« Islamo-gauchisme » : quand Frédérique Vidal n’avait « aucun doute sur le respect des valeurs de la République dans les universités »
En annonçant, dans l’effarement général, vouloir diligenter une enquête sur « l’islamo-gauchisme » dans les universités, Frédérique Vidal s’est fragilisée. Si la ministre n’a pas vraiment varié de positon sur ce sujet depuis l’automne, son initiative s’apparente à un excès de zèle, dans un moment mal choisi. 

« Islamo-gauchisme » : quand Frédérique Vidal n’avait « aucun doute sur le respect des valeurs de la République dans les universités »

En annonçant, dans l’effarement général, vouloir diligenter une enquête sur « l’islamo-gauchisme » dans les universités, Frédérique Vidal s’est fragilisée. Si la ministre n’a pas vraiment varié de positon sur ce sujet depuis l’automne, son initiative s’apparente à un excès de zèle, dans un moment mal choisi. 
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Recadrée par Emmanuel Macron, brocardée par les présidents d’université et désavouée par les membres de la majorité présidentielle… Quatre jours après son passage sur CNews, il est encore bien difficile d’expliquer cette sortie de Frédérique Vidal. Dimanche, la ministre de l’Enseignement supérieur a d’abord acquiescé à ce constat de Jean-Pierre Elkabbach. Oui, « l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable ». Mais la ministre enfonce le clou en annonçant charger « le CNRS d’une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université, de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion ».

Pourquoi lancer une telle idée au moment où les files d’étudiants s’allongent devant des banques alimentaires et que les témoignages de détresse psychologique chez les jeunes, affluent ?

« La priorité pour le gouvernement, c’est évidemment la situation des étudiants dans la crise sanitaire, c’est évidemment la possibilité d’apporter un soutien financier aux étudiants en difficulté » a rappelé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal à la sortie du Conseil des ministres, insistant sur « l’attachement absolu » du chef de l’Etat à « l’indépendance des enseignants-chercheurs ».

Avant l’enquête du CNRS, un amendement du Sénat avait suscité la colère du monde universitaire

Sur ce point, Frédérique Vidal aurait pu garder en mémoire les débats sur les libertés académiques, lors du projet de loi recherche, à l’automne dernier. Le texte était examiné dans un contexte bien diffèrent, après les attentats qui ont coûté la vie à l’enseignant Samuel Paty, et aux fidèles de la basilique de Notre-Dame de Nice. Un amendement du Sénat avait à cette époque suscité la colère du monde universitaire. La rapporteure LR du texte, Laure Darcos, souhaitait modifier l’article L. 952-2 du code de l’éducation, qui consacre « la pleine indépendance » et « l’entière liberté d’expression » des universitaires, en inscrivant que « les libertés académiques s’exercent dans le respect des valeurs de la République ». Par cet ajout, elle entendait « inscrire dans la loi que ces valeurs, au premier rang desquelles la laïcité, constituent le socle sur lequel reposent les libertés académiques et le cadre dans lequel elles s’expriment ».

Mais une partie des universitaires y avaient vu dans cet apport du Sénat « un instrument de musellement du monde académique ». La formule « valeurs de la République » est ici jugée trop vague et malléable ouvrant la porte à une forme de censure.

Cet amendement n’avait pas « dérangé » la ministre qui estimait que « c’est ce qui se passe dans l’immense majorité des cas. Et quand ça se passe mal, les universités réagissent, je tiens à le dire. On parle beaucoup de cas où il y a des problèmes. Mais on ne parle pas des centaines de conférences où ça se passe bien. Il ne faut pas faire de quelques cas particuliers, une généralité […] Ça ne fait pas de mal de le rappeler, mais je n’ai aucun doute sur le fait que le respect des valeurs de la République soient respectées dans les universités, évidemment » avait-elle expliqué sur Public Sénat le 30 octobre 2020.

Malgré un avis favorable du gouvernement, l’amendement n’avait pas survécu à la commission mixte paritaire.

La ministre était restée d’autant plus mesurée sur cette question qu’elle intervenait quelques jours après les déclarations de Jean-Michel Blanquer aux questions d’actualité au gouvernement du Sénat sur l’islamo-gauchisme.

« Des courants islamo-gauchistes qui commettent des dégâts sur les esprits » dénoncés par Jean-Michel Blanquer

Blanquer : "Il y a des courants islamo-gauchistes très puissants dans l’enseignement supérieur"
01:11


Le ministre de l’Education nationale avait dénoncé « des courants islamo-gauchistes très puissants dans les secteurs de l’enseignement supérieur qui commettent des dégâts sur les esprits ». « Et cela conduit à certains problèmes, que vous êtes en train de constater ».

« Ne soyons pas aveugles. Il y a, à l’université, des secteurs qui ont une conception très bizarre de la République. Il s’agit, non pas seulement de définir des heures et des moyens, mais de voir ce qui se passe, pour de vrai, dans les enseignements qui sont donnés. Il faut une matrice initiale, parfaite, impeccablement réglée » avait-il lancé.

« Les universités. Ce ne sont pas des lieux de radicalisation » affirmait Frédérique Vidal

« Il n’y a pas de choses particulières qui concernent les universités. Ce ne sont pas des lieux de radicalisation » avait tempéré Frédérique Vidal. A noter enfin que la ministre avait semblé émettre une réserve sur la conception même « d’islamo-gauchisme », préférant parler « « d’islamisme ». « L’islamisme fait des ravages dans notre société et au sein de l’université et parmi certains étudiants comme partout ailleurs. » avait-elle prudemment déclaré.

Dans un communiqué publié hier soir, le CNRS indique avoir accepté la mission de la ministre, mais condamne l’expression « islamo-gauchisme », « un slogan politique utilisé dans le débat public, (qui) ne correspond à aucune réalité scientifique ». Le CNRS rejette aussi toutes « tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales ».

Peu ou prou ce qu’expliquait la ministre sur Public Sénat en octobre. « Qu’il y ait des études qui portent sur le décolonialisme à l’anglo-saxonne, oui bien sûr ça existe dans les universités, et c’est normal ».

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