L’écriture comme pont entre les morts et les vivants

L’écriture comme pont entre les morts et les vivants

Ce sont deux auteurs, deux témoins qui échangent avec Guillaume Erner dans Livres & vous. L’une est rescapée de l’attentat contre Charlie Hebdo, l’autre a chroniqué le procès pour ce même journal. Cette semaine sur le plateau, Sigolène Vinson et Yannick Haenel reviennent sur la manière dont ils ont vécu ces journées de procès.
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Par Nils Buchsbaum

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« Faire se rencontrer les vivants et les morts, par l’écriture ». C’est la tâche que s’est donnée Yannick Haenel lorsqu’il a chroniqué quotidiennement le procès des attentats de Charlie Hebdo. Durant 54 jours, il a assisté aux témoignages des parties civiles et des accusés. Il raconte : « J’ai essayé d’écouter toutes les paroles et de faire en sorte de briser le box pour essayer d’entrer dans une intimité possible avec les accusés. Les tueurs étant morts, il s’agissait donc de savoir si les 11 personnes mises en cause avaient participé de manière terroriste à cette nébuleuse qui avait aidé les assassins ».


« Au-delà de la vérité judiciaire, le procès a été un lieu où des noms ont été prononcés, les morts ont repris vie dans les témoignages »

Toutes les chroniques de Yannick Haenel, accompagnées des dessins de François Boucq, sont maintenant regroupées et publiées dans un ouvrage : « Janvier 2015, le procès ».
Sur le plateau de Livres & Vous il explique la manière dont il a vécu le procès : « J’étais comme le greffier, le narrateur du procès, j’ai assez vite oublié que je travaillais pour Charlie pour m’intéresser à tout le monde ».


Il a découvert des personnes à qui il fallait redonner leur dignité, leur nom et leur histoire. En attaquant Charlie Hebdo, les frères Kouachi se sont d’abord trompés, ils sont entrés à la mauvaise adresse et ont abattu Frédéric Boisseau, responsable d’opérations de maintenance pour Sodexo. Pour Yannick Haenel, « il y a eu des victimes oubliées, ignorées et privées d’aura médiatique ». Il a donc choisi de consacrer plusieurs chroniques au témoignage de Jérémy Ganz. « C’est un agent de maintenance. Son témoignage a été absolument crucial et bouleversant, il a vu mourir devant lui son collègue Frédéric Boisseau. Au-delà de la vérité judiciaire, le procès a donc été un lieu où des victimes ont repris vie grâce aux témoignages ».


« Le procès approchait et j’en avais peur, je voulais partir très très loin de ça »

Sigolène Vinson est-elle, rescapée de la conférence de rédaction attaquée par les frères Kouachi le matin de la tragédie.

Elle aussi publie un livre, mais sur un tout autre sujet, « La canine de George » aux éditions de l’Observatoire. La dent, c’est celle d’Harrison, le membre des Beatles. « C’est un détail infime que j’ai choisi pour m’obséder » explique-t-elle. Puis elle développe qu’entretenir une obsession pour un détail insignifiant lui a permis de gérer l’arrivée imminente d’un procès qu’elle redoutait : « Parce que je savais que le procès approchait et j’en avais peur. Je voulais partir très très loin de ça et presque sombrer dans une folie autre que celle dans laquelle j’aurais pu tomber ».

Se concentrer sur un détail, pour survivre. Lors du procès, Sigolène Vinson a raconté son face-à-face avec l’un des terroristes armé et cagoulé : elle a essayé de capter son regard pour qu’il l’épargne. En réaction à ce récit, l’un des accusés a déclaré : « Elle a dû voir une montagne de textile noir et de fer devant elle et elle s’est raccrochée à un morceau de peau, à un regard, pour ne pas mourir ».

Retrouvez cette émission en replay ici

« La canine de George », Sigolène Vinson, Editions de l’observatoire
« Janvier 2015, le procès », Yannick Haenel, Edition Les Echappés

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