Pour éviter les coupures d’électricité, RTE mise sur « Ecowatt » pour inciter à réduire la consommation

Pour éviter les coupures d’électricité, RTE mise sur « Ecowatt » pour inciter à réduire la consommation

Le gestionnaire du réseau électrique, RTE, a voulu se montrer rassurant ce mercredi matin, en écartant le risque de black-out. Mais face aux tensions réelles que le réseau aura à affronter cet hiver, la filiale d’EDF mise sur « Ecowatt », un dispositif permettant d’alerter les entreprises, les collectivités, et les particuliers en cas de fortes tensions sur le réseau afin que ceux-ci baissent leur consommation et qu’EDF n’ait pas à en arriver à des coupures.
Louis Mollier-Sabet

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Alors que Gazprom a cessé ses livraisons de gaz à la France au 1er septembre, les perspectives s’assombrissent pour le réseau d’électricité français à mesure que l’hiver 2022-2023 approche. D’une part l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les sanctions économiques qui en ont découlé ont mis le marché européen du gaz, dépendant des importations russes, sous tension. D’autre part, la disponibilité du parc nucléaire a été entamée par des retards pris dans les visites de contrôle des centrales à cause du covid, ainsi que par la découverte de problèmes de corrosion sous contrainte dans 12 réacteurs qui ont dû être arrêtés pour de plus amples contrôles et des réparations le cas échéant. EDF a publié hier des prévisions assez pessimistes pour l’année 2024, avec entre 315 et 345 TWh de production annuelle, alors que le niveau de production était de 393 TWh en 2018, et en a profité pour préciser que la production finale du parc nucléaire français se situerait en 2022 « dans la moitié basse » de la dernière estimation se situant entre 280 et 300 TWh.

Mais un autre problème a été moins commenté : la sécheresse a aussi entamé les capacités de production d’hydroélectricité, un autre pilier de la production électrique française. « Deux facteurs sont aujourd’hui cruciaux pour comprendre la faiblesse de l’offre [sur le marché de l’électricité], le nucléaire et l’hydraulique, qui aura une production de 10 TWh inférieure aux années précédentes, soit une baisse de 15 % » a ainsi résumé aujourd’hui lors d’une conférence de presse Thomas Veyrenc, directeur stratégie et prospective à RTE, filiale d’EDF gestionnaire du réseau et de transport d’électricité. Sur le nucléaire, EDF, comme RTE tablent sur une augmentation de la disponibilité du parc cet hiver, mais pas dans les mêmes proportions. La situation est telle que la France, « historiquement exportatrice d’électricité », est devenue « très importatrice », a conclu Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE et est donc exposée à des risques sur sa « sécurité d’approvisionnement » en électricité, c’est-à-dire, plus prosaïquement, à des risques de coupures cet hiver.

« Aucun risque de black-out »

Le gestionnaire du réseau électrique français a donc tenté de faire le point sur les risques de tension sur le réseau cet hiver, les conséquences des différents scénarios envisagés, ainsi que les options pour éviter d’en arriver à des « délestages », c’est-à-dire des coupures d’électricité « organisées, temporaires et tournantes » touchant un territoire donné pendant deux heures. « Le délestage est un ultime recours pour éviter de se retrouver en situation de black-out, qui est une perte de contrôle et un effondrement du réseau », a détaillé Xavier Piechaczyk, en assurant qu’il n’y avait « pas de risque de black-out » cet hiver. Avant d’en arriver là, RTE peut jouer sur « l’interruptibilité » de la dizaine d’acteurs les plus énergivores de France, qui sont rémunérés pour ce risque par EDF, ou procéder à une baisse de tension de 5 % sur le réseau de distribution qui peut entamer les performances de certains appareils. Mais RTE espère ne pas avoir à en arriver là, et va donc mettre en place un « signal Ecowatt » pour encourager des baisses « volontaires et massives de la consommation. » Pour comprendre cette démarche, il faut déjà fixer les différents scénarios envisagés pour l’hiver. En supposant que la consommation d’électricité restera dans le prolongement de ce qu’elle est actuellement – une hypothèse conservatrice dans la mesure où des effets sont attendus du plan de sobriété – RTE dresse trois scénarios pour cet hiver

  1. Un scénario « dégradé », qui prend en compte des pénuries qui mettent à mal le fonctionnement des centrales à gaz au niveau français et européen et qui limiterait ainsi les imports d’électricité lors des périodes de tension, alors même que la production nationale d’électricité est affaiblie par les difficultés sur le nucléaire et l’hydraulique.
  2. Un scénario « médian » ou « central », qui prend en compte une remontée en puissance du nucléaire d’ici janvier, en dessous de ce quoi sur table EDF, soit 38 GW début décembre et 45 GW début février. Au niveau des importations, ce scénario table sur un fonctionnement normal des échanges sur le système électrique, tout en restant prudent sur la sobriété.
  3. Un scénario « haut », avec une remise en service rapide des réacteurs (40 GW début décembre et 50 GW début janvier) et l’atteinte d’un « maximum technique » cet hiver, couplé à un « scénario volontariste » sur la sobriété énergétique, qui « nécessite des bougés par rapport à la tendance actuelle. »

