Fin des accouchements dans les petites maternités : « Quel signal envoie-t-on aux femmes ? » raille la sénatrice Else Joseph
Faute de moyens humains suffisants, un rapport remis mercredi 1er mars préconise la fin des accouchements dans les petites maternités. Ses détracteurs déplorent la multiplication des déserts obstétricaux en milieu rural et fustigent la logique d’« usines à bébé » dans les grandes maternités.

Fin des accouchements dans les petites maternités : « Quel signal envoie-t-on aux femmes ? » raille la sénatrice Else Joseph

Faute de moyens humains suffisants, un rapport remis mercredi 1er mars préconise la fin des accouchements dans les petites maternités. Ses détracteurs déplorent la multiplication des déserts obstétricaux en milieu rural et fustigent la logique d’« usines à bébé » dans les grandes maternités.
Public Sénat

Par Victoire Radenne

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Nouveau coup de projecteur sur les difficultés de l’hôpital public. Remis à l’Académie de médecine par le professeur Yves Ville, chef de la maternité de Necker à Paris, un rapport recommande la fin des accouchements dans les petites maternités, au profit d’un renforcement des plus grosses structures. La justification : les moyens humains insuffisants dans ces petites maternités mettent en péril la sécurité des soins, de la mère et de l’enfant.

Le rapport préconise notamment de baisser le rideau des petites maternités qui mettent au monde moins de 1 000 bébés chaque année, partout en France. Sont notamment sur la sellette les maternités d’Autun, Guingamp, Sedan et Porto Vecchio. « On y pratique moins d’accouchements, on perd en expérience, ce qui est dangereux. Pour continuer à tourner, ils font appel à des intérimaires » justifie le professeur Yves Ville dans son rapport qui fait largement débat, révélé par Le Parisien.

La multiplication des déserts obstétricaux inquiète

Si ces maternités pourraient continuer à prendre en charge les soins pré et post-accouchement, l’annonce n’a pas mis tout le monde d’accord. Auprès de Public Sénat, la sénatrice LR du Grand Est Else Joseph se dit personnellement hostile au projet, qui mettrait particulièrement à mal l’accès aux soins dans la région ardennaise. « Si on ne peut plus accoucher dans la maternité de Sedan, il ne restera plus qu’une seule maternité dans les Ardennes. Les femmes devront endurer un long temps de route avant d’accoucher ». Elle déplore une gestion administrative de l’hôpital, et affirme que ce rapport est le résultat d’une incapacité de l’Etat à mettre des moyens dans ces structures depuis des années. Avant de conclure : « Quel signal envoie-t-on aux femmes ? »

Quant au sénateur de Haute Corse Paul-Toussaint Parigi du groupe écologiste au Sénat, il dénonce un rapport qui traduit une méconnaissance totale du territoire, et qui fait courir un risque important à ces femmes. La fin des accouchements dans la maternité de Porto Vecchio, concernée par le rapport, n’est selon lui pas sans risques. « On nous parle de 45 minutes de route mais, en Corse, il faut plutôt compter deux heures tant on manque de maternité ».

Le risque d’une fuite du personnel médical

La fin des accouchements dans les petites maternités pourrait également faire fuir le personnel médical, c’est en tout cas ce qui inquiète le comité de défense des hôpitaux de proximité des Ardennes, qui déplore des politiques qui visent à « vider l’hôpital public » de ses soignants. « Déjà, après la fermeture du service de soins intensifs à Sedan, les cardiologues avaient quitté le service public. Il semble que nous sommes en route pour faire fuir les gynécologues ! » dénonce-t-il dans un récent communiqué, en réaction à l’éventuelle fermeture des petites maternités.

Cette dernière mettrait particulièrement en danger les femmes vivant en milieu rural. La sonnette d’alarme avait déjà été tirée depuis la fermeture de la maternité du Blanc, devenu symbole des déserts médicaux, où trois femmes ont accouché sans avoir eu le temps d’atteindre les établissements les plus proches : Châtellerault, mais aussi Poitiers et Châteauroux, tous à près d’une heure. Le risque de voir apparaître des déserts obstétricaux, partout en France, inquiète. Sur la question de l’allongement du trajet, le rapport assure : « 89 % des naissances auraient lieu au maximum à trente minutes de la maternité la plus proche, 3 % à plus de 45 minutes soit une hausse de 1,8 % et 0,9 % à plus d’une heure ».

Plus de 167 000 femmes vivent à plus de 45 minutes de la maternité

Si le rapport estime que les femmes préféreraient accoucher dans des plus grandes maternités, cet avis contraste avec certaines revendications. En 2017 déjà, la colère de futures mamans avait été exprimée dans les rangs d’une manifestation. « Je vis à deux heures de Valence, je n’ai pas envie d’accoucher sur la route » avait scandé l’une d’elles. Une récente étude statistique révèle que plus de 167 000 Françaises vivent à plus de 45 minutes de voiture de la maternité la plus proche.

En 2019, la sénatrice Christine Herzog alertait déjà sur les risques d’isolement de ces femmes : « Dans plusieurs zones isolées, les futures mères se trouvent dans une situation inquiétante, voire dangereuse pour leur enfant et pour elles-mêmes. Alors que les naissances sont restées relativement stables, autour de 800 000 par an, le nombre de maternités a été divisé de manière drastique au profit de grandes structures éloignées des zones rurales ».

Plus récemment, lors des questions d’actualité au Sénat, le sénateur Les Républicains Fabien Genet a interpellé le ministre de la Santé François Braun sur la maternité d’Autun dans sa circonscription de Saône-et-Loire, qui a mis la clé sous la porte depuis le 16 décembre. « Naître ou ne plus naître à Autun, telle est désormais la question qui angoisse les 62 000 habitants du Morvan » avait-il prononcé, grave, dans l’hémicycle.

Les grandes structures souffrent, elles aussi, d’un manque de moyens

Autre problème : les grandes structures visées pour accueillir ces futures mamans souffrent elles aussi, voire autant, d’un manque de moyens financiers et humains. Saturées, certaines maternités sont surnommées « usines à bébé » et offrent des conditions de travail dégradées. Certains sénateurs y voient alors une incohérence, notamment dans le département de la Seine-Saint-Denis : « Le constat que nous y avons fait est accablant. Sur 91 postes de sage-femme, 30, soit un tiers, ne sont pas pourvus. Que souhaitez-vous faire pour que les femmes, puissent accoucher en toute sécurité, ce qui n’est pas le cas actuellement ? Comment pouvez-vous faire revenir des sages-femmes dans les hôpitaux, puisque ce sont surtout les personnels qui manquent ? » avait interpellé la sénatrice Catherine Deroche, LR, au ministre François Braun.

La fermeture des maternités n’est pas un sujet nouveau. En 20 ans, 40 % des maternités de proximité ont fermé en France. Aujourd’hui, on recense 498 maternités en France. C’est près de quatre fois moins que dans les années 1970. Ainsi, le nombre de femmes en âge de procréer vivant à plus de quarante-cinq minutes d’une maternité a plus que doublé, passant de 290 000 à 716 000. La fin des petites structures est déjà en marche : les maternités qui réalisent moins de 300 accouchements par an ne représentent plus que 5 % des maternités en France.

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