Colonisation de l’Afrique, une histoire deux visions

Colonisation de l’Afrique, une histoire deux visions

Et si pour comprendre comment la colonisation s’est imposée, comment la domination s’est construite, il fallait retourner au point de départ en retrouvant « ce moment d’incertitude où des colonisateurs arrivent et comment tout bascule » ? C’est le travail mené par l’historienne Camille Lefebvre, auteure de « Des pays au crépuscule - Le moment de l’occupation coloniale (Sahara-Sahel) » Ed. Fayard.Un travail récompensé cette année par le XXe Prix du Sénat du livre d’Histoire qu’elle présente dans « Livres & vous » sur Public Sénat aux côtés du président du jury, l’historien Jean-Noël Jeanneney.
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« Quand on parle de la colonisation, on a souvent l’habitude de parler de décolonisation, c’est-à-dire la fin de l’histoire, un moment extrêmement important » souligne Camille Lefebvre. Mais pour l’historienne, « c’est aussi fondamental de comprendre comment cette histoire a commencé ». Dans son livre elle décortique les mécanismes qui ont conduit les pays à accélèrer la colonisation du continent africain. Entre 1898 et 1906, le Sahara et le Sahel central, qui correspondent aujourd’hui au Niger, au Mali et au nord du Nigeria, sont des régions qui intéressent peu les puissances européennes, si les Français décident d’investir cette région c'est pour ne pas laisser leur principal concurrent, le Royaume-Uni, s’approcher de leur joyau économique, l’Algérie.

Pour Camille Lefebvre, il y a dans cette annexion l’idée d’une « mission civilisatrice » mais aussi évidemment des intérêts économiques.

Sortir d’une vision manichéiste de l’histoire coloniale

Pour ouvrir cette nouvelle page de l’histoire de la colonisation, l’historienne est allée « de l’autre côté de la Méditerranée », en Afrique et plus précisément à Niamey, la capitale du Niger, là où se trouvent les archives des « colonisés ».
« Pendant longtemps, l’Histoire coloniale a été celle des colonisateurs et on avait l’impression d’être face à une abstraction, une sorte de ventre mou dans lequel on entrait sans se gêner » explique Jean-Noël Jeanneney.
Camille Lefebvre donc a été ouvrir de nouvelles archives offrant une lecture de cette histoire, répartie entre les deux côtés « évitant ainsi le manichéisme : les méchants français colonisateurs qui arrivent chez les gentils » pointent l’historien.

Aujourd’hui en écrivant cette nouvelle page, les historiens découvrent que les sociétés colonisées ont toujours écrit leur Histoire dans leur propre langue. Une source longtemps mise de côté au profit de la parole du colonisateur.
« Et si on introduit le point de vue de ces sociétés », ajoute Camille Lefebvre, « on voit toute une complexité sociale et on voit les choses différemment ».

Lisant l’arabe et le haoussa, dialecte parlé en Afrique de l’Ouest, l’historienne a donc pu renouveler la manière de voir les choses. Les invitées de « Livres & vous » sont d’accord sur ce point : « Il faut sortir d’une Histoire de la colonisation qui est uniquement la vision des Européens ».


Découvrir des sociétés complexes et hiérarchisées

En posant le pied sur le continent africain, les Français, comme plusieurs de leurs voisins, pensaient certainement s’imposer par la force aux gouvernements existants, au nom d’une supériorité civilisationnelle. Mais à la lumière des archives étudiées par Camille Lefebvre « on découvre, analyse l’historienne, des sociétés complexes, hiérarchisées, avec différents points de vue : certains veulent faire la guerre aux Français, d’autres sont pour une forme d’accommodement, d’autres encore préfèrent fuir pour rejoindre des régions restées musulmanes et enfin une partie pense que c’est Dieu qui a voulu la victoire des Français et qu’il faut donc se soumettre en attendant que les choses changent… plus tard ».

« La colonisation est toujours fondée sur une très grande différence entre la vision des colonisateurs et celui des colonisés, toujours beaucoup plus nombreux » conclut Camille Lefebvre, « la question fondamentale est de comprendre comment cela fonctionne, comment imposer une domination qui est toujours basée sur une infériorité numérique ». Tout l’enjeu est là, un enjeu révélé par l’historienne, lauréate cette année du Prix du Sénat du livre d’histoire.

Retrouvez l’intégralité de l’émission ici.

« Des pays au crépuscule - Le moment de l’occupation coloniale (Sahara-Sahel) » de Camille Lefebvre - Ed. Fayard

« L’Argent caché – Milieux d’affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle de Jean-Noël Jeanneney – Ed. Seuil

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