Le CSA a mis en demeure cinq sites pornographiques de se doter d’un dispositif fiable pour bloquer l’accès aux mineurs

Pornographie : ce qu’ont révélé les auditions de la mission d’information du Sénat

Alors que la délégation au droit des femmes du Sénat remet son rapport sur les dérives de l’industrie pornographique, retour sur les principales auditions de la mission d’information.
Simon Barbarit

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« Avez-vous aussi des films dans lesquels on dit comment s’occuper de grosse bite blanche ? ». Difficile d’imaginer qu’un jour, que de tels propos seraient tenus officiellement dans une enceinte parlementaire. Pourtant, derrière la trivialité apparente de l’interpellation de la sénatrice PS, Laurence Rossignol à l’un des pontes du porno français, Gregory Dorcel, se cache l’une des dérives de cette industrie qui génère des milliards chaque année.Lire notre article. Porno : coup de chaud pour Dorcel et « Jacquie et Michel » auditionnés au SénatAu moment où la mission d’information du Sénat remet son rapport intitulé : « Porno, l’enfer du décor », c’est l’occasion de revenir sur les multiples auditions de la délégation aux droits des femmes, d’ailleurs abondement relayées par publicsenat.fr.Lors de cette audition, Grégory Dorcel, président du groupe éponyme et Vincent Gey représentant du groupe Ares (Jacquie & Michel), avait été questionnés sur les préjugés racistes récurrents dans les moteurs de recherche de sites porno.

« Le porno, c’est aussi du proxénétisme à l’échelle industrielle »

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Les mots-clés dans les moteurs de recherche de ces plateformes « sont des infractions caractérisées » avait souligné, quelques semaines plus tôt, Claire Charlès, porte-parole des Effrontées. Les associations féministes (Le Nid, Les Effrontées, Osez le féminisme) avaient inauguré le cycle des auditions, en début d’année, par cette affirmation. « Le porno c’est aussi du proxénétisme à l’échelle industrielle […] Il s’agit de violences sexuelles qui sont commanditées, le consentement est extorqué par l’argent et l’exploitation de la vulnérabilité ».En effet, ces associations sont parties civiles dans l’affaire sordide dite du porno français ou « French bukkake ». Une cinquantaine de victimes sont déjà identifiées, et plus d’une dizaine de producteurs et acteurs sont mis en examen pour viols en réunion, traite d’êtres humains et proxénétisme. C’est le point de départ des travaux de la mission.« On demande que la pornographie cesse d’être cette zone de non droit que les lois actuelles s’appliquent, comme elles s’appliquent sur la prostitution et le proxénétisme », avait plaidé Céline Piques, porte-parole d’Osez le Féminisme.Et il y a bien une loi que le Sénat connaît bien, celle votée à son initiative en 2020 et qui contraint les sites pornographiques de mettre en place un contrôle de l’âge de leurs visiteurs. Mais les injonctions de l’Arcom à plusieurs plateformes comme Pornhub, Tukif, Xhamster, Xvideos, ou Xnxx, n’ont toujours pas été suivies des faits.« Il faut entourer nos décisions de toutes les garanties juridiques nécessaires […] les sites pornographiques visés par ces procédures se sont entourés de meilleurs avocats de la place de Paris et sont dans une approche que l’on peut qualifier de contentieuse à notre égard », avait reconnu Guillaume Blanchot, directeur général, de l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique).
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« Ce contact précoce, on peut le nommer viol psychique »

