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Le mal-logement : l’alerte relancée à la veille des élections municipales

L’année 2025 s’inscrit une nouvelle fois comme une année noire pour le logement. Tous les indicateurs du mal-logement se sont détériorés, dans un contexte de pauvreté accrue, d’inégalités persistantes et d’instabilité politique. Publié lundi 2 février, le 31ᵉ rapport annuel de la Fondation pour le logement des défavorisés, ex-Fondation Abbé Pierre, dresse un constat sévère et appelle à une mobilisation des élus locaux à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars.
Emma Bador-Fritche

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Publié le

« Tous les signaux sont au rouge », alerte la Fondation pour le logement, qui recense près d’un million de personnes sans logement personnel. Parmi elles, environ 350 000 sont sans domicile ou hébergées en structures d’urgence, dont 40 000 vivent à la rue, tandis que 600 000 personnes sont contraintes d’être hébergées chez des tiers. En 2025, plus de 900 décès de personnes sans-abri ont été recensés. Au total, 4,2 millions de personnes sont aujourd’hui sans logement ou mal-logées en France. À ce chiffre s’ajoutent 12,3 millions de personnes fragilisées par la crise du logement : ménages en impayés de loyers, victimes de la précarité énergétique, situations de surpeuplement ou logements inadaptés au handicap.

« On n’avait jamais connu de telles tensions sur le front du mal-logement et de la pauvreté », a déclaré Christophe Robert, délégué général de la Fondation, dénonçant une réponse politique « très en deçà des besoins ». Selon lui, l’année 2025 s’est achevée « comme elle avait commencé : sans budget, dans l’instabilité politique et l’illisibilité de l’action gouvernementale ». Le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, reconnaît pour sa part que « la crise du logement est une crise sociale majeure », tout en mettant en avant l’action de l’État dans la lutte contre le sans-abrisme. Une position jugée insuffisante par la Fondation, qui critique une politique du logement marquée par « l’austérité » depuis 2017, affectant en premier lieu les ménages les plus modestes.

Le Rassemblement national, « une menace pour les personnes mal-logées »

À l’approche des municipales, la Fondation pour le logement des défavorisés fait du scrutin un moment décisif. « Quand tous les indicateurs se dégradent, des mesures ponctuelles et marginales ne suffiront pas », prévient-elle, appelant à enrayer une « spirale inquiétante ». Elle estime que l’action locale est aujourd’hui « la plus à même d’apporter des réponses adaptées et démocratiquement élaborées ».

Les situations varient selon les territoires, mais aucun n’est épargné. Dans les zones tendues, la Fondation observe une hausse du nombre de personnes sans domicile, un surpeuplement accru et des files d’attente toujours plus longues pour accéder au logement social. Dans les zones moins tendues, la crise se traduit par la dégradation du bâti ancien ou la désertification des centres-villes. « Le logement est l’une des toutes premières priorités des maires », confirme Thierry Repentin, co-président de la commission logement de l’Association des maires de France auprès de l’AFP. De nombreux candidats intègrent désormais des mesures dédiées dans leurs programmes : encadrement des loyers, lutte contre la location touristique de courte durée, construction de logements sociaux, mobilisation des logements vacants ou rénovation énergétique. La Fondation appelle les élus à respecter la loi SRU, qui impose aux communes un quota minimal de logements sociaux, à privilégier la construction de logements collectifs compatibles avec l’objectif de zéro artificialisation nette, et à mieux encadrer les loyers et les meublés touristiques. Elle s’inquiète par ailleurs d’une éventuelle progression du Rassemblement national lors des municipales, qu’elle considère comme « une menace pour les personnes mal-logées ».

Le logement, première inquiétude des ménages

Selon un sondage Odoxa pour Nexity, BFM et Capital, sept Français sur dix jugent difficile de se loger dans leur commune. Le logement reste ainsi le premier poste de dépenses des ménages, dans un contexte où 57 % des personnes interrogées placent l’inflation et le pouvoir d’achat au premier rang de leurs préoccupations. Face à cette situation, la Fondation pour le logement des défavorisés identifie trois priorités : relancer la production de logements sociaux, en particulier de petite taille ; renforcer la protection des ménages les plus vulnérables par des aides ciblées ; et faciliter l’accès aux droits, notamment pour les personnes exilées. Autant de leviers qu’elle juge indispensables pour éviter que la crise du logement ne s’installe durablement.

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