Pour le professeur Lantieri, « le corps humain n’est pas un objet »
Il y a 12 ans, il réalisait la première « greffe totale du visage » au monde. Aujourd’hui, si le professeur Laurent Lantieri continue de réparer les corps, au micro de Rebecca Fitoussi dans « un monde, un regard », il revient sur les limites qu’il s’impose dans sa pratique de la chirurgie reconstructrice et esthétique.

Pour le professeur Lantieri, « le corps humain n’est pas un objet »

Il y a 12 ans, il réalisait la première « greffe totale du visage » au monde. Aujourd’hui, si le professeur Laurent Lantieri continue de réparer les corps, au micro de Rebecca Fitoussi dans « un monde, un regard », il revient sur les limites qu’il s’impose dans sa pratique de la chirurgie reconstructrice et esthétique.
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Par Marie Provot

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Nous sommes en 2018, voilà huit ans que Jérôme Hamon a bénéficié de la première greffe totale du visage. Oui mais voilà, sa figure se dégrade et les premiers signes de rejets apparaissent. L’équipe du professeur Laurent Lantieri doit de nouveau intervenir. Ces moments d’urgence absolue, le médecin s’en souvient avec la même précision. La dernière en date remonte à quelques mois, lorsqu'il opérait un militaire blessé au Mali. « Je suis arrivé au bloc opératoire le dimanche soir, le matériel était prêt même si la panseuse ce soir là n’était pas celle qui était habituée ».

« Quand vous gravissez l’Everest, vous allez jusqu’au bout et vous ne posez pas des questions métaphysiques, une greffe c’est pareil ».

Des opérations méticuleuses, où il faut vaisseau par vaisseau, artère par artère, relier le greffon à la figure d’un patient qui attend parfois depuis plusieurs mois l’intervention. Des situations de stress qu’il gère avec un immense sang-froid, pour avoir son équipe et lui-même répétés les gestes autant de fois qu’il le fallait. Il reconnaît toutefois que s’il y a toujours une part de doute face aux risques que présentent ces opérations, il les aborde avec la détermination d’un sportif. « Chacun appréhende cette charge émotionnelle et ses doutes à sa façon » mais « quand vous gravissez l’Everest, vous allez jusqu’au bout et vous ne posez pas des questions métaphysiques, une greffe c’est pareil ».

« Tout ce qui peut être fait sera fait. »

Sa spécialité, ajoute-t-il « c’est de donner de la qualité de vie au patient et surtout de redonner de la dignité » à des hommes et des femmes défigurés par la maladie ou par un accident. Mais pour lui pas question de le faire à n’importe quel prix. S’il n’écarte aucune technique pour réparer les corps, et pense même que tout ce qui peut être fait sera tôt ou tard tenté, il précise dans la foulée qu’il est nécessaire de se doter de « règles » éthiques et d’exclure tout ce qui nuit à la dignité humaine.

La chirurgie esthétique, « une forme de consumérisme du corps »

A l’heure des réseaux sociaux et des « filtres Instagram », pour le professeur Lantieri, la chirurgie esthétique s’apparente désormais à « une forme de consumérisme du corps ». S’il avoue être parfois sollicité pour ce type d’intervention, il reste très prudent à ce sujet. « Le corps humain n’est pas un objet, c’est quelque chose d’important », et alerte que l’on peut assister chez certaines personnes à une forme de « délire, une dysmorphobie », à l’image des frères Bogdanoff ou de Michael Jackson qui ont voulu transformer leur corps à l’excès. Des dérives rares en France « où la loi Kouchner de 2002 permet de protéger les patients ».

 

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