Cédric est sorti de prison il y a 9 mois. Pendant ses trois années et demie passées derrière les barreaux, sa compagne l’a quitté et il a perdu tout contact avec ses proches. Aujourd’hui sans logement, il vit sous une tente à Rennes. Cédric a fait ce que l’on appelle dans le jargon « une sortie sèche », une libération sans réel accompagnement. Aujourd’hui, il lutte au quotidien pour se réinsérer. « Comment survivre, comment projeter quelque chose sans accompagnement réel dans le cadre du logement ? » c’est la question que le cinquantenaire se pose inlassablement. Cédric se dit déçu par le manque de suivi et d’accompagnement pendant et après son incarcération. Dans le froid et l’humidité de l’automne, il doit s’organiser pour survivre et combattre ses idées noires : « J’imagine peut-être des gens plus jeunes, plus fragiles » nous confie-t-il « qui se disent j’ai plus rien, j’ai pas un toilette, j’ai pas une douche, ben autant que je retourne en prison ».
Pour l’aider à sortir de la rue, Cédric se fait accompagner depuis un peu plus de 3 mois par l’association « Permis de construire ». Fraîchement arrivée à Rennes, cette structure, qui ne compte qu’une seule salariée pour le moment, propose un accompagnement global aux sortants de prison. Une fois tous les quinze jours, Cédric et Séverine se rencontrent pour échanger autour d’un café. Des bouffées d’oxygène, qui aident Cédric à ne pas rechuter : « J’ai une écoute que je n’ai nulle part ailleurs. La qualité de cette écoute-là » nous livre-t-il, « elle est très importante, elle me pose, elle me rassure et elle me permet d’avoir une petite projection, même si c’est juste le temps d’un rdv, ce que je n’ai pas quotidiennement quoi, faut que je lutte un peu contre moi-même pour pas lâcher les rênes et retrouver une vie classique au même titre que n’importe quel citoyen ».
Moins d’un détenu sur deux bénéficie d’un aménagement de peine
Pour éviter ces sorties sèches, la justice développe les aménagements de peine. Il s’agit d’une sorte de sas avant la libération, qui peut prendre plusieurs formes. À Moyembrie dans l’Aisne, une ferme accueille une dizaine d’hommes, toujours sous écrou, venus purger la fin de leur peine. Ici, les détenus que l’on appelle des « résidents » restent en moyenne 9 mois. Le matin, leur quotidien est rythmé par le travail à la ferme : élevage, fromagerie ou encore maraîchage.
C’est le contact avec la nature qui a attiré Pascal, trentenaire. Dans quelques semaines, il sera libéré, après douze années passées en détention. Ici, l’après-midi, il prépare sa vie d’après, avec l’aide d’une assistance sociale. Ils recherchent ensemble son futur logement et espèrent lui trouver rapidement un emploi. L’un des rêves de Pascal est de travailler bientôt en boulangerie.
Pascal vit son séjour à la ferme comme une véritable bénédiction. C’est avec un immense sourire aux lèvres qu’il nous présente sa chambre : « Quand vous arrivez ici, vous avez carrément l’impression d’être au paradis. J’ai une vue sur la forêt, chose que quand vous êtes en prison, vous ne voyez plus ».
Retourner dans son quartier, dès sa sortie de prison, aurait pu rapidement le faire rechuter, nous explique-t-il. Un « sas » avant la sortie est selon lui indispensable pour se reconstruire, après des années passées derrière les barreaux. Selon lui, la prison a bien du mal à travailler sur la réinsertion depuis l’intérieur : « Il y a des personnes, c’est à un an de leur fin de peine, il y en a d’autres, c’est à un mois de leur fin de peine qu’on va parler de réinsertion, alors que non la réinsertion elle doit commencer dès le jour où on entre en prison ».
Le « placement extérieur », nom donné au type d’aménagement de peine mis en place dans la ferme de Moyembrie, ne représente qu’une très faible proportion des sorties accompagnées de détention, autour de 5 %. Beaucoup de détenus purgent la fin de leur peine à domicile sous bracelet électronique. Un dispositif qui exclut les détenus les plus précaires.
Réinsertion, l’exemple norvégien
Dans les années 90, la Norvège avait un taux de récidive compris entre 60 et 70 %. Pour corriger ces mauvais chiffres, le pays a opéré un virage radical. La Norvège s’est éloignée d’une approche punitive de l’emprisonnement. Aujourd’hui, plus de la moitié des peines prononcées sont des peines alternatives et la mission de la prison a été recentrée sur la réinsertion. La Norvège a développé ce qu’elle appelle : « La sécurité dynamique ». Les gardiens sont proches des détenus, autant surveillants que travailleurs sociaux.
Ici, il n’est pas rare que Mike joue aux cartes avec l’une de ses gardiennes. Dans ces moments, il se confie sur ses doutes et parle de ses projets d’après-prison. L’objectif de la méthode norvégienne est de garder un semblant de vie normale en détention pour éviter le « choc » de la sortie, pourvoyeur de récidive.
Mike sera libéré dans quelques semaines. Pour préparer sa sortie, l’administration pénitentiaire l’aide dans sa recherche de logement. Lui aussi a perdu son appartement en entrant en prison. C’est Kristoffer, encadrant, qui se charge de trouver des solutions : « Il faut à tout prix éviter qu’il sorte sans toit sur la tête » nous confie l’agent pénitentiaire « sinon il va finir par rechuter et on va se revoir ici dans un an ».
Un détenu comme Mike coûte 230 euros par jour à l’administration pénitentiaire norvégienne, c’est en moyenne deux fois plus qu’en France. Cependant, le pays nordique compte aussi deux fois moins de détenus par habitant que dans l’hexagone.
Cette approche, basée sur la réinsertion et les alternatives à l’incarcération, fait son chemin en Europe. L’Espagne et l’Allemagne lui ont en partie emboîté le pas. Les deux pays affichent des taux de récidive bien inférieurs à celui de la France.