Précarité : « La fréquentation de nos établissements a augmenté de 30 % », précisent les Restos du cœur

Précarité : « La fréquentation de nos établissements a augmenté de 30 % », précisent les Restos du cœur

Auditionnées par la mission d’information du Sénat chargée de la lutte contre la précarisation et la paupérisation, les associations d’aide alimentaire s'inquiètent de la pérennisation de la situation de précarisation sociale, au-delà de la crise sanitaire.
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« Comprendre et proposer des solutions face au phénomène de précarisation et de paupérisation qui touche la population, notamment depuis l’arrivée de la crise sanitaire ». C’est l’enjeu de la mission d’information du Sénat qui recevait, ce mardi 6 avril, plusieurs acteurs impliqués sur cette question à l’occasion d’une audition plénière sur la précarité alimentaire. Pour tous les représentants d’associations en charge de l’aide alimentaire le constat est le même : la précarité n’a fait qu’augmenter depuis la crise de 2008, et le phénomène s’est aggravé depuis le début de la crise sanitaire. « Les nouveaux publics représentent aujourd’hui 15 % des personnes qui viennent nous rencontrer », détaille Yves Mérillon, responsable des relations institutionnelles des Restos du cœur. « Ce sont les personnes qui avaient des emplois précaires, les étudiants qui finançaient leurs études avec des petits boulots, les familles dont les enfants ne peuvent plus bénéficier de la cantine. »

Pour Yann Auger, directeur général de l’association nationale des épiceries solidaires, même constat : « La fréquentation de nos établissements a augmenté de 30 %, en moyenne, sur l’année 2020 ». Et les publics touchés par la précarisation varient eux aussi. Il s’agit d’abord majoritairement d’un public jeune ou isolé. « Parmi les personnes qui fréquentent nos établissements, 40 % sont des mineurs inscrits avec leurs parents, et 10 % des jeunes de 18 à 25 ans. Au total, une personne sur deux, inscrite a moins de 26 ans », précise Yves Mérillon. « La deuxième caractéristique de ce public est l’isolement. Nous comptons globalement 40 % de personnes seules, et la moitié des familles est monoparentale. » « Il faut rajouter deux catégories », complète Jean-Baptiste Favier, président de l’Ordre de Malte France. « On commence à voir arriver les séniors précaires dans nos maraudes alimentaires, ce qui préfigure d’un énorme choc de précarité. L’autre catégorie, accentuée par le covid, c’est le pourcentage de population dite en situation d’extrême précarité, qui est quasiment invisible et qu’il faut aller chercher. »

La crainte d’une situation durable

Car, comme pour la crise de 2008, les associations craignent plus que tout que la précarité induite par la crise sanitaire ne laisse place à une situation pérenne. « La crise de 2008 s’était traduite par l’arrivée au bout de deux ans de 25 % de personnes en plus », se remémore Yves Mérillon. « Cela donne une référence qui pourrait préfigurer ce qui pourrait arriver à l’issue de cette crise sociale qui suit la crise sanitaire ». « La perspective que nous avons est une augmentation de 30 % des publics », renchérit Nicolas Champion, membre du Bureau national du Secours populaire français. « On redoute l’inscription dans le temps de cette précarité. »

Précarité : « Le volet social a été fragilisé par la crise » assurent les banques alimentaires
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D’autant que la crise sanitaire, et les plusieurs confinements, ont causé des dégâts sociaux parmi les populations précarisées. « Les Restos du cœur ne sont pas seulement une association d’aide alimentaire, mais une porte d’entrée avec une série d’activités d’inclusion sociale, or la crise sanitaire a eu pour conséquence l’arrêt de la plupart de ces activités d’inclusion d’aide à la personne », explique Yves Mérillon. « Depuis un an le mode de fonctionnement de nos associations s’est dégradé, et tout le volet d’accompagnement social a été fragilisé », abonde Yann Auger. Une dégradation qui a eu de lourdes conséquences psychologiques sur un public déjà fragilisé. « On note la précarité psychologique dans laquelle se trouvent ces gens », relève Nicolas Champion. « Après le premier confinement, certains ont basculé très rapidement dans la précarité et se sont retrouvés complètement déboussolés. »

Une aide bien coordonnée par les pouvoirs publics

C’est pourquoi, les associations craignent les conséquences sur le long terme de cet épisode de crise sanitaire, bien qu’elles s’accordent sur le soutien apporté par l’Etat. « L’aide alimentaire a été bien soutenue et coordonnée par les pouvoirs publics », assure Claude Baland, président de la Fédération française des banques alimentaires. « Les soutiens financiers ont augmenté de plus de 48 %, et trois subventions exceptionnelles ont été versées par l’Etat Français, à hauteur de plus de 4 958 000 euros. Les collectivités locales et les différentes structures ont également participé au soutien. » Mais se pose désormais la question de l’après, une fois que l’Etat aura mis fin à sa politique de soutien financier. « Aujourd’hui nous avons été aidés par les pouvoirs publics, qui nous ont permis de passer le cap aigu de la crise. Mais nous nous projetons dans l’avenir, et nous nous demandons ce qui va se passer quand ces aides vont cesser », se questionne Yves Mérillon. « Comment allons-nous faire s’il faut faire face à cette crise de manière durable, avec une brutale augmentation du chômage ? ».

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