« Nous sommes traités comme des poules d’élevages, le système économique nous exploite, nous pressure » le cri de révolte de ce paysan sicilien
Qu’ont en commun, un agriculteur sicilien, un architecte suisse, ou un menuisier autrichien ? Tous avec leurs outils, dans leurs pratiques, ont décidé de ne pas se résigner à voir le monde être abîmé par les hommes qui le peuplent. Tous à leur manière et sans se l’être dit, partagent le sens « du bien commun ». Dans son film nul homme n’est une île, Dominique Marchais tire le fil invisible qui nous relie. Autant de refus de désespérer qui s’additionnent pour dessiner une fresque pleine d’espoir.

« Nous sommes traités comme des poules d’élevages, le système économique nous exploite, nous pressure » le cri de révolte de ce paysan sicilien

Qu’ont en commun, un agriculteur sicilien, un architecte suisse, ou un menuisier autrichien ? Tous avec leurs outils, dans leurs pratiques, ont décidé de ne pas se résigner à voir le monde être abîmé par les hommes qui le peuplent. Tous à leur manière et sans se l’être dit, partagent le sens « du bien commun ». Dans son film nul homme n’est une île, Dominique Marchais tire le fil invisible qui nous relie. Autant de refus de désespérer qui s’additionnent pour dessiner une fresque pleine d’espoir.
Pierre Bonte-Joseph

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Nous sommes traités comme des poules d'élevage »

Les branches ploient sous le poids des oranges. Au loin on devine l’autoroute, et le bruit du trafic sur l’asphalte se mêle au souffle du vent dans les arbres. Antonio Grimaldi est agriculteur, militant un brin philosophe aussi. La marche folle du monde, les excès du commerce, la dégradation du vivant, il a décidé de lutter contre en commençant par accueillir des poules pondeuses, abîmées par les conditions d’exploitations industrielles, épuisées par les cadences de pontes, et promises à une mort prochaine.

Un mois après leur arrivée sur la ferme, elles récupèrent un beau plumage, se liment les ergots sur la terre sèche de Sicile, et savourent une retraite bien méritée. Antonio fait partie d’une coopérative. 25 familles, 150 salariés, fédérés par un idéal : ralentir le processus de destruction du vivant qu’ils voient à l’œuvre aux portes de leurs exploitations, ces hangars de zones commerciales qui viennent lécher leurs fermes comme les flammes d’un incendie qu’on ne maîtrise plus. Pour lui « Nous sommes traités comme des poules d’élevages, le système économique nous exploite, nous pressure ».

« Tout est pareil tout est ennuyeux »

Plus loin dans le film on fait la rencontre d’un architecte Suisse bien décidé à lutter contre l’uniformisation du monde qui grignote chaque jour un peu plus les villes et les villages. Lors d’une promenade de découverte dans les rues d’un village du canton des Grisons, Giom A Canivada exhorte ses étudiants à s’inspirer du beau, à avoir de l’ambition pour leurs projets, à refuser à l’ennui.

« On mange les mêmes plats, on habite les mêmes maisons » lâche-t-il jamais résigné, avant de nous faire découvrir l’une de ses réalisations : une salle municipale construite avec les contraintes et les ressources locales. Faute de poutres d’assez grande taille, il a décidé d’assembler les planches ensemble, « comme un bricoleur » qui fait avec ce qu’il a sous la main. À l’intérieur la beauté de l’ensemble force l’admiration, de l’extérieur le bâtiment ne ressemble à aucun autre.

Penser le monde d'après

Bien qu’ils ne se connaissent pas Chiara, Giom, Giovanni défendent, dans un même esprit de lutte, le « bien commun ». Chacun dans leur domaine, ils se plantent devant l’évidence de règles admises pour les refuser et proposer un autre chemin. Sans violence mais avec la détermination de ceux qui croient à la justesse de leur combat. Le film de Dominique Marchais, aride, sans emphase, évite le lyrisme du catalogue de bonnes pratiques, mais révèle le mouvement de fond à l’œuvre partout en Europe.

Comme dans ce coin reculé de l’Autriche où Markus FaiBt, menuisier et forestier, fabrique de beaux meubles, sobres et solides, et qui, pour montrer qu’il n’y a pas de fatalité à l’exode rural, continue d’y produire ses objets et de former des jeunes apprentis. Pour lui il n’y a pas de fatalité à voir se poursuivre la saignée à l’œuvre depuis quarante ans qui vide les campagnes autrichiennes de ses forces vives. Pas de fatalité non plus à agrandir la fabrique de meubles pour vendre au-delà des frontières du canton, malgré le succès.

Tourné avant la crise du Covid-19, le film de Dominique Marchais, choral et réjouissant, s’intéresse plus à la détermination des hommes à changer le monde qu’à faire l’inventaire des échecs dont il est responsable. Preuve s’il en fallait que le monde d’après si souvent invoqué pendant la crise sanitaire est bel et bien en marche.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Jeffrey Epstein
9min

Société

Ces personnalités françaises dont les noms sont cités dans les documents révélés sur l’affaire Epstein

E-mails, photos, vidéos… La publication de centaines de milliers de pages supplémentaires de documents liés à l’affaire Epstein affole les médias du monde entier. Les noms de plusieurs personnalités françaises sont citées dans ces dossiers, sans qu’elles soient pour autant explicitement mises en cause quant à un quelconque rôle dans les crimes commis par le prédateur sexuel. Mais ces révélations suscitent tout de même des interrogations sur les liens entretenus par certaines d’entre elles avec Jeffrey Epstein.

Le

Elon Musk Asks if US Should Liberate Britain, Asuncion, Paraguay – 06 Jan 2025
7min

Société

Perquisitions menées dans les bureaux de X : pourquoi le réseau social d’Elon Musk est dans le viseur de la justice française

Le parquet de Paris a annoncé ce mardi 3 février avoir mené des perquisitions dans les bureaux français du réseau social X. L’opération s’inscrit dans le cadre d’une enquête visant à vérifier « la conformité de la plateforme X aux lois françaises ». Diffusion de deepfakes sexuels, manque de transparence publicitaire… La plateforme rachetée en 2022 par Elon Musk fait l’objet de nombreuses critiques ces derniers mois.

Le

Paris: Emmanuel Gregoire conference presse hebergement d urgence
4min

Société

Le mal-logement : l’alerte relancée à la veille des élections municipales

L’année 2025 s’inscrit une nouvelle fois comme une année noire pour le logement. Tous les indicateurs du mal-logement se sont détériorés, dans un contexte de pauvreté accrue, d’inégalités persistantes et d’instabilité politique. Publié lundi 2 février, le 31ᵉ rapport annuel de la Fondation pour le logement des défavorisés, ex-Fondation Abbé Pierre, dresse un constat sévère et appelle à une mobilisation des élus locaux à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars.

Le

« Nous sommes traités comme des poules d’élevages, le système économique nous exploite, nous pressure » le cri de révolte de ce paysan sicilien
5min

Société

Protoxyde d’azote...ce gaz qui n’a rien d’hilarant

Parfaitement légal, utilisé en cuisine et dans le domaine médical, le protoxyde d’azote est détourné pour ses propriétés euphorisantes. Une mode qui touche les adolescents et provoque de lourds dégâts neurologiques.

Le