« Quand j’ai abordé les viols sur enfants, j’ai reçu beaucoup de courriers me traitant de rabat-joie », Mireille Dumas

Dans son émission « Bas les masques » ou encore « Vie privée, vie publique », Mireille Dumas a mis en lumière des parcours de vie peu écoutés, et pourtant loin d’être des cas isolés. Alors que les féminicides étaient qualifiés de « crimes passionnels », elle dénonçait déjà les violences perpétrées à l’encontre des femmes, des enfants et des minorités de genre. Quel regard porte-t-elle sur l’évolution de la société sur ces questions ? Comment explique-t-elle son intérêt pour les autres ? Cette semaine, Mireille Dumas est l’invitée de Rebecca Fitoussi dans « Un Monde un Regard ».
Lauralie Margalejo

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Linda, mère à 14 ans, Simone, transsexuelle et prostituée, Bernard Giraudeau, atteint d’un cancer incurable… Mireille Dumas a révélé des histoires qui ont donné lieu à de grands moments de télévision. Ses entretiens sont aujourd’hui disponibles sur sa chaîne YouTube créée avec l’INA. Son souhait ? « Donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, mettre des mots sur des traumatismes et parler des tabous ». Et pour cause : « il y avait beaucoup de sujets dans la France des années 1980-1990 qui étaient tus ».

Une lanceuse d’alerte à propos des violences faites aux femmes et aux enfants

Si dans les années 80, les féminicides étaient qualifiés de « crimes passionnels », elle, se refusait à employer cette expression. Elle a d’ailleurs préféré titrer l’une de ses émissions « crimes et passions ». En avance sur les sujets de discriminations de l’époque, sa démarche est parfois restée incomprise et même vivement critiquée : « je me souviens de confrères me raillant en me disant que je voyais vraiment des violences partout, qu’il n’y en avait pas tant que ça. Quand j’ai abordé les viols sur enfants, j’ai reçu beaucoup de courriers me disant que j’étais rabat-joie, presque même dans une perversité incroyable pour imaginer autant de souffrances infligées aux enfants. »

Aujourd’hui, notamment depuis le témoignage choc de Judith Godrèche, la lumière commence à être faite sur les cas d’abus sexuels sur mineurs. Des cas qu’elle dénonçait déjà trente ans auparavant dans ses émissions : « J’ai semé des petits cailloux et je trouve ça formidable que ça avance ! ». Néanmoins, elle avoue être « un peu embêtée quand la présomption d’innocence n’est pas totalement respectée », tout en étant consciente « qu’il faut que ça avance » car « c’est un combat essentiel ». Avec bienveillance, elle met en garde les femmes en affirmant qu’il faut « faire attention pour ne pas que ça nous revienne comme un boomerang ».

« J’ai grandi avec cette phrase : ton corps t’appartient »

Son goût pour les histoires des autres et le soin qu’elle porte à « donner la parole à ceux qui ne l’ont pas », elle le doit en grande partie à sa mère, qui fut aussi son institutrice : « C’est elle qui a fait la citoyenne que je suis. Elle m’a enseigné par ses cours d’instruction civique, mais surtout par sa manière de vivre. Je pense que c’est elle qui m’a construite et qui m’a donné aussi cet appétit des autres dans leurs différences », confie-t-elle. Elle se rappelle notamment la première fois que sa mère lui a parlé de viol sur les enfants : « Ça s’est passé à l’école, les gendarmes sont venus chercher une petite fille qui était en cours, parce que son père la violait. Ils l’ont emmenée sans aucune explication ; et ma mère, qui était mon institutrice, nous a tout expliqué. Ce qui était assez délicat à l’époque. J’ai grandi avec cette phrase : ton corps t’appartient, alors que ce sont des mots qu’on emploie maintenant. »

L’intégralité de l’émission est disponible en replay.

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