Inondations meurtrières en Europe : le réchauffement climatique est-il en cause ?
Des pluies historiques ont causé la mort de dizaines de personnes en Allemagne et en Belgique, ces derniers jours. Ce sont les intempéries les plus meurtrières en Europe centrale depuis vingt ans. D’après les scientifiques, difficile d’expliquer précisément à quoi sont dus ces phénomènes exceptionnels. Mais le réchauffement climatique et l’artificialisation des sols pourraient être des causes sérieuses.

Inondations meurtrières en Europe : le réchauffement climatique est-il en cause ?

Des pluies historiques ont causé la mort de dizaines de personnes en Allemagne et en Belgique, ces derniers jours. Ce sont les intempéries les plus meurtrières en Europe centrale depuis vingt ans. D’après les scientifiques, difficile d’expliquer précisément à quoi sont dus ces phénomènes exceptionnels. Mais le réchauffement climatique et l’artificialisation des sols pourraient être des causes sérieuses.
Public Sénat

Par Audrey Vuetaz

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Aucun scientifique ne se risquera à dire que les crues meurtrières qui ravagent une partie de l’Europe centrale sont directement causées par le réchauffement climatique. Il est presque impossible de faire le lien entre en phénomène météorologique isolé et le climat. Mais certaines prédictions semblent se vérifier.

« Il y a quelques années, la communauté scientifique a modélisé les éventuelles conséquences du réchauffement climatique. On appelle cela le travail « d’attribution ». Et ils ont annoncé qu’il y aurait des crues plus intenses et plus fréquentes en Europe centrale, » explique Samuel Rufat géographe à l’Institut Universitaire de France.  « Peut-être que les crues de juillet 2021 s’inscrivent dans cette tendance. »

Pour Xavier Fettweis, climatologue FNRS à l’Uliège, l’explication pourrait venir des courants aériens qui sont perturbées.

« A cause du réchauffement climatique, on observe des masses d’air beaucoup plus chaudes. Ça a été le cas par exemple la semaine dernière en Espagne et au Maroc qui ont connu des vagues de très fortes chaleurs. Ces masses d’air se gorgent plus facilement en vapeur d’eau. Selon la formule de Clausius-Clapeyron, toute augmentation de 1 °C augmente de 7 % la capacité de l’atmosphère à contenir de l’eau. Ce sont ensuite ces masses d’air gorgées d’eau qui sont à l’origine des dépressions intenses que l’on connaît avec des crues éclairs. »

L’artificialisation des sols comme facteur aggravant

En Belgique et en Allemagne, les crues sont causées par des pluies diluviennes incessantes qui s’abattent sur des sols déjà gorgés d’eau. Il a plu l’équivalent de deux mois en seulement vingt-quatre heures.

« Dans le cas de la ville de Liège, il semble aussi que le barrage qui régule habituellement le cours de la Meuse soit actuellement en maintenance, ce qui empêche de contrôler la montée des eaux », explique Samuel Rufat.

Mais l’artificialisation des sols pourrait aussi être un facteur aggravant.

« Ce n’est pas vraiment l’urbanisation qui pose problème. La ville de Liège ou la station balnéaire de Spa sont là depuis des décennies. Le problème ce sont les nouveaux quartiers construits en amont qui empêchent l’absorption de l’eau et qui augmentent la vitesse des courants, » décrit le géographe.

En effet l’asphalte et le béton sont moins rugueux que la terre et la végétation, l’eau prend alors de la vitesse et emporte plus facilement des voitures ou du mobilier urbain, ce qui cause des dégâts beaucoup plus importants.

Un problème humain ?

D’après le géographe Samuel Rufat, certaines décisions des autorités belges pourraient aggraver la dangerosité de ces crues historiques.

Depuis hier, des messages d’alerte sont diffusés à intervalle régulier dans la ville de Liège. Les habitants sont appelés à évacuer les lieux au plus vite, et s’ils n’en n’ont pas la possibilité, à se calfeutrer dans les étages.

Une décision de la bourgmestre Christine Defraigne, que Samuel Rufat juge incompréhensible.

« Nous n’avons pas tiré les enseignements de l’ouragan Katrina, qui s’est abattu en 2005 sur le sud des Etats-Unis. A l’époque les autorités avaient aussi appelé la population à évacuer par ses propres moyens, sans plan ni encadrement. Conséquence, cela avait aggravé la crise. Il y avait eu des kilomètres de bouchons de gens qui tentaient de fuir dans la panique et ceux qui n’avaient pas de véhicules s’étaient retrouvés dans une situation de grande détresse. On ne peut pas demander aux gens de s’auto-évacuer. »

D’après lui, cela renforce le sentiment de stress chez les habitants et les rumeurs. L’une d’entre elles prend d’ailleurs de l’ampleur à Liège. D’après certains habitants, on leur demanderait d’évacuer en raison d’un barrage défectueux alors qu’il est tout simplement en réfection.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

JEUNE FILLE CONNECTEE SUR SON TELEPHONE PORTABLE
6min

Société

Désinformation : la numérisation des pratiques, terreau fertile des ingérences étrangères

Quatre Français sur 10 s’informent quotidiennement sur les réseaux sociaux. Or, les nouveaux espaces informationnels échappent largement aux outils de régulation, une brèche pour les puissances étrangères malveillantes. Ce jeudi 29 janvier, cette question était au cœur d’un colloque organisé par l’Arcom et le Sénat sur la liberté d’expression à l’heure du numérique.

Le

Inondations meurtrières en Europe : le réchauffement climatique est-il en cause ?
7min

Société

« Ce n’est pas une crise passagère ! » : les démographes alertent sur la rupture historique de la natalité

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Auditionnés par la commission des affaires sociales du Sénat, les démographes de l’Ined et de l’Insee ont décrit une baisse durable, générale et profondément sociétale de la fécondité, loin des seuls effets économiques ou des politiques natalistes.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
5min

Société

Fin de vie : suspense au Sénat autour du scrutin sur un texte vidé de sa substance

Mercredi après-midi, le Sénat est amené se prononcer sur la proposition de loi relative à l’aide à mourir. Un scrutin à l’enjeu incertain, car si la ligne la plus conservatrice du groupe LR du Sénat, incarnée par Bruno Retailleau, est parvenue à rendre le texte inopérant, une autre partie de la majorité sénatoriale aimerait qu’un texte sorte de la chambre haute, pour conforter le rôle du Sénat dans le processus législatif.

Le