Gaspard Koenig : « au fond, dans les lois comme dans la vie, la sobriété est ce qui rend le plus heureux. »
C’est un philosophe qui rêve d’un monde libre non contraint par un Etat normatif et excessivement protecteur. Si faute de parrainages, il n’a pas pu porter son combat intellectuel sur le terrain de l’élection présidentielle, sa lutte contre les privations de liberté demeure. Cette semaine Gaspard Koenig est l’invité de Rebecca Fitoussi dans « un monde, un regard ».

Gaspard Koenig : « au fond, dans les lois comme dans la vie, la sobriété est ce qui rend le plus heureux. »

C’est un philosophe qui rêve d’un monde libre non contraint par un Etat normatif et excessivement protecteur. Si faute de parrainages, il n’a pas pu porter son combat intellectuel sur le terrain de l’élection présidentielle, sa lutte contre les privations de liberté demeure. Cette semaine Gaspard Koenig est l’invité de Rebecca Fitoussi dans « un monde, un regard ».
Public Sénat

Par Marie Provot

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Attention il ne faut pas se tromper, croire que le philosophe Gaspard Koenig est contre l’action de l’Etat serait une erreur. L’Etat tentaculaire ? Oui. LEtat émancipateur ? Non. Si Gaspard Koenig dénonce le poids de l’administration et ses règles tatillonnes, il défend aussi le rôle important qu’il joue dans l’émancipation de l’individu. Un « libéralisme à la française », où « l’Etat offre à l’individu les conditions de son autonomie, à la fois intellectuellement par l’éducation, mais aussi matériellement. »
Aussi, les mesures libertariennes, un brin provocantes qu’il défend, comme la dépénalisation de la prostitution ou la légalisation du cannabis, ne peuvent « être envisagées sans un revenu universel. » Pour ce penseur libéral, si l’Etat libère l’individu de la nécessité de gagner sa vie, il lui offre alors une liberté réelle de choix. Un consentement éclairé.

Des questions religieuses irrésolubles par la loi

Pour le reste ce normalien agrégé de philosophie, continue de penser que l’autonomie partielle accordée à l’individu est obstruée par des textes, règles ou normes qui dépassent le domaine de sa compétence. Il en va ainsi pour le « burkini » des questions « trop intimes » qui ne sont pas résolubles par la loi. « La nécessaire critique de la religion en tant qu’aliénation doit venir sur un autre plan, qui n’est pas le plan de la loi, mais celui de l’espace civil et intellectuel », insiste-t-il. Une approche qu’il juge plutôt « apaisée et conventionnelle », avant d’affirmer sans sourciller : « ce sont les autres qui sont fous de vouloir légiférer sur les vêtements, sur le nombre de centimètres carrés de tissus. » Ainsi, la seule mission de l’Etat devrait être d’assurer « la coexistence des individus de manière pacifiée ».

« On ne fait pas confiance à l’individu pour faire son propre choix »

L’Etat a donc un rôle à jouer mais pas à n’importe quel prix. Pour celui qui rêve d’un monde plus libre, exempt de contraintes, l’intervention de l’Etat dans le quotidien de l’individu est un fléau, surtout depuis les années 1970, où la jurisprudence du Conseil d’Etat donne à l’Etat « le droit et le devoir de protéger l’individu contre lui-même ». Un principe confirmé avec l’instauration du port obligatoire de la ceinture de sécurité. « C’est quelque chose de très pernicieux qui nous conduit au paternalisme actuel et explique l’excès des restrictions sanitaires pendant l’épidémie ainsi que le principe de précaution généralisé à tout, parce qu’on protège l’individu contre lui-même. On ne lui fait pas confiance pour faire son propre choix », poursuit Gaspard Koenig.

« La bureaucratisation est au cœur des privations de liberté »

Cette bataille intellectuelle, il la mène aussi en faveur d’une simplification des normes. Ainsi, lors de son périple à cheval pendant lequel il a traversé l’Europe, sur les traces de Montaigne, il s’est aperçu à quel point la bureaucratisation peut être source « d’injustices » : « Les individus les plus éloignés des centres de pouvoir et d’informations se prennent le mur normatif dans la figure », explique-t-il. Une question de « justice sociale et d’État de droit » qui lui rappelle les propos de l’anthropologue David Graeber : un français sous « Louis XI était peut-être plus libre que le citoyen d’aujourd’hui, parce que certes la loi était arbitraire mais en fait il la rencontrait beaucoup moins dans sa vie. » De son aventure à cheval, il en est revenu avec le sentiment que « le moins vaut mieux que le plus, et que dans les lois comme dans la vie, l’exercice de dépouillement, de sobriété, est au fond ce qui rend le plus heureux. »

Retrouvez l’émission « Un monde, un regard » en replay sur le site de Public Sénat.

 

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