C’est la grande messe annuelle du monde agricole en France. Le Salon international de l’agriculture (SIA) ouvre ses portes ce samedi. Du 21 février, au dimanche 1er mars, les visiteurs pourront pendant 9 jours se rendre comme chaque