« Loto du Patrimoine » : qui va gagner des millions ?
Le gouvernement lancera à la rentrée un loto du patrimoine pour sauver les monuments en péril. Pour Sénat en action, Jérôme Rabier a parcouru la France pour tenter de comprendre le fonctionnement de cette grande loterie, et faire un état des lieux de la conservation du patrimoine en France.

« Loto du Patrimoine » : qui va gagner des millions ?

Le gouvernement lancera à la rentrée un loto du patrimoine pour sauver les monuments en péril. Pour Sénat en action, Jérôme Rabier a parcouru la France pour tenter de comprendre le fonctionnement de cette grande loterie, et faire un état des lieux de la conservation du patrimoine en France.
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Par Amélia Morghadi

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Le gouvernement français va lancer début sepembre un « loto du patrimoine » pour restaurer une partie du patrimoine en péril. Ils espèrent récolter entre 15 et 20 millions. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ça consiste ?

Jérôme Rabier : Le « loto du Patrimoine » c’est une première en France, ça s’est déjà fait à l’étranger. C’est une loterie, qui sera tirée, le 14 septembre, à l’occasion des journées européennes du patrimoine, et un jeu de grattage. Les bénéfices qui reviennent normalement à l’État seront dédiés à la restauration du patrimoine français. Il a eu un appel à candidatures, avec plus de 2000 projets. Il y a 250 sites qui ont été retenus, dont 18 sites « vitrine », un par région, DOM-TOM compris.

Comment a été réalisée cette sélection, et quels types de sites ont été choisis ?

J.-R. Il n’y a pas que des châteaux du Moyen-Âge, de la Renaissance… Il y a des sites industriels, du patrimoine du XIXe, du XXe siècle. Il n'y a pas qu'une époque qui est concernée. Ce sont généralement des endroits qui ne sont pas ouverts au public et qui demandent beaucoup de restauration, et qui sont dans un vrai état de délabrement.

Comment les sénateurs sont-ils impliqués dans la question du Patrimoine ?

J.-R. Il y a une mission d’information sur le mécénat depuis avril 2018. Le « loto du patrimoine », c’est du mécénat populaire puisqu’on demande aux gens d’acheter des tickets pour financer la restauration. Ils ont notamment auditionné la présidente de la Fondation du Patrimoine, Célia Vérot. J’ai suivi Alain Schmitz, sénateur LR des Yvelines, qui est le rapporteur de cette mission et qui est aussi le délégué régional pour l’Île de France de la Fondation du Patrimoine. Il s’est engagé dans le dossier de la Villa Viardot, un des sites sélectionnés pour ce loto.

En France, il y a 44 000 petits ou grands monuments classés monuments historiques, comment fonctionne la restauration de ce type de Patrimoine ?

J.-R. Il n’y a pas de règle de financement, il y a des sites qui sont privés, d’autres qui appartiennent à l’État, à des régions, à des communes… Il faut faire des demandes chaque année pour demander des subventions.
Par exemple, dans le cas du château de Calmont d’Olt, dans l’Aveyron, où on est allé tourner, il est classé monument historique, mais ils touchent 4 000 euros par an de l’État. C’est vraiment très peu, même si ça leur permet d’acheter un peu de matériel… Il y a aussi la région, le département qui donnent de l’argent, il peut y avoir d’autres financements publics.
Avec 44 000 monuments historiques, et un budget qui est de 340 millions d’euros sur la restauration et conservation du patrimoine, on voit bien que ça ne représente pas grand-chose. Ils se débrouillent avec la billetterie, les dons… Ils doivent faire autrement.

Quelles sont les critiques faites à ce loto ?

J.-R. En général les gens disent que c’est plutôt une bonne initiative, parce que ça met en lumière le Patrimoine. Mais ils soulignent aussi qu’il ne faudrait pas que ça cache une baisse des dotations de l’État. Ils veulent que ça ne soit pas seulement un moment de curiosité médiatique.

Les personnes que j’ai rencontrées, sélectionnées ou pas, sont toutes passionnées, elles portent des projets sur des lieux dont ils sont tombés amoureux, et ils les portent généralement seuls. Et tout le monde ne gagne pas au loto. Il y a des milliers et des milliers de sites patrimoniaux en France, et c’est intéressant de comprendre comment ils vont s'y prendre pour s'organiser.

Comment va s’organiser la répartition des fonds ? Les 18 « sites vitrines » vont-ils avoir plus de fonds que les autres ?

J.-R. On ne sait pas encore. Ils sont encore dans une phase de projet, il va falloir vraiment évaluer tous les paramètres. Cela va sans doute se faire après la loterie de septembre, au compte-gouttes, en fonction des projets.

 

Retrouvez « Sénat en action » sur la conservation du patrimoine, le mercredi 18 juillet à 23 heures, sur Public Sénat.

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