Laïcité en entreprise : la délicate équation
Invité de l’émission « On Va plus loin », Denis Maillard, spécialiste des mutations du travail, analyse le fait religieux au sein de l’entreprise.

Laïcité en entreprise : la délicate équation

Invité de l’émission « On Va plus loin », Denis Maillard, spécialiste des mutations du travail, analyse le fait religieux au sein de l’entreprise.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Comment gérer les questions liées à la religion au sein des entreprises privées ? Et quelle est la place à donner à la religion en entreprise, lorsque l’on est dans le privé ?

Denis Maillard, spécialiste des mutations du travail, dans un cabinet de conseil spécialisé, s’est penché sur ces questions, dans son livre « Quand la religion s’invite dans l’entreprise », (éditions Fayard). Sur le plateau de l’émission « On va plus loin », il déroule son raisonnement : « Il y a un siècle, on était dans une situation où la religion était plutôt le fait de l’employeur, des patrons. Et le mouvement syndical, ouvrier se battait pour décrocher les crucifix dans les ateliers, dans les usines. Aujourd’hui, la chose revient, mais du point de vue des salariés. [Ils] cherchent à exprimer leur identité (…) Pour les personnes dont l’identité est religieuse, elles demandent à ce qu’elle soit respectée. Et c’est vrai que le Code du travail leur permet d’exprimer ça. »

Denis Maillard explique qu’il y a trois types de situations où « la religion s’invite dans l’entreprise » : les situations autour de l’organisation du travail, comme par exemple « des aménagements d’horaire, des demandes de jours fériés particuliers » ; des situations autour de la vie collective (« par exemple des salles de prières ») et des cas que Denis Maillard considère comme « plus problématiques », qui sont de trois ordres : « le rapport entre les sexes (…), la question du refus d’exécuter certaines tâches, (…) et les signes religieux » égrène-t-il.  

Le spécialiste des mutations du travail voit dans cette évolution du rapport à la religion dans l’entreprise, non pas une revendication politique mais  une revendication  « personnelle », « identitaire » : « Le fait religieux au travail est en fait le révélateur des transformations du travail et des transformations de l’individu au travail. Ça fait 40 ans que l’on demande aux salariés : « Venez comme vous êtes, investissez-vous subjectivement dans votre travail ». Et bien les personnes pour qui leur identité est religieuse, ces personnes-là demandent à ce qu’elles soient reconnues. » Denis Maillard parle de « rigidité identitaire » : « Le problème se pose quand le salarié ne veut pas être dans une négociation de son identité, en rabattre un peu sur son identité. C’est non négociable. »

Et si Denis Maillard rappelle que l’entreprise « n’est pas un lieu laïc», il considère que le Président de la République, qui va dans ce sens, et qui a préféré ne pas faire de discours sur la laïcité comme prévu, fait « une double erreur »: «  Si on s’en tient à ce qu’Emmanuel Macron aurait dit devant les représentants du culte au mois de décembre, notamment cette phrase : « La République est laïque mais la société est libre » (…), il fait une erreur sociologique. La société civile est travaillée par, ce que moi j’appelle, la « laïcité dans les têtes » (…) cette manière que l’on a de vivre les uns avec les autres (…) où notre identité est mise de côté. On ne fait pas trop subir aux autres nos convictions (…). La deuxième erreur est une erreur politique. C’est de ne pas voir que les questions autour de la religion ne sont plus dans la sphère politique (…) mais au contraire sont aujourd’hui dans la sphère civile et c’est ça qui pose problème. »

 

Pour voir l'entretien de Denis Maillard, en intégralité :

Laïcité en entreprise : interview de Denis Maillard (en intégralité)
08:37

Partager cet article

Dans la même thématique

« On se sera battu jusqu’au bout » : la droite sénatoriale prépare ses recours au Conseil constitutionnel contre la loi sur la fin de vie
6min

Société

 « On se sera battu jusqu’au bout » : la droite sénatoriale prépare ses recours au Conseil constitutionnel contre la loi sur la fin de vie

Sur le projet de loi relatif à la fin de vie, qui devrait être définitivement adopté le 15 juillet, Gérard Larcher va déposer un recours pour vérifier la constitutionnalité des dispositions. Une procédure rare. Les sénateurs de la majorité sénatoriale de droite et du centre feront eux aussi leur propre saisine.

Le

French L1 football match between Olympique Lyonnais (OL) and Le Havre AC
4min

Société

Droits TV, LFP, rémunération des dirigeants : le Sénat et l’Assemblée tombent d’accord sur le texte encadrant le sport professionnel

La commission mixte paritaire sur la proposition de loi encadrant le sport professionnel qui s’est tenue ce mercredi a été conclusive. Députés et sénateurs se sont mis d’accord sur le plafonnement des rémunérations des dirigeants du foot français, avec des dérogations, ainsi que sur plusieurs mesures de régulation du secteur. L’interdiction de la multipropriété adoptée à l’Assemblée nationale a en revanche été écartée.

Le

Laïcité en entreprise : la délicate équation
9min

Société

Affaire Lyhanna : la commission d’enquête du Sénat se penche sur les défaillances de la procédure qui visait déjà Jérôme Barella

Les auteurs du pré-rapport d’inspection commandé après la mort de Lyhanna ont été auditionnés ce mercredi 8 juillet par la commission d’enquête du Sénat sur la mise en œuvre des politiques pénales. Ils sont revenus en détail sur les défaillances autour du traitement de la plainte pour viol qui visait déjà Jérôme Barella, le meurtrier présumé de la collégienne. Malgré cette procédure, ce dernier ne faisait l’objet d’aucune mesure d’instruction particulière.

Le