Chacun de ces scénarios a été simulé dans un contexte météorologique allant d’un hiver doux, normal, froid ou très froid, afin de voir combien de « signaux Ecowatt rouges » seraient émis dans chaque cas. Ecowatt est un système d’alerte des entreprises, des collectivités et des particuliers et le stade « rouge » signifie le système électrique est sous tension et que des coupures sont inévitables si l’on ne baisse pas notre consommation à un instant T. « En gros cela veut dire que RTE prévoit des coupures sauf si la consommation baisse de manière volontaire et substantielle », explique Xavier Piechaczyk. « Dans la très grande majorité des situations n’envisage que quelques signaux Ecowatt rouge sur l’hiver, sauf en cas d’hiver très froid, où l’on pourrait monter à 30 signaux rouges dans un scénario dégradé », résume-t-il. Ce « scénario du pire » est extrêmement improbable d’après RTE, puisqu’il correspondrait à 1 scénario météo sur 10, conjugué à une pénurie gazière sévère.

Chauffage, éclairage, cuisson… les pistes pour réduire la consommation d’électricité

Une fois le diagnostic posé, RTE a détaillé les options qui s’ouvraient pour répondre à ces éventuelles tensions. En dehors des problèmes sur l’offre d’électricité, qui sont difficilement solubles à court terme, RTE s’est penché sur les pistes de réduction de la consommation d’électricité. On a déjà beaucoup parlé de la sobriété énergétique, ou des gains d’efficacité potentiels, qui accompagneraient des changements dans les modes de consommation, mais peut être moins du lissage des pics de consommation, qui permettent de consommer de l’électricité au meilleur moment (la nuit, les week-ends ou en milieu d’après-midi). Ainsi, RTE va généraliser son système Ecowatt, qui permet de donner un signal par sms aux consommateurs inscrits sur la plateforme à propos de l’état du réseau. RTE serait en train de nouer des partenariats avec des médias pour intégrer ces signaux aux bulletins météorologiques des chaînes télévisés, des radios, ou de la presse.

En cas de signal orange, les écogestes sont « les bienvenus pour sécuriser l’approvisionnement du réseau », tandis qu’en cas de signal rouge, la production française et les importations ne permettront pas de répondre à la demande. Dans ce cas, soit les particuliers, mais surtout les entreprises et les collectivités feront baisser la consommation d’électricité, soit RTE devra procéder à des coupures « tournantes » de deux heures sur certains territoires. En cas de signal rouge, la réduction du chauffage électrique pourrait être le principal levier de diminution de la consommation, puisqu’il peut représenter jusqu’à 30 à 40 % « des appels de puissance sur les journées froides d’hiver », a expliqué Jean-Paul Roubin, directeur de l’exploitation à RTE.

Ainsi, baisser le chauffage à 19, voire à 18° C à la maison ou dans les bureaux, ou le limiter dans les bureaux inoccupés la nuit pourrait permettre une réduction de la consommation de 23 GW entre 8h et 13h et 30 GW entre 18h et 20h, les deux plages horaires les plus sensibles, voire plus en cas de vague de froid plus sévère. Jean-Paul Roubin a aussi évoqué la possibilité de réduire l’éclairage dans les services et dans les collectivités (avec un lampadaire allumé sur deux dans l’éclairage public par exemple), ce qui permettrait de réduire les besoins de 3 ou 4 GW, tout comme éteindre les lumières non utilisées dans le résidentiel. De même, limiter l’usage du four et des cuissons longues le matin et entre 19h et 20h pourrait aussi permettre des gains non négligeables au niveau de la demande d’énergie. « Ces gestes ne représentent que quelques pourcents de la consommation, mais ces efforts de sobriété, et de décalage des usages pourraient permettre de réduire la consommation de 9 GW le matin et le soir », résume Jean-Paul Roubin.

« Nous sommes très confiants sur la mobilisation »

Une réduction d’autant plus efficace qu’elle interviendrait pendant les pics de consommation qui poseront le plus de problèmes à la sécurité d’approvisionnement du réseau. « Dans le scénario dégradé couplé à un hiver froid ou très froid, ce gain ne permettrait pas d’éviter en toute situation le risque de coupure. On peut donc faire beaucoup plus : en cas de signal Ecowatt rouge, il faudra qu’un maximum d’acteurs se mobilise pour éviter des coupures », a-t-il ajouté. Sur cette « mobilisation », Xavier Piechaczyk se veut « très confiant, parce que depuis quelques jours notre standard explose d’entreprises qui veulent signer des partenariats Ecowatt. »

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