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Et l’exposition d’images pornographiques sur les plus jeunes, n’est pas sans conséquences. Pourtant, un garçon sur trois de moins de 15 ans se rend sur un site pornographique chaque mois. Et en moyenne, le premier contact avec un contenu pornographique intervient majoritairement avant 15 ans (70% pour les garçons et 53% pour les filles), selon un sondage Opinonway.« Ces contenus correspondent à de véritables images traumatiques pour des cerveaux encore vierges dans leur développement neuronal, incapable de prendre du recul face aux images observées […] Après ce premier contact, la sexualité devient l’objet de dégoût et de fascination en même temps […] Ce contact précoce, on peut le nommer viol psychique car il envahit de manière inattendue et brutale la pensée et l’imaginaire de l’enfant et devient un puissant facteur de risque pour le développement d’une addiction à partir de l’adolescence », avait alerté la psychologue clinicienne, spécialisée dans les addictions sexuelles et cybersexuelles, Maria Hernandez-Mora.Mais ces sites, des « tubes » qui déversent un flot de vidéos pornographiques sans contrôle d’âge des utilisateurs ne sont que la face immergée de l’iceberg pour les associations qui pointent du doigt les réseaux sociaux.Olivier Gérard, coordonnateur du pôle « Médias-usages numériques » de l’Union nationale des associations familiales (Unaf), avait rappelé que « 30 % des 15-17 ans déclarent consulter des contenus pornographiques sur les réseaux sociaux ». « On constate qu’aujourd’hui que la plupart des réseaux sociaux ne mettent pas en place de dispositif de contrôle d’âge ».Au fil des auditions la question de l’éducation à la sexualité a pris une place prépondérante. La réalisatrice Ovidie qui a mené une action de prévention sur l’exposition aux images pornographiques dans les établissements scolaires du département de la Charente, estimait que les deux heures d’enseignement obligatoire à la vie sexuelle et affective n’avaient pas eu d’effets sur les collégiens et lycéens. « Ce sont des discours un peu culpabilisants du type : le porno, ce n’est pas la réalité… Ce type de discours là, c’est un échec », avait-elle tranché devant le Sénat.
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Israël Nisand, gynécologue-obstétricien, qui est intervenu, lui aussi, dans les collèges pour « faire de l’information à la sexualité » avait, lui, noté une évolution inquiétante du questionnement des élèves depuis l’apparition des « tubes » pornographiques. « Je suis tombé de l’armoire la première fois qu’un jeune au fond d’une classe m’a demandé : comment se fait-il que les femmes aiment sucer le sexe des animaux ? », relatait-il à la délégation.

« L’affaire du porno français est avant tout un problème de violences »

La mission a également écouté des discours plus nuancés sur la pornographie ou plutôt « les pornographies ». Sociologues, politologues, juristes avaient invité les élus « à ne pas prendre la pornographie comme un problème en soi ». L’ancienne pornstar, Liza Del Sierra indiquera, elle, avoir « pris du plaisir » dans sa carrière longue de plus de 1 000 films.
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« L’affaire du porno français (french bukkake) est avant tout un problème de violences et non directement d’infractions relatives à la pornographie à proprement parler […] Fort heureusement nous disposons d’un panel d’infractions assez large qui permettent de sanctionner, sans discussion possible, de tels comportements violents », avait souligné, Julie Leonhard, docteur en droit privé et sciences criminelles, maître de conférences à l’Université de Lorraine.

Pornographie : « Il faut définir la prostitution et dire si elle couvre ces cas »

Si le lien entre prostitution et pornographie a été établi lors des travaux, la différence réside dans son régime juridique. La prostitution est interdite en France, (loi de 2016 sur la répression des clients), mais n’est pas définie dans le code pénal. La pornographie est quant à elle légale, et le droit pénal se borne à interdire son accès à aux mineurs et interdit la pornographie qui serait préjudiciable aux mineurs, comme la pédopornographie.
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Elvire Arrighi, commissaire divisionnaire, chef de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH), avait prévenu les sénatrices et sénateurs en mai dernier, renvoyant au législateur sa responsabilité « de définir la prostitution et de dire si elle couvre ces cas » (de pornographie). « Alors le proxénétisme et la traite à vocation sexuelle seront systématiquement caractérisés dans le cadre de productions pornographiques », avait-elle expliqué.

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