Loi Egalim : « Les distributeurs n’ont aucun état d’âme », accuse la filière porcine
La loi Agriculture et Alimentation (Égalim) crée un cadre nouveau pour les négociations qui opposent producteurs et distributeurs. La promesse d'une meilleure rémunération des agriculteurs est-elle remplie ? Beaucoup de professionnels en doutent.

Loi Egalim : « Les distributeurs n’ont aucun état d’âme », accuse la filière porcine

La loi Agriculture et Alimentation (Égalim) crée un cadre nouveau pour les négociations qui opposent producteurs et distributeurs. La promesse d'une meilleure rémunération des agriculteurs est-elle remplie ? Beaucoup de professionnels en doutent.
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La loi agriculture et alimentation (dite « Egalim »), votée au début de l’automne 2018, tient-elle ses promesses envers les agriculteurs ? Une batterie de mesures doit permettre de mieux rémunérer les producteurs. Outre de nouvelles règles sur les marges et les promotions, le texte prévoit de renverser la pyramide de construction des prix, en partant des coûts de production.

Le texte de loi, entré en vigueur ce mois-ci, laisse certains professionnels critiques, ou au mieux dubitatifs. Si les négociations annuelles, sur le point de s’achever, ont rapidement trouvé une issue positive entre la distribution et la filière laitière, les discussions dans d’autres filières ne connaissent pas le même sort.

« Le marché de la viande reste un marché en souffrance avec beaucoup de viande sur le marché, donc les distributeurs n’ont aucun état d’âme. Ils profitent d’une situation déprimée pour enfoncer le clou et baisser les prix », dénonce au micro de Public Sénat Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine (vidéo de tête).

« Sur le secteur de la viande en général, aujourd’hui, le compte n’y est pas », insiste le représentant. « Les distributeurs font leur travail comme d’habitude ». Selon lui, la distribution demande « toujours des baisses », de l’ordre de 3 à 5%. « En parallèle, ils nous demandent plus d’efforts sur l’environnement, le bien-être animal, le sanitaire. L’équation est difficile à résoudre », s’offusque-t-il.

« Le législateur doit savoir qu’il ne crée pas de la valeur avec une loi »

« Le législateur doit savoir qu’il ne créé pas de la valeur avec une loi », déclare Daniel Sauvaitre
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Pour les fruits et légumes, la situation est un peu différente, car le secteur répond à un décret plus ancien sur la contractualisation. Mais là aussi, les doutes sont bien présents. « La marge de manœuvre avec une loi pour créer de la valeur qui va ruisseler jusqu’au producteur, nous n’y croyons pas un instant », déclare Daniel Sauvaitre, secrétaire générale de l’interprofessionnelle des fruits et légumes. « De grâce, le législateur doit savoir qu’il ne crée pas de la valeur avec une loi surtout quand il laisse le droit de la concurrence au niveau où il est c’est-à-dire extrêmement exigeant et qui interdit toute entente ».

« Le ruissellement comme on peut l’appeler, c’est vrai que c’est beau mais c’est un petit peu utopique »

« Le ruissellement, c’est un petit peu utopique » déclare Adrien Lefebvre, vice-président de FaireFrance
02:34

Adrien Lefebvre, vice-président de FaireFrance, une marque de lait équitable, partage les mêmes interrogations. « Le ruissellement comme on peut l’appeler, c’est vrai que c’est beau mais c’est un petit peu utopique » ,considère-t-il. « Les États généraux de l’alimentation, c’est vrai qu’il y a un an quand Emmanuel Macron a pris la parole ça pouvait paraître bien (…) Le résultat, maintenant que la loi est passée, c’est que les consommateurs vont payer plus cher (…) Jamais l’argent qui est versé par le consommateur n’ira dans la poche des agriculteurs. »

Mis à part sur le lait, un « certain nombre d’interrogations » sur les filières pour les sénateurs

Au Sénat, où un groupe de suivi sur l’application de la loi a été mis en place, ces premiers retours trouvent de l’écho. « C’est vrai qu’on a un certain nombre d’interrogations sur l’efficacité de cette loi Egalim », reconnaît Anne-Catherine Loisier, sénatrice centriste, qui avait été l’un des deux rapporteurs. Pour cette parlementaire, il faut « s’assurer » que le « ruissellement », induit par la loi, se produit.

En effet, en relevant de 10% le seuil de revente à perte sur les produits alimentaires et limitant en valeur et volume les promotions, les différentes enseignes accroissent leurs marges. Reste désormais à savoir si ces revenus supplémentaires reviennent dans la poche des intermédiaires et surtout des agriculteurs.

Anne-Catherine Loisier précise que le Sénat sera vigilant sur les « contournements qui pourraient être mis en place » sur les nouvelles dispositions, comme des avantages crédités sur les cartes de fidélité ou les baisses de prix sur les marques distributeur.

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