Philippe Vandel, « si on n’est pas d’accord sur les mots, on ne peut pas faire société »

Il serait difficile de citer toutes les rédactions de presse pour lesquelles Phillippe Vandel a travaillé. Depuis quarante ans, son visage est devenu incontournable dans le paysage audiovisuel français. Amoureux de son métier et de la langue de Molière, il publie Dictionnaire français-français (ed.Kero) et fait le pari de réconcilier les différentes pratiques de notre belle langue. Invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard, il raconte la télévision d’autrefois et analyse celle d’aujourd’hui.
Robin Jeangerard

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Philippe Vandel a été témoin du développement fulgurant des programmes télévisés dans les années 80, entraîné par une chaîne qui a cassé tous les codes, Canal+. Une époque regrettée par certains en raison d’un esprit créatif qui ne serait plus. L’animateur tempère cette nostalgie et estime qu’« il y a une fausse idée que l’on se fait des années 80. D’accord c’était inventif mais tout était tellement corseté qu’il était très facile d’être inventif […].  Il y a eu 6 chaînes pendant très longtemps, maintenant des chaînes avec la TNT il y en a 27, 30 ou 34, plus tout ce qu’il se passe sur YouTube, c’est beaucoup plus difficile d’être inventif maintenant. »

« Il y a des choses qu’on ne peut plus dire »

Au fil des années, Philippe Vandel a observé un corsetage de certaines prises de paroles publiques : « la télévision officielle est totalement verrouillée et le politiquement correct a tout lissé. Quand j’étais gamin je lisais des interviews de footballeurs, ils disaient : « je n’ai rien compris aux consignes de l’entraineur » après une défaite 2-0. Maintenant si un joueur dit ça, il est viré de l’équipe ».

Toujours selon lui, « on est rentré dans une salle époque, où maintenant on doit s’excuser d’avoir dit quelque chose de vrai, alors que quand moi je démarrais dans le journalisme, on devait s’excuser d’avoir dit quelque chose de faux […]. Tout devient dingue ».

La langue française en péril ?

« Si on n’est pas d’accord sur les mots, on ne peut pas faire société », explique l’animateur et complète son propos en citant Camus : « ne pas nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Il rappelle ainsi que le bon usage de la langue est indispensable si elle veut remplir son rôle fédérateur.

Philippe Vandel critique à cet égard les journalistes qui emploient un jargon déconnecté du langage courant : « les journalistes ont une manière de dire les choses pour ne pas avoir à les dire. ». Pour illustrer, il cite le mot « exécutif » utilisé pour décrire l’action du Président et du gouvernement, mais qui n’apparaît pas dans la Constitution française.

Plus généralement, il est inquiet de voir les entorses faites à la langue et ce, de manière très fréquente : « je vois tellement de fautes de français, de fautes de syntaxe, même chez journalistes […]. Quand plein d’expressions sont remplacées par une seule, eh bien la langue s’appauvrit. Par exemple, le mot « chelou », c’est un mot qui est polysémique, ça veut absolument tout dire ! On peut dire que ce décor est chelou, que vous êtes chelou, que ce pull est chelou, que mes chaussures sont chelou, que les questions sont chelou, ça veut tout dire et rien dire ». Alors il est peut-être temps de racheter un dictionnaire…

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

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