Glyphosate : retour sur un bras de fer européen

Glyphosate : retour sur un bras de fer européen

Alors qu’un comité européen discute aujourd’hui sur la réautorisation du glysophate pour dix ans - pesticide présent dans le Roundup - la bataille fait rage pour déterminer la dangerosité de ce produit. Une enquête du journal Le Monde révèle que la firme Monsanto a interféré auprès des organismes de réglementation. 
Public Sénat

Par Helena Berkaoui

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

C’est la principale substance active présente dans le désherbant Roundup produit par Monsanto. Produit phare du géant américain, il est le plus utilisé au monde. En 2014, près de 825 000 tonnes de Roundup ont été répandues sur la planète. Près de 8 000 tonnes sont vendues en France tous les ans.  Le glyphosate n’est jamais utilisé seul. Dans le Roundup, le glyphosate est couplé à d’autres substances, elles aussi soupçonnées d’être toxiques.

La substance de la discorde

Largement utilisés par les agriculteurs français, le Roundup est au cœur de la lutte entre partisans et opposants à la prolongation de l’autorisation du glyphosate. Soupçonnée d’être cancérigène cette substance divise organismes de réglementation et scientifiques. Selon une étude de Générations future publiée en avril 2017, le glyphosate serait présent dans 7 céréales de petit déjeuner sur 8 et dans 7 légumineuses sur 12. On trouve des traces de cette molécule dans 60 % des cours d’eau français, d’après les statistiques officielles.

Dans son rapport sur « L’exposition des Français au glyphosate, » Générations futures indique qu’au-delà des potentiels effets cancérogènes, des phénomènes de perturbation endocrinienne, de stress oxydatif ou encore des effets tératogènes (malformations) ou hépatoxiques (destruction des cellules du foie) pourraient apparaitre, d’après les recherches de l’équipe du professeur Gilles Eric Seralini.

Mardi 3 octobre, une famille de l’Isère a annoncé qu’elle porterait plainte contre Monsanto. La famille Grataloup considère que l’herbicide Roundup est responsable du lourd handicap de leur fils. La mère a été fortement exposée à ce produit pendant sa grossesse. Leur fils, qui s’apprête à subir une 52ème opération, souffre de malformations importantes au niveau de la trachée a-t-elle déclarée à RTL le 3 octobre dernier.

En mars 2015, l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène » pour les humains. Une position que ne partage pas l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA). Le 15 mars dernier, ce fut au tour de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) de se prononcer sur la dangerosité de l’herbicide. Comme l’EFSA avant elle, elle écarte le risque cancérogène. Mais l'enquête menée par le journal Le Monde remet en cause l'indépendance des expertises conduites par l'EFSA et l'ECHA.

En Europe, seuls la France et l’Autriche se sont clairement opposés à la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans la licence du produit. Ce matin, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a réaffirmé cette position. Cependant, il n’évoque pas d’arrêt net de l’utilisation du glyphosate mais la mise en place « d’un calendrier de sortie » «pour permettre la transition nécessaire, notamment dans les professions agricoles. » Invité de Sénat 360, Christophe Robin, membre des jeunes agriculteurs de France, pointe « l’absence d’alternative » à l’emploi du glyphosate.

Glyphosate : retour sur un bras de fer
00:50

Des études sous influences

En septembre 2017, une analyse conduite par le biochimiste autrichien Helmut Burtscher, associé à l’ONG Global 2000 et révélé par un consortium de médias (La Stampa, The Guardian, RMC et la Libre Belgique), met à jour les dysfonctionnements du rapport produit par l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA). Les experts qui ont diligenté cette étude ont largement plagié des documents de la Glyphosate Task Force, le consortium industriel de Monsanto. L’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA) est aussi accusée d’avoir « indûment écarté une étude » au prétexte que les souris testées avaient contracté des infections virales sans lien avec le glyphosate.

L’enquête du journal Le Monde révèle les conclusions de Peter Clausing un toxicologue allemand associé à l’ONG Pesticide Action Network (PAN), il indique clairement que « la première spéculation sur une infection virale en lien avec l’étude “Kumar, 2001” provient d’un article de 2015 sponsorisé par Monsanto et signé de Greim et collaborateurs. »

La collusion entre Monsanto et Jess Rowland, chargé d’évaluer le glyphosate pour le compte de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), est aussi mise en lumière par l’enquête. La firme américaine avait vraisemblablement peu de doute sur le fait qu’une étude indépendante révèlerait la dangerosité du glyphosate. Le courriel d’un membre de la firme révélé par Le Monde est sans équivoque : « Ce que nous redoutions depuis longtemps s’est produit. Le glyphosate doit être évalué par le CIRC en mars 2015. »

Dans la même thématique

Manifestation contre les violences sur les mineurs, Toulouse
4min

Société

Relaxe d’un homme accusé de violences familiales : le droit de correction invoqué par les juges est « contraire à la loi »

Ce 18 avril, la cour d’appel de Metz a relaxé un policier condamné en première instance pour des faits de violences sur ses enfants et sa compagne. Dans leur arrêt, les juges ont indiqué qu’un « droit de correction est reconnu aux parents ». Une décision qui indigne la sénatrice Marie-Pierre de la Gontrie, rapporteure d’une proposition de loi qui interdit les « violences éducatives » depuis 2019.

Le

Glyphosate : retour sur un bras de fer européen
4min

Société

« J’ai toujours été frappé par le degré de bienveillance dont je bénéficie », François Molins

Entre 2012 et 2018, une série d’attentats touche la France. Dans la tourmente, une voix rassurante émerge, celle de François Molins, procureur de la République. Pédagogie et sang-froid ont toujours été de mise dans ses prises de parole. Tant et si bien qu’un lien fort s’est construit entre les Français et lui. Comment a-t-il traversé ces moments de terreur ? Comment explique-t-il la sympathie des Français à son égard ? Cette semaine, François Molins est l’invité de Rebecca Fitoussi dans « Un Monde un Regard ».

Le

Glyphosate : retour sur un bras de fer européen
3min

Société

« Quand j’ai abordé les viols sur enfants, j’ai reçu beaucoup de courriers me traitant de rabat-joie », Mireille Dumas

Dans son émission « Bas les masques » ou encore « Vie privée, vie publique », Mireille Dumas a mis en lumière des parcours de vie peu écoutés, et pourtant loin d’être des cas isolés. Alors que les féminicides étaient qualifiés de « crimes passionnels », elle dénonçait déjà les violences perpétrées à l’encontre des femmes, des enfants et des minorités de genre. Quel regard porte-t-elle sur l’évolution de la société sur ces questions ? Comment explique-t-elle son intérêt pour les autres ? Cette semaine, Mireille Dumas est l’invitée de Rebecca Fitoussi dans « Un Monde un Regard ».

Le