Jeux Olympiques : « On est dans la phase finale du nettoyage social », dénoncent les associations

A dix jours des Jeux Olympiques, le Revers de la médaille dénonce une accélération des expulsions de sans-abri hors de Paris. Mardi 16 juillet, le collectif organisait une conférence de presse pour donner la parole à celles et ceux qui ont été forcés de quitter les campements et squats où ils vivaient.
Samia Dechir

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Du haut de ses 16 ans, Milor interpelle les journalistes. « Les médias doivent faire leur travail. On ne va plus se taire face aux jeux olympiques ! ». Originaire de République démocratique du Congo, elle fait partie d’un collectif de mineurs non accompagnés, ces enfants étrangers présents sur le sol français que l’Etat est censé prendre en charge.

Paris carte postale

Beaucoup vivent à la rue, sous des tentes, et se regroupent où ils peuvent. Mais ce matin même, assure Milor, plusieurs d’entre eux ont été expulsés de la Porte de la Villette, au Nord de Paris. « C’est parce que le pays doit être beau, la ville de Paris est touristique. Les jeunes qui sont là n’ont pas ce profil, c’est pourquoi on les expulse, on les éloigne » s’indigne la jeune fille.

Laura, elle, dort dehors avec ses enfants depuis qu’elle a été expulsée du terrain où elle vivait avec une vingtaine de familles Roms sur le canal de Saint-Denis. Abdi raconte à son tour comment il a dû quitter un squat de Vitry-sur-Seine évacué cent jours avant les jeux, et a refusé de monter dans un bus en direction de Besançon.

Evacuations quotidiennes

Tous sont venus pour témoigner sur ce que Paul Alauzy appelle la « phase finale du nettoyage social » avant les jeux olympiques. Il est l’un des porte-parole du « Revers de la médaille ». Depuis un an, ce collectif d’une centaine d’associations dénonce les expulsions des publics les plus précaires des rues de Paris. Un mouvement qui s’accélère depuis 10 jours, assure-t-il, pour envoyer un public indésirable loin de la capitale. « Il y a des évacuations quasiment quotidiennes. Ce matin ils ont évacué un lieu galerie de l’Ourcq, ils vont remplacer cet endroit par une station de Vélib’  pour que les gens puissent aller sur les lieux de festivité du parc de La Villette. A chaque fois, ils remplacent le lieu par des choses inhospitalières qui occupent l’espace et empêchent que les gens reviennent ».

Les sans-abri expulsés des campements et des squats ne sont pas pour autant laissés sans solution. Depuis un an, ils étaient envoyés dans des SAS régionaux loin de Paris. Mais depuis la mi-juillet, ils se voient désormais proposer des places en Ile-de-France dans des « sites tampons », des bâtiments où ils pourront rester 30 jours. « Des solutions temporaires », déplore Paul Alauzy, qui s’étonne de voir autant de places se libérer à 10 jours du début des Jeux alors que les hébergements d’urgence de la région étaient jusqu’ici saturés.

La peur des contrôles policiers

Le collectif veut aussi mettre en lumière d’autres invisibles des Jeux Olympiques : les sans-papiers qui ont travaillé à la construction des sites olympiques. En octobre dernier, plusieurs centaines d’entre eux ont bloqué le chantier de l’Adidas Arena de La Chapelle. « On nous avait promis que toutes les personnes qui ont travaillé là-bas allaient être régularisées » raconte Abdoulaye, membre de la coordination sans-papiers de Paris, « mais ce n’est pas le cas alors qu’ils se sont engagés durement pour construire ces bâtiments, ils se sont levés à 4 heures du matin ».

A ses côtés, Kemoko se sent trahi. Un accord avait bien été conclu, assure-t-il, mais au dernier moment, le ministère de l’Intérieur aurait bloqué leur régularisation. Lui aussi membre de la coordination des sans-papiers de Paris, il s’inquiète de la présence policière accrue pendant les jeux olympiques. « Ils sont là pour la sécurité, mais pour nous ils sont là pour nous contrôler. On a peur de sortir de chez nous pendant ces jeux olympiques ».

Fabien Recker

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