Trois militantes du collectif Nous Toutes qui portaient un masque à l’effigie du chanteur ont perturbé le spectacle de Patrick Bruel au théâtre Edouard VII mercredi soir, alors que l’artiste est actuellement visé par quatre plaintes pour viols et une enquête judiciaire pour agression sexuelle en Belgique. « Je peux comprendre l’émoi qui est suscité. On parle d’une trentaine de femmes qui ont dénoncé des faits, dont certaines ont porté plainte. Il y a une procédure judiciaire qui devra établir les faits », a réagi la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé.
Sur le fond, la ministre appelle à « tenir ensemble » le respect de la parole des victimes et la présomption d’innocence. « Ces dernières années nous avons appris à dire aux victimes que nous les croyons pour les inciter à porter plainte, et c’est une bonne chose. Je n’accepte pas l’idée de voir un déferlement de haine à l’égard des victimes. Pas une femme n’a dénoncé des violences sexuelles pour en tirer un gain personnel. Ce n’est pas simple de tenir cela avec la présomption d’innocence, mais c’est nécessaire », a-t-elle détaillé.
« La décision lui revient, pas à une ministre »
Le collectif féministe demande aux salles de spectacle de déprogrammer Patrick Bruel, qui doit démarrer une tournée le 16 juin, alors que plusieurs maires dont ceux de Paris et Marseille ont demandé le chanteur à renoncer à se produire dans leurs villes. « Qu’attendent les salles de spectacles ? En maintenant sa programmation, elles mettent en danger toutes les femmes qui côtoient de près ou de loin un agresseur présumé, dénoncé par des dizaines de femmes », a affirmé Nous Toutes dans un communiqué.
« C’est la responsabilité des organisateurs », répond Aurore Bergé. « Certains, comme en Suisse, ont reporté sa participation pour la décaler après la fin de la procédure judiciaire », note la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, avant d’ajouter : « C’est aussi sa responsabilité à lui. » « Les conditions sont-elles réunies pour qu’il se produise sur scène ? » interroge Aurore Bergé en rappelant qu’au sein des femmes qui ont dénoncé le chanteur, beaucoup l’avaient côtoyé dans un cadre professionnel. « La décision lui revient, pas à une ministre », conclut-elle.