SNCF la greve du 21 novembre 2024 en forme ultimatum.
Crédits : SICCOLI PATRICK/SIPA

Sabotage sur le réseau SNCF : « Surveiller un tel réseau, c’est quasi-impossible » estime-t-on au Sénat

Après des actes de malveillance qui ont paralysé plusieurs lignes importantes du réseau ferroviaire dimanche et lundi, le ministre des Transports a pointé la difficulté technique de sécuriser 28 000 km de voies. Les parlementaires pointent la même difficulté, alors que les acteurs du ferroviaire soulignent tous un « sous-investissement chronique » dans les infrastructures.
Louis Mollier-Sabet

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Après deux jours de chaos ferroviaire, la situation est revenue à la normale lundi soir, a annoncé le ministre des Transports, Philippe Tabarot. Si l’incendie volontaire au sud de Valence qui a paralysé toutes les lignes TGV du Sud-Est a largement été commenté, c’est bien la conjonction de « trois phénomènes en 36 heures » qui a mis le réseau ferroviaire français dans une si grande difficulté, a détaillé Philippe Tabarot sur France 2 ce mardi matin.

D’abord, une panne d’alimentation dans la nuit de dimanche à lundi entre Bordeaux et Toulouse a interrompu le trafic sur de nombreuses lignes du Sud-Ouest. Ensuite un vol de cuivre à proximité de Bollène (Vaucluse), « comme on en a très régulièrement sur le réseau » a précisé le ministre, a fragilisé le réseau dans le Sud-Est, avant que l’incendie au Sud de Valence ne paralyse totalement la partie sud de l’axe « PLM » (Paris-Lyon-Marseille). Cet enchaînement « a eu des conséquences très fortes », a concédé Philippe Tabarot, tant sur les voyageurs que sur le personnel de SNCF Réseau qui a dû rétablir la situation, avec une centaine de TGV annulés en cette période de vacances.

Impossible de « sécuriser totalement » 28 000 km de voies

Face à ces actes de vandalisme, même le ministre des Transports est obligé de reconnaître que « le risque zéro » n’existe pas. « Notre réseau ferroviaire, c’est 28 000 km de voies que SNCF Réseau doit entretenir. C’est très compliqué », détaille l’ancien sénateur LR, avant d’ajouter que 100 millions d’euros annuels sont dédiés à la sécurisation des voies, avec l’utilisation de drones notamment. Malgré cela, impossible de « sécuriser totalement » les 28 000 km de réseau ferroviaire qui subissent 10 000 intrusions par an, admet Philippe Tabarot.

« On peut dire le jour des faits que l’on prend des dispositions parce que l’on est consternés et scandalisés par cette volonté de dévaster. Mais la vérité, c’est que surveiller un tel réseau, c’est quasi-impossible », estime de même le sénateur socialiste Olivier Jacquin, lui aussi spécialiste des questions ferroviaires. « C’est le propre des réseaux diffus comme le train, cela reste très fragile », ajoute-t-il.

« La piste de l’ultragauche est l’une des pistes étudiées »

Le mode opératoire a de quoi rappeler les actes malveillants qui avaient touché plusieurs points sensibles du réseau SNCF le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le 26 juillet 2024. Cette série d’incendies volontaires avait alors paralysé une partie du réseau SNCF et avait été attribuée par les enquêteurs à l’ultragauche, sans que l’enquête dirigée par la Junalco (juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée) ne permette à ce jour de mise en examen.

« La piste de l’ultragauche est l’une des pistes » étudiées par les enquêteurs, a simplement précisé Philippe Tabarot ce matin. L’AFP a par ailleurs révélé ce mardi que les enquêteurs se penchaient sur un message posté sur « une plateforme réputée d’ultragauche, Indymedia Nantes », faisant un lien « entre le sabotage des câbles SNCF affectant la ligne LGV Sud-Est et l’incendie, dans la même nuit, tout près d e la voie ferrée, d’engins de chantier du groupe de BTP Cheval. » Le groupe travaille actuellement sur un échangeur de l’autoroute A7 contesté localement, rappelle l’AFP.

Investissements : la « bataille du milliard » de Jean Castex

Toutefois, la gravité et la récurrence de ces actes de vandalisme ne doivent pas occulter un problème plus structurel et connu depuis de nombreuses années du réseau ferroviaire français : le sous-investissement chronique dans les infrastructures. Lors de son audition au Sénat qui a confirmé sa nomination, le nouveau P.-D.G. de la SNCF, Jean Castex, avait fait de ce « sous-investissement manifeste » le premier défi de son mandat (voir notre article). L’ancien Premier ministre fixe la cible de 4,5 milliards d’investissements dans le réseau par an, contre 3 actuellement.

La SNCF étant prête à fournir un tiers de l’effort, cela laisse « une bataille du milliard » que devront remporter Jean Castex et Philippe Tabarot dans les prochains arbitrages budgétaires difficiles, puisque le ministre défend régulièrement cet objectif d’investissement qui est désormais relativement connu des observateurs. « Nous travaillons évidemment sur les investissements dans les infrastructures », détaille Marie-Claire Carrère-Gée (LR). La rapporteure spéciale (LR) des crédits « transports terrestres et maritimes » du budget concède toutefois que l’angle budgétaire permet difficilement de traiter la « vulnérabilité aux actes de sabotage » et les fameuses 10 000 intrusions par an – qui n’ont pas toutes des conséquences aussi lourdes qu’en ce début de semaine. À défaut de solutions envisageables sur la question de la sécurisation des voies, les débats budgétaires permettront peut-être d’avancer sur la question des investissements structurels.

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