Protocole sanitaire dans les lycées: les sénateurs pointent du doigt « le manque d’anticipation du gouvernement »
Alors que le ministre de l’Education nationale a annoncé de nouvelles mesures pour l’enseignement secondaire et le baccalauréat, les sénateurs appellent à se garder une « porte de sortie » et pointent du doigt un manque d’anticipation dans la gestion de crise.

Protocole sanitaire dans les lycées: les sénateurs pointent du doigt « le manque d’anticipation du gouvernement »

Alors que le ministre de l’Education nationale a annoncé de nouvelles mesures pour l’enseignement secondaire et le baccalauréat, les sénateurs appellent à se garder une « porte de sortie » et pointent du doigt un manque d’anticipation dans la gestion de crise.
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La crise sanitaire impacte les examens de fin d’année. Ce jeudi, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé que les épreuves communes du baccalauréat prévues pour les élèves de première et de terminale par le bac nouvelle formule seraient annulées au profit du contrôle continu en raison de la situation sanitaire. Les épreuves d’évaluation seront ainsi remplacées par les moyennes des bulletins scolaires des étudiants. Une nouvelle fois dans cet épisode de gestion de crise, certains membres de la Haute assemblée dénoncent un « manque d’anticipation » de la part du gouvernement.

« Une fois encore, on a l’impression que le gouvernement réagit au pied-levé », commente le sénateur de l’Isère Michel Savin. Il n’y a eu aucune anticipation de la part du gouvernement pour préparer cette deuxième vague que beaucoup annonçaient, et c’est un vrai problème ». Pour les sénateurs, il aurait fallu que le ministère de l’Education nationale procède à des concertations avec les acteurs de l’enseignement au cours de l’été, pour mettre en place plusieurs scénarii de crise face aux différentes évolutions possibles de la situation sanitaire. « Il y a un vrai inversement de la doctrine », réagit la vice-présidente de la commission de la commission de la Culture et de l’Education Catherine Morin-Desailly. « Jusqu’alors la gestion de crise a consisté à maintenir les événements jusqu’au dernier moment, ici c’est le contraire. Pourquoi pas, cela permet de donner un peu de clarté et de lisibilité aux élèves ».

Une « incohérence » du gouvernement

Au-delà des épreuves du baccalauréat, c’est aussi la modification du déroulement de l’enseignement dans les établissements qu’a annoncé le ministre de l’Education nationale. Alors que des blocages ont été organisés, ces derniers jours, dans plusieurs établissements du territoire pour dénoncer le non-respect du protocole sanitaire, Jean-Michel Blanquer a annoncé qu’il comptait renforcer ce dernier. Davantage de cours à distance seront donc, autorisés à condition de conserver au moins 50% d’enseignement en présentiel pour chaque élève pour limiter le risque de contagion. « Il importe que chaque élève soit présent en cours au moins la moitié du temps scolaire », a-t-il écrit aux chefs d’établissement et professeurs. Le reste du temps, chaque établissement peut mettre en place un « accueil en demi-groupes », « par niveau » ou « le travail à distance un ou deux jours par semaine ». Une mesure déjà critiquée pour sa difficulté de mise en œuvre sur les territoires. « Encore une fois, un manque d’anticipation », commente Catherine Morin-Desailly. « On n’a pas imaginé que le virus allait revenir et anticipé le semi présentiel très longtemps à l’avance avec les collectivités concernées ».

Certains parlementaires évoquent même une incohérence de la part du gouvernement. « Jusqu’ici on a réussi à maintenir d’autres types de concours, et même les élections municipales. Le gouvernement nous dit qu’il faut vivre avec le virus, si c’est le cas, cela doit aussi concerner l’Education nationale et l’Enseignement supérieur », revendique Pierre Ouzoulias, également vice-président de la commission de la Culture et de l’Education. « Là tout est arrêté, c’est trop facile. Le gouvernement a fait le choix d’un confinement qui considère que l’éducation et la culture sont secondaires. On ferme les facs et les librairies, c’est un signal désastreux. » Car les sénateurs refusent que la génération de bacheliers ne devienne une « génération sacrifiée ». « Je comprends l’inquiétude des lycéens et des enseignants », assure Michel Savin. « Cette génération ne doit pas devenir une génération sacrifiée ». « Le contexte est très dur pour nos étudiants et nos élèves, qui sont désemparés face à la situation », renchérit Catherine Morin-Desailly.

La crainte d’une hausse des inégalités

La sénatrice centriste plaide pour que le gouvernement laisse la possibilité à une autre option, si la situation sanitaire venait à évoluer. « Il serait préférable de conserver l’état d’esprit de la réforme d’organiser une partie des épreuves en présentiel, si les conditions sanitaires le permettent. Il faut se laisser une porte de sortie », revendique-t-elle. D’autant que certains craignent que ces nouvelles mesures ne viennent renforcer les inégalités sociales liées au passage des examens. « Le baccalauréat était un examen républicain, car il était à la fois anonyme et national », plaide Pierre Ouzoulias. « Ces deux éléments fondamentaux permettaient aux lycéens issus de milieux défavorisés d’accéder aux mêmes droits que tous les lycéens, et je regrette qu’on ait cassé cet élément majeur du fonctionnement républicain de nos institutions scolaire. Il faudra un examen social des conséquences de l’abandon du bac », réclame l’élu communiste.

Idem pour le dispositif d’enseignement à distance a déjà été éprouvé lors du premier confinement, et avait été critiqué en ce qu’il générait des inégalités. « Ces nouvelles dispositions ne font que renforcer les inégalités sociales », dénonce Pierre Ouzoulias. « Arriver dans l’enseignement supérieur est désormais de plus en plus difficile quand on vient d’un lycée populaire. » Quant au respect des règles sanitaires dans les établissements, les sénateurs se montrent dubitatifs. « On ne peut pas imaginer de maintenir des conditions sanitaires et pédagogiques saines sans changer structurellement la façon dont sont organisés les cours », affirme Pierre Ouzoulias. « Il faut modifier les horaires, embaucher des professeurs pour faire cours autrement, en bref : mettre plus de moyens. »

 

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