La littérature, voilà un point commun qu’elle partage avec son père François Mitterrand, homme de lettres avant d’être homme d’Etat. Choisir l’IA générative comme sujet de son dernier essai n’a d’ailleurs rien d’anodin. Lorsque la machine monopolise la plume, les écrivains ont de quoi s’inquiéter – et les journalistes par la même occasion. Pour Mazarine Pingeot, « le langage dont on peut estimer qu’il était, pour certains penseurs, le propre de l’homme, aujourd’hui est également le propre de la machine ou en tout cas ce n’est pas ça qui va distinguer l’homme de la machine. »
La privatisation du langage
Mais si son inquiétude porte sur les usages, et les outils, elle dénonce aussi la privatisation l’espace du débat : « Le langage produit par ces machines appartient à des entreprises privées, donc il y a quand même quelque chose de très particulier de se dire que ce qui se substitue le plus à l’espace public, c’est un espace privé qui appartient à des grandes firmes, qui n’est pas neutre, qui a des biais », argue-t-elle, en appelant le politique à « jouer un rôle majeur » pour protéger la démocratie.
L’intelligence artificielle coupée du réel
Interrogée sur la façon dont son père aurait réagi à l’irruption de cette technologie, elle botte en touche. Difficile pour Mazarine Pingeot, d’imaginer ce qu’il aurait pensé de l’intelligence artificielle, avant d’ajouter que s’il était curieux des changements techniques, il restait attaché à l’effort intellectuel et le temps long. Et la philosophe de pointer dans son livre le risque de « dégénérescence programmée » lorsque la machine, finira par se nourrir par ses propres productions de textes pour entrainer ses modèles d’apprentissage, rompant de fait le lien au « réel ».
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