Fatou Diome : « On peut solder notre histoire coloniale »
Dans une société clivée, où les relents identitaires font face aux positions victimaires, Fatou Diome emprunte un chemin étroit. Née au Sénégal d’une union libre, promise à une vie de résignation, elle a choisi de s’émanciper d’un destin tout tracé. Au micro de Rebecca Fitoussi, cette spécialiste de la littérature française du 18 ème siècle, revendique une liberté d’expression et de construction.  

Fatou Diome : « On peut solder notre histoire coloniale »

Dans une société clivée, où les relents identitaires font face aux positions victimaires, Fatou Diome emprunte un chemin étroit. Née au Sénégal d’une union libre, promise à une vie de résignation, elle a choisi de s’émanciper d’un destin tout tracé. Au micro de Rebecca Fitoussi, cette spécialiste de la littérature française du 18 ème siècle, revendique une liberté d’expression et de construction.  
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Chez Fatou Diome il y a du rire. Mais il ne faut pas s’y tromper, cette apparente légèreté cache une force rare. Celle qui lui a permis, enfant, de surmonter l’interdiction qui lui était faite d’aller à l’école ou de pêcher avec les hommes. Aux premiers, elle a opposé son obstination ardoise à la main, aux seconds sa soif de liberté en montant dans la barque de son grand-père pour pécher au large. Une résistance face aux conventions, et aux préjugés qui vous forgent le caractère. Et gare à ceux qui imaginent lui dicter ce qu’il faut penser.

A l’heure où la France se déchire sur les questions identitaires, entre ceux qui défendent « un mode de vie à la française », et les autres qui dénoncent un « racisme d’état », Fatou Diome entend tracer une voie singulière emprunte d’humanisme et renvoie dos à dos ceux qui vivent dans le ressentiment.

Parler de l’esclavage et de la colonisation n’est pas une fonction « ad vitam aeternam »

A commencer ceux qui sont pour elle, piégés dans un discours victimaire : « Il y a un mépris hérité de l’histoire coloniale, qui reste, et qui peut blesser les gens, je le comprends. Il y a les séquelles du colonialisme ça peut blesser les gens, je les comprends. Mais je ne comprends l’idée que quelqu’un puisse vivre sa vie pour être juste contre, contre, contre ! Moi je lutte pour ! Moi je lutte pour un dialogue, une entente. On peut solder cette histoire coloniale […] Maintenant si quelqu’un pense que de parler de l’esclavage et de la colonisation est une fonction « ad vitam aeternam » je suis désolé parce que Martin Luther King disait « Notre soif de liberté ne doit pas nous pousser à boire à la coupe de l’amertume et de la haine » lâche celle qui ajoute que l’histoire a toujours été faite « de domination, de libération et de réconciliation »

La langue française comme un trésor

Celle qui a grandi dans un pays où « écrire n’est pas un métier » avoue que la langue française est une richesse arrachée aux colons « Sa manière d’arriver dans nos pays c’était violent certes, mais aujourd’hui, cette langue est devenue une des langues africaines qui nous permet de communiquer entre nous. Quand je rencontre d’autres africains de Côte d’Ivoire, du Burkina, du Mali quand je ne parle pas leur langue -ni eux la mienne- et bien on utilise le français » détaille-t-elle avant de rendre un bel hommage à la langue de Molière et de Senghor.

« Les gens qui vous corrigent le plus facilement ce sont les Africains. Parce que nous, on a un apprentissage livresque. Le français c’est une langue très coquette, très élégante, avec ses subtilités. Quand on est étranger et qu’on a appris cette langue de l’extérieur ont fait attention. Les aînés, qui ont étudié à l’époque de Senghor, pour moi c’est le meilleur français que j’entends ! Ils sont incroyables avec la précision linguistique, stylistique. Le lexique n’est jamais choisi au hasard, et je pense que cette langue comme le dit l’aîné Kateb Yacine, cette langue c’est notre butin de guerre. »

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