Politique de la ville : le rapport Borloo, et après ?
Emmanuel Macron s’apprête à dévoiler ses grandes orientations pour la politique de la ville, à « rappeler sa vision ». Va-t-il suivre les préconisations du rapport remis le mois dernier par l’ancien ministre de la ville Jean-Louis Borloo, et qui semble emporter une large adhésion des acteurs de terrain ? Après une séquence de réformes économiques, le président de la République a l’occasion de donner un tournant plus social à l’action de son gouvernement. Les attentes, notamment des maires de banlieues, sont fortes.

Politique de la ville : le rapport Borloo, et après ?

Emmanuel Macron s’apprête à dévoiler ses grandes orientations pour la politique de la ville, à « rappeler sa vision ». Va-t-il suivre les préconisations du rapport remis le mois dernier par l’ancien ministre de la ville Jean-Louis Borloo, et qui semble emporter une large adhésion des acteurs de terrain ? Après une séquence de réformes économiques, le président de la République a l’occasion de donner un tournant plus social à l’action de son gouvernement. Les attentes, notamment des maires de banlieues, sont fortes.
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Par Alexandre Delrieu

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Le 22 mai prochain, le président de la République reçoit à l’Élysée des acteurs de terrains, élus, entrepreneurs et habitants de quartiers difficiles. Il devrait dévoiler les grandes orientations de la politique qu’il entend mener en faveur des banlieues. Le chef de l’État pourrait s’appuyer sur les propositions du rapport remis en avril dernier par Jean-Louis Borloo, issu des nombreuses consultations effectuées à l’occasion des États Généraux de la Politique de la Ville, sans pour autant élaborer un plan pour les banlieues. Il devrait annoncer des mesures concrètes.

Pour Philippe Rio, les Etats Généraux de la Politique de la Ville se poursuivront jusqu'à l'inscription de mesures concrètes dans la loi de finance 2019 #UMED
01:02

Un an après son élection, Emmanuel Macron est souvent présenté comme le président des riches et des centres urbains favorisés. Pour la première fois depuis son instauration dans les années 1990, le ministère de la Ville a été supprimé. Son portefeuille a été rattaché au ministère de la Cohésion des territoires, à la tête duquel Jacques Mézard est plutôt connu pour son engagement en faveur du monde rural, rappelle le sociologue Julien Talpin. Ainsi, les attentes des quartiers populaires sont grandes : « pour l’instant, on peut dire qu’on attend beaucoup et qu’il n’y a pas grand-chose qui est encore venu », avance le chercheur.

« Un consensus politique »

Les conditions politiques semblent pourtant propices à la mise en œuvre d’une politique de la ville ambitieuse. Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny (91) souligne que l’ensemble des propositions soumises par Jean-Louis Borloo ont fait l’objet d’un « consensus politique ». « Toutes les associations d’élus sont derrière ce plan, l’Association des maires de France, France urbaine, les intercommunalités, Ville et banlieues, et un certain nombre d’acteurs associatifs ».

Philippe Rio entend tirer profit du mouvement enclenché depuis l’appel de Grigny en octobre dernier, où 150 maires de toutes tendances politiques tiraient la sonnette d’alarme en dénonçant l’abandon des quartiers populaires. « Le 22 mai il y aura des paroles. Et ensuite il faudra des actes. C’est la raison pour laquelle nous, nous continuons les États Généraux de la Politique de la Ville parce qu’on pense que la loi de finance 2019 actera, concrètement, dans le budget de l’État […], les éléments de cette mobilisation nationale ». 

Politique de la ville : "Je pense qu’il ne faut pas afficher un coût qui pourrait effrayer certains" estime la sénatrice Fabienne Keller #UMED
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48 milliards d’euros

La question du coût, chiffré à 48 milliards d’euros dans le rapport remis au Premier ministre, ne devrait pas non plus être un frein à la mise en œuvre de ce plan pour les banlieues, estime la sénatrice (groupe LR) Fabienne Keller. « Je pense qu’il ne faut pas afficher un coût qui pourrait effrayer certains ». Pour l’ancienne maire de Strasbourg, alors qu’une grande partie de cette somme sera allouée à la nécessaire rénovation urbaine, les crédits restant devraient être absorbés par des politiques qui profitent à tous comme la petite enfance, la santé, et la formation pour les jeunes adultes notamment. « Il faut considérer que c’est du droit commun qui est décliné, peut-être un peu plus fort parfois et avec des entrées spécifiques pour mobiliser les jeunes » insiste la sénatrice.

« On ne fera pas le bonheur des gens à leur place »

Rapport Borloo : " le mot « participation des habitants » n’est prononcé à aucun moment " selon Julien Talpin #UMED
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La mise en œuvre d’une politique de la ville par les institutions de l’État devrait cependant être complétée par plus de démocratie participative avance Julien Talpin. Si le sociologue reconnaît que le rapport Borloo est « plein de bonnes idées », il regrette que « le mot ‘participation des habitants’ [ne soit] prononcé à aucun moment ». Le sociologue préconise notamment l’instauration de « conseils citoyens » afin d’impliquer les habitants dans la prise de décision locale. « Il faut permettre cette auto-organisation, sinon, effectivement, je pense que les gens trouveront d’autres solutions qui sont peut-être moins acceptables » conclut-il.

Retrouvez notre débat « A quoi sert la politique de la ville ? » dans l'émission Un monde en Docs, présentée par Nora Hamadi, le samedi 19 mai à 23h30, le dimanche 20 mai à 9h55 et le dimanche 27 mai à 19h00 sur Public Sénat.

Pour aller plus loin :

  • « Je suis », de Bakary Sakho, Ed. Faces cachées – 2015
  • « Community Organizing. De l'émeute à l'alliance des classes populaires aux Etats-Unis », de Julien Talpin, Ed. Raisons d'agir – 2016
  • « Etre radical : Manuel pragmatique pour radicaux réalistes », de Saul Alinsky, Ed. Aden – 2012
  • « L'empowerment, une pratique émancipatrice ? », de Marie-Hélène Bacqué et Carole Biewener, Ed. La Découverte – 2013.

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