« Pour certains c’est trop dur de se dire que s’il y a des femmes violentées, c’est qu’il y a des hommes violents », s’interroge Ghada Hatem

Il y a 10 ans maintenant Ghada Hatem médecin gynécologue fondait la première maison des femmes à Saint-Denis. Un lieu pour soigner les femmes victimes de violences psychologiques ou sexuelles. 10 ans après, le modèle a essaimé partout en France. Mais que pense-t-elle de la hausse des féminicides et du retour de discours masculinistes qui séduisent de plus en plus de jeunes hommes ? Ghada Hatem répond à toutes les questions de Rebecca Fitoussi dans l’émission « Un monde, un regard ».
Simon Nicolle

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Jusqu’à récemment, elle avait le sentiment que la société avançait vers plus d’égalité. Pourtant depuis quelques années Ghada Hatem constate que l’on fait face à une nouvelle génération d’hommes au discours de revanche : « On n’a plus notre place, on ne sait plus comment draguer, on n’est plus sûrs d’avoir de bons postes à cause des quotas réservés aux femmes. » Pour la médecin, c’est comme si de jeunes hommes considéraient que l’on était allé trop loin dans la volonté collective d’une égalité des genres, qu’elle ne se ferait non pas au bénéfice des femmes mais au détriment des hommes.

De ‘mâle’ en pis

« Une espèce de rage et de haine se développe sur les réseaux sociaux avec des contenus masculinistes d’une férocité insensée », évoque la fondatrice de la Maison des femmes non sans angoisse quant à l’avenir. « Je ne sais pas comment l’on va pouvoir rétropédaler. » Un discours paradoxalement validé par des femmes avec la promotion du modèle de la « femme traditionnelle » qui serait heureuse de ne pas travailler. Pour Ghada Hatem, « Être heureuse d’être au foyer, pourquoi pas ! On ne va quand même pas passer d’une injonction à une autre, mais si ce discours est l’expression des marques qui financent les activités promues, ce n’est pas très honnête ».

Les violences faites aux femmes, le problème de tous

« D’emblée, je me suis dit qu’il fallait s’occuper des hommes aussi. En médecine, on appelle cela de la prévention », rappelle la gynécologue franco-libanaise. Pour elle, nous aurons fait un grand pas vers l’avant lorsque l’on arrivera à faire en sorte que les hommes ne vivent pas leur masculinité comme quelque chose qui impose la force et qui interdit les émotions.

Des hommes trop peu concernés

Mais ce qui peine terriblement Ghada Hatem, c’est que la plupart des hommes se désintéressent de la question des violences faites aux femmes. Lors des interventions publiques de la Maison des femmes, il y a 2 hommes sur 50 personnes en moyenne : « C’est comme si c’était trop dur pour eux de se dire que puisqu’il y a des femmes violentées, c’est qu’il y a des hommes violents […] Comme si, puisque ce n’étaient pas eux, alors cela ne les regardait pas », constate-t-elle au jour le jour.

Pourtant, elle remarque aussi les bienfaits qu’assister à ces évènements peut avoir sur la perception des hommes. « Lorsqu’ils s’intéressent au sujet, les hommes se regardent différemment et réinterprètent leur conduite passée avec une meilleure compréhension des notions de consentement, de ce qu’est la drague ».

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

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