Farmer’s protest France Dijon
Manifestation des agriculteurs contre l'accord UE-Mercosur/Credit:Sabrina Dolidze/SIPA/2509251448

Les agriculteurs en colère : mobilisations contre le Mercosur dans toute la France

La première alliance syndicale agricole FNSEA-Jeunes Agriculteurs a appelé à se mobiliser ce vendredi dans toute la France contre le traité de libre-échange entre l’Union européenne et des pays latino-américains du Mercosur.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« La révolte paysanne reprend à Versailles ». Ce vendredi 26 septembre, le château de Versailles s’est réveillé au son des moteurs de tracteurs. Une vingtaine d’engins agricoles se sont installés à l’aube devant les grilles du monument. Cette action s’inscrit dans une journée de mobilisation nationale, à l’appel de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, et des Jeunes Agriculteurs (JA). Partout en France, des rassemblements ont été organisés pour dénoncer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, mais aussi les taxes douanières imposées par les États-Unis sur certains produits européens.

Des actions dans tout le pays

« Nous voulons attirer l’attention du chef de l’État », expliquait ce matin à nos confrères de l’AFP, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA qui s’est rendu sur place. « Quand des produits venus de l’étranger arrivent sur nos marchés sans respecter nos normes de production, c’est intenable. Le Premier ministre doit nous recevoir de toute urgence » s’insurgeait-il. La mobilisation ne s’est pas limitée à Versailles. Dans l’Aube, un rassemblement s’est tenu à Torvilliers. Dans l’Hérault, des viticulteurs ont déversé une remorque de moût de raisin devant les Douanes de Béziers, puis des déchets agricoles devant la Direction départementale des territoires. À Lodève, des banderoles ont été accrochées dès l’aube sur la façade de la sous-préfecture. Au total, 70 actions ont été recensées dans 65 départements, pour environ 3 000 participants. Les manifestations se sont déroulées dans une ambiance globalement pacifique, loin des grands blocages de l’hiver dernier.

Le Mercosur au centre des critiques

L’accord UE Mercosur, signé fin 2024 et en cours de ratification à Bruxelles, vise à faciliter les échanges commerciaux. L’Europe espère exporter davantage de voitures, de machines, de vins et de spiritueux. En retour, elle ouvrirait son marché à des produits agricoles comme le bœuf, la volaille, le sucre, le riz ou le miel venus d’Amérique du Sud.

Pour les agriculteurs français, c’est une menace directe. Ils craignent une concurrence déloyale, car les normes sanitaires et environnementales du pays du Mercosur sont jugées beaucoup moins strictes que celles de l’Union Européenne. À cette inquiétude s’ajoute une autre colère, depuis août, les États-Unis ont révélé à 15 % leurs droits de douane sur certains produits européennes, notamment les vins et spiritueux.

Un avertissement au gouvernement

La FNSEA et les JA veulent mettre la pression sur l’exécutif, alors que la position de la France sur le Mercosur semble moins ferme qu’auparavant. Jusqu’ici très opposé, Paris paraîtrait désormais plus nuancé face au projet de ratification porté par Bruxelles. Pour Arnaud Rousseau, l’avertissement est lancé. « Nous restons motivés. Si nécessaire, nous reviendrons cet hiver, à un moment où, dans nos champs, ce sera plus facile ». Le monde agricole, déjà fragilisé par la hausse des charges et la baisse des revenus, estime être au bord de l’asphyxie. Les prochaines semaines diront si ce cri d’alerte sera entendu.

Partager cet article

Dans la même thématique

Les agriculteurs en colère : mobilisations contre le Mercosur dans toute la France
7min

Société

« Ce n’est pas une crise passagère ! » : les démographes alertent sur la rupture historique de la natalité

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Auditionnés par la commission des affaires sociales du Sénat, les démographes de l’Ined et de l’Insee ont décrit une baisse durable, générale et profondément sociétale de la fécondité, loin des seuls effets économiques ou des politiques natalistes.

Le

Les agriculteurs en colère : mobilisations contre le Mercosur dans toute la France
6min

Société

Réinsertion : la prison remplit-elle encore sa mission ?

En France, environ 90 000 détenus sortent chaque année de prison. Leur réinsertion devient alors un enjeu majeur pour notre société. Mais à l'heure où près de deux détenus sur 3 récidivent 5 ans après leur libération, la sénatrice centriste Dominique Vérien, co-autrice d'un rapport sur l'exécution des peines, souhaite redonner du sens aux sanctions pénales. Développement des aménagements de peine et des alternatives à l’incarcération, les pistes sont nombreuses… Dans le cadre d’un documentaire, Public Sénat fait le portrait de détenus et d’ex-détenus qui tentent de se reconstruire une vie après la prison.

Le

Les agriculteurs en colère : mobilisations contre le Mercosur dans toute la France
3min

Société

« Pour certains c’est trop dur de se dire que s’il y a des femmes violentées, c’est qu’il y a des hommes violents », s’interroge Ghada Hatem

Il y a 10 ans maintenant Ghada Hatem médecin gynécologue fondait la première maison des femmes à Saint-Denis. Un lieu pour soigner les femmes victimes de violences psychologiques ou sexuelles. 10 ans après, le modèle a essaimé partout en France. Mais que pense-t-elle de la hausse des féminicides et du retour de discours masculinistes qui séduisent de plus en plus de jeunes hommes ? Ghada Hatem répond à toutes les questions de Rebecca Fitoussi dans l’émission « Un monde, un regard ».

Le