%) » par cette « expérimentation », et les 25-34 ans (59.7%), plus expérimentateurs que leurs aînés (36.5%). En revanche, « la part des personnes ayant consommé du cannabis au cours des 12 mois précédant l’enquête diminue graduellement avec l’âge, passant de 22,9 % parmi les adultes âgés de 18 à 24 ans à 3,3 % parmi ceux âgés de 55 à 64 ans ». Le même constat peut être fait pour les usages dits « réguliers » et « quotidiens » où une décroissance de ces utilisations en fonction de l’âge est également constatée.

En revanche, l’OFDT observe une « stabilisation » dans le temps de l’« usage au cours des 12 derniers mois », ainsi que l’ « usage régulier ». « La prévalence d’usage au cours des 12 derniers mois (usage actuel) est de 10,8 % en 2023 et est demeurée stable depuis 2014 », constate le rapport, qui rappelle cependant qu’ « elle avait augmenté continuellement entre 1992 et 2014, passant de 4,4 % à 10,6 % ». Une stabilisation que le rapport explique par le « vieillissement des usagers » : « On observe ainsi, avec le vieillissement des premières générations concernées par une expérimentation importante à la fin des années 1990, une consommation de plus en plus fréquente après 30 ans »

Alerte rouge sur les drogues dures

Si l’augmentation de « l’expérimentation » du cannabis constitue déjà un point de vigilance important, la consommation des « autres drogues illicites » (cocaïne, ecstasy, champignons hallucinogènes, LSD), est quant à elle « en forte augmentation », et ce, après une période de « stabilisation » entre 2014 et 2017. A ce petit jeu, c’est la cocaïne qui reste derrière le cannabis, la drogue la plus utilisée. « Près d’un adulte sur 10 a déjà consommé au moins une fois de la cocaïne en poudre , au cours de sa vie (9.8%), et 1 sur 12 a déjà consommé de la MDMA (ecstasy) (8.2%) », note le rapport, 2 chiffres en très forte augmentation depuis 2017, où ils étaient respectivement de 5.6% et de 5%. Même constat pour d’autres drogues, à l’image des champignons hallucinogènes (8%, contre 5.3% en 2017), le LSD (4.6% contre 2.7% en 2017), les amphétamines (4.3% contre 2.2% en 2017). En termes de sociologie de ces « expérimentateurs », « les hommes sont 2 fois plus nombreux que les femmes à avoir déjà consommé une drogue illicite autre que le cannabis, que ce soit au cours de la vie (20,1 % contre 9,3 %) ou au cours des 12 derniers mois (5,2 % contre 2,6 %) ». Plus globalement, ce sont même « 14,6 % des adultes de 18 à 64 ans [qui] ont déjà consommé au moins une fois une drogue illicite autre que le cannabis, soit une hausse relative de 50 % par rapport à 2017 (9,8 %) ».

Plus inquiétant encore, à la question « Avez-vous consommé une des drogues listées ces 12 derniers mois ? », de plus en plus de personnes interrogés répondent par l’affirmative, comme l’explicite le rapport. « L’usage actuel de drogues illicites autres que le cannabis n’a cessé d’augmenter depuis 2010, et en particulier au cours des 9 dernières années, avec une hausse de 2.1 points (de 1.8 % en 2014 à 3.9 % en 2023), évolution portée par l’augmentation de la consommation de cocaïne et de MDMA », explique le rapport. A cet égard, cocaïne et ecstasy explosent tous les compteurs, puisque leur consommation actuelle a été multipliée par 9 en 30 ans, passant respectivement de 0.3% à 2.7% et de 0.2% à 1.8%.

« Everywhere, everything, everyone », c’est de cette manière que se résumait le dernier rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT). Au-delà de la France, l’utilisation des drogues s’inscrit bel et bien dans un contexte plus global. « La dernière analyse de l’OEDT sur le phénomène européen de la drogue révèle un marché de la drogue à la fois résilient et influencé par les évolutions qui ont lieu au niveau mondial », souligne l’organisme européen. Avant de continuer : « Les problèmes persistants de santé et de sécurité posés par les drogues illicites établies et plus récentes, et de plus en plus leur interaction, créent un contexte politique difficile pour l’élaboration et la mise en œuvre de réponses efficaces ».

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