Le 11 mai : un casse-tête pour rouvrir les commerces

Le 11 mai : un casse-tête pour rouvrir les commerces

Emmanuel Macron a évoqué un déconfinement progressif à partir du 11 mai, y compris pour les commerces, à l’exception des restaurants, bars et hôtels. Mais il reste encore beaucoup de paramètres à régler, filière par filière, pour relancer ce pan important de l’économie française.
Quentin Calmet

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« Cette date sort du chapeau », lâche Sophie Primas au téléphone. La présidente (LR) de la Commission des Affaires économiques du Sénat en est persuadée : l’échéance du 11 mai a été choisie par le chef de l’Etat sans qu’il ait réfléchi à tous les détails qu’impliquerait un déconfinement dans moins d’un mois.

« A titre personnel, je pense très clairement que cette date du 11 mai a été lâchée sans que personne ne soit au courant…», ajoute-t-elle. « Si M. Blanquer n’était pas au courant, les autres ministres non plus. »

Quelle doctrine de déconfinement pour la France ?

Depuis lundi, le 11 mai est devenu une « date symbole », dixit un sénateur. Et pourtant la méthode de déconfinement n’est pas arrêtée, notamment pour tous les commerces fermés depuis plus d’un mois. 

« Je pense qu’il peut y avoir une doctrine, comme en Autriche, avec une ouverture des commerces de petites tailles et avec des critères stricts et précis de port de masque et de réorganisation des surfaces, uniquement de moins de 400 m2 », explique Sophie Primas. « Il faudra des contraintes quant au nombre de personnes à l’intérieur des commerces : c’est ce qui est en train d'être négocié entre les fédérations de commerçants et le gouvernement. »

Serge Babary est un des sénateurs en charge de la cellule « commerce » de la Commission des Affaires économiques. Selon lui, fixer un horizon au 11 mai pour les entreprises est positif. 

Certaines entreprises sont déjà prêtes à rouvrir. « Le 11 mai, certains indépendants qui ont fermé leur rideau il y a un mois rouvriront immédiatement », explique le sénateur LR. « Que ce soit dans l’habillement, l’outillage, les petits magasins de bricolage, de peinture, de déco d’intérieur, les librairies : tout est en état et peut rouvrir du jour au lendemain, ils peuvent recommencer. »

Equation compliquée 

Mais pour d’autres secteurs, l’équation s’annonce plus compliquée. Serge Babary explique : « Les conditions pratiques ne sont pas très précises, pour l’instant. Il va falloir que les filières s'organisent. (...) La priorité c’est la sécurité des personnels : masques, gel hydroalcoolique. »

Ainsi, lors d’une audition mardi 14 avril, le Directeur général des Entreprises au Ministère de l’Economie et des Finances, Thomas Courbe, a évoqué devant les sénateurs la création d’une plateforme accessible aux entreprises pour se fournir en matériel de protection.

« La capacité de production de masques pour le secteur de la santé a été portée de 15 à 40 millions. 10 000 respirateurs seront produits. Du gel hydro-alcoolique a été massivement fabriqué. Ces produits sont mis à la disposition des entreprises sur une ‘market place’, une plateforme électronique créée spécifiquement pour répondre à la demande des entreprises et des administrations », a expliqué Thomas Courbe aux sénateurs.

Des guides ont également été créés métier par métier. Une vingtaine a déjà été publiée sur le site internet du ministère du Travail, et d’autres devraient suivre dans les prochaines semaines.

Quelle responsabilité pénale pour les employeurs ?

Pour Sophie Primas, il y a un second « verrou à lever » d’ici le 11 mai : celui de la responsabilité pour les entreprises. La présidente de la Commission des Affaires économiques explique : « Le ministère de l’Economie martèle que les entreprises ont des obligations de moyens et pas de résultats.  » Mais en coulisse, les fédérations de commerçants s’inquiètent du risque de procédure judiciaire, en cas de contamination d’un de leurs salariés sur son lieu de travail. Sophie Primas appelle ainsi le gouvernement à rassurer les employeurs.

Bar, hôtellerie et restauration : 1 entreprise sur 2 pourrait disparaître

Et puis, il y a les commerces qui ne rouvriront pas le 11 mai. Cafés, restaurants et hôtels  ont déjà été prévenus qu’ils ne rouvriront pas à court terme. « C’est un vrai sujet prégnant dans les zones touristiques », analyse Serge Babary. « Pour ces métiers là, le risque est fort : un commerce sur 2 pourrait ne pas rouvrir. 

Interdépendance entre confinés et déconfinés

Dernier élément à prendre en compte : les actifs qui pourront être déconfinés seront parfois tributaires du fait que le confinement continue pour d’autres actifs. « Cela ne sert à rien de dire ‘vous pouvez rouvrir’ si le reste ne suit pas », explique Serge Babary.

Une analyse partagée par la sénatrice centriste de la Vendée, Annick Billon : « Il y a une interaction entre personnes et personnels déconfinés et ceux qui restent confinés. Cela crée une interdépendance si vous déconfinez des personnes et pas ceux qui interagissent dans la vie des premiers » explique la sénatrice membre de la Délégation aux entreprises avant d’ajouter : « Par exemple, comment vont faire les gens qui sont amenés à se déplacer dans le cadre de leur travail s’ils n’ont ni restauration, ni hôtellerie ? »

Il reste donc beaucoup de paramètres à régler avant le déconfinement et la réouverture de commerces le 11 mai. Pour les sénateurs, la perspective d’une date est positive mais Sophie Primas nuance : « J’aurais presque préféré qu’on dise à chaque filière de s’organiser et une fois que la filière est prête, on ouvre.  »

 

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