Julie Gayet : au cinéma, les femmes traitent de la séduction autrement

Julie Gayet : au cinéma, les femmes traitent de la séduction autrement

Dans les années 1970 devant la caméra de Delphine Seyrig, elles sont une vingtaine de comédiennes à témoigner de leur métier dans un monde alors dominé par les hommes. 45 ans après quel chemin reste-t-il au cinéma Français pour être paritaire ? Après la diffusion du film Sois belle et tais-toi !, Rebecca Fitoussi reçoit la comédienne et productrice Julie Gayet sur le plateau d’Un monde en docs pour évoquer la place des femmes dans le cinéma français. 
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Par Pierre Bonte-Joseph et Nils Buchsbaum

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C’est un film totem, un de ceux qui ont compté dans sa carrière et dans son engagement pour défendre la cause des femmes dans le cinéma. Pour la comédienne et productrice Julie Gayet, Delphine Seyrig a eu un rôle précurseur ; celui d’une militante des droits de la femme qui avait compris que la caméra pouvait être une arme puissante pour dénoncer leur assignation à des rôles fantasmés par des hommes. 

Même si 45 ans après le monde du cinéma s’est féminisé et qu’aujourd’hui 25 % des films réalisés en France le sont par des femmes Julie Gayet avoue avoir déjà refusé des rôles pour combattre les clichés de personnages féminins. « Ils étaient totalement dans la caricature de stéréotypes de femmes. Ils étaient misogynes. Soit-elle est belle et elle est con : c’est une bimbo ! Soit elle est intelligente et franchement elle doit être moche. Alors on peut s’en amuser et en faire de la comédie, mais il y a des films où j’ai dit non ce n’est pas possible ».

L’arrivée de cinéastes femmes, comme Agnès Varda dans les années 1970 a changé la donne. A commencer d’après Julie Gayet par la possibilité pour les femmes de jouer des rôles après 50 ans, mais aussi celle de poser un autre regard sur les comédiennes : « Les femmes vont traiter de certains sujets, d’autres sujets qui ne sont pas traités par les hommes comme les règles ou le fait de porter un enfant. Après elles vont aussi traiter la séduction différemment »

Cinéma, quand les femmes se libèrent du regard des hommes

Après avoir revu le film de Delphine Seyrig, elle constate cependant que « les choses ont évolué dans le bon sens malgré tout. Par exemple, « avec l’apparition de ce que l’on a appelé le nouvel Hollywood, avec des films un peu plus naturistes dans le maquillage, une certaine modernité derrière ». Jane Fonda le dit très bien, il y a une époque où pendant 10 ans elle a porté des faux seins, des faux cils. On lui a aussi demandé de se faire opérer pour transformer son corps. »

En 2017, l’Affaire Weinstein percute le cinéma américain et déclenche un mouvement international de libération la parole. Sous le hashtag #Metoo, des milliers de femmes témoignent des violences sexistes et sexuelles qu’elles ont subies. 

Comme d’autres comédiennes Julie Gayet avoue elle aussi avoir subi cette violence sexiste, comme lors de cette soirée à Cannes, où un producteur l’a « attrapé et -lui- a dit : si tu étais un petit peu plus libre, on ferait un petit peu plus de films ensemble. Je lui ai dit : « écoute on ne va pas faire de films ensemble, » voilà je l’ai repoussé. Si j’avais eu 20 ans ou 21 ans j’aurais incapable de le faire »

« Il m’a attrapé et il m’a dit : ’’si tu étais un petit peu plus libre on ferait un petit peu plus de films ensemble’’. Je l’ai repoussé.

« Aujourd’hui ce qu’il se passe c’est qu’on se fédère toutes et ça c’est très nouveau. Les femmes se mobilisent et essaient de changer le rapport de force, les rapports de pouvoirs » déclare Julie Gayet. Elle fait d’ailleurs partie du collectif 50/50 qui milite pour la parité dans l’industrie du cinéma français. « Pour faire bouger les choses concrètement, on a par exemple demandé à de festivals internationaux de signer des chartes. On a demandé des chiffres, combien de films faits par des femmes ont été envoyés, combien il y a de femmes dans les comités de sélection, dans l’organisation ».

« Plus de femmes dans le cinéma permet d’avoir des rôles féminins plus éclectiques »

Le collectif 50/50 ne milite pas seulement pour les actrices mais aussi pour que la parité soit respectée dans les équipes techniques, pour que plus de femmes réalisatrices puissent produire leurs films, pour que des formations soient dispensées afin de lutter contre les violences sexistes et sexuelles. « Plus il y aura de femmes dans le cinéma, plus il y aura de rôles féminins éclectiques ». Et ainsi les films ne participeront plus à véhiculer des stéréotypes sexistes.

Interrogée en fin d’émission sur le métier qu’elle aurait choisi si elle était née homme, la comédienne conclut qu’elle aurait probablement fait un autre métier, comme toutes les actrices à qui Delphine Seyrig avait posé la question il y a 45 ans déjà.

Retrouvez l’intégralité de l’interview

 

 

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