« Personne ne sait vraiment ce que donnent ces produits mélangés lorsqu’ils brûlent ». Fin septembre 2019, quelques heures après l’incendie d’un site SEVESO près de Rouen, cette déclaration prononcée par Agnès Buzyn illustre bien la confusion qui gravite autour de la catastrophe de Lubrizol. Entre les déclarations contradictoires et l’incertitude quant aux risques sanitaires, les riverains ont effectivement de quoi s’inquiéter. C’est pourquoi, près d’un an après l’accident, la commission d’enquête du Sénat exhorte le gouvernement à tirer des leçons de cette crise : la transparence doit être faite.
Lubrizol : Pour Hervé Maurey, « Personne ne connaissait la liste des produits présents dans l’incendie »
« Personne ne sait vraiment ce que donnent ces produits mélangés lorsqu’ils brûlent ». Fin septembre 2019, quelques heures après l’incendie d’un site SEVESO près de Rouen, cette déclaration prononcée par Agnès Buzyn illustre bien la confusion qui gravite autour de la catastrophe de Lubrizol. Entre les déclarations contradictoires et l’incertitude quant aux risques sanitaires, les riverains ont effectivement de quoi s’inquiéter. C’est pourquoi, près d’un an après l’accident, la commission d’enquête du Sénat exhorte le gouvernement à tirer des leçons de cette crise : la transparence doit être faite.
Par Arthur Bamas
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« Je suis en colère parce qu’ils n’ont répondu à rien »
Un nuage chimique, de la suie recouvrant la maison, de l’amiante dans le jardin… pour Ludovic Lepage, la nuit du 26 septembre 2019 a pris des allures de cauchemar. Craignant pour la santé de sa famille, cet habitant de Rouen a alors décidé de quitter son domicile situé à deux kilomètres du site Seveso. Plusieurs mois plus tard, sa colère n’est pas retombée. Ludovic l’assure, l’État n’a « répondu à rien ». Face à ce manque d’informations, l’inquiétude des riverains pour leur propre santé reste d’actualité. La sénatrice Céline Brulin comprend cette colère. À ses yeux, lever les incertitudes qui planent encore autour de l’accident de Lubrizol est une nécessité. Et bien que la commission d’enquête participe à ce travail, la sénatrice constate que le climat de défiance n’a rien de superficiel : « Il va falloir beaucoup plus qu’une commission d’enquête pour renouer la confiance avec nos concitoyens ».
Une cacophonie gouvernementale
Cette défiance envers le gouvernement est-elle légitime? La commission d’enquête du Sénat a tenté de répondre à cette question, et ses premières conclusions dénoncent plusieurs manquements dans la communication de l’exécutif. Si de nombreux ministres ont fait preuve de réactivité en se rendant très rapidement sur les lieux de l’accident, cette célérité n’a pas eu les effets escomptés.
En multipliant les prises de paroles contradictoires, le gouvernement a effectivement participé à l’inquiétude ambiante. Mais selon la sénatrice Christine Bonfanti-Dossat, le principal danger de cette communication de crise a été son imprécision : « Le gouvernement s’est emparé de sujets qu’il ne maîtrisait pas du tout. Plusieurs ministres ont notamment parlé d’absence de toxicité aiguë. Or, un an après, nous sommes toujours incapables de vérifier cette affirmation ».
Exiger des efforts de transparence
Mais l’État n’est pas le seul responsable de ce manque de communication. Lors de son enquête, la commission a découvert l’existence d’une cruelle absence de transparence concernant la nature des produits stockés à Lubrizol. Or, après comparaison, il s’est avéré que cette opacité concerne beaucoup des 1312 sites SEVESO implantés sur le territoire français.
C’est pourquoi le sénateur Hervé Maurey tire la sonnette d’alarme : « C’est une de nos conclusions les plus importantes : il faut qu’il y ait une transparence par rapport aux produits présents sur les sites SEVESO ».
Alors que le nombre d’accidents industriels sur ces sites a augmenté de 34% en trois ans, cet effort semble nécessaire pour éviter de répéter les erreurs de Lubrizol, et ainsi reconstruire la relation de confiance avec les citoyens.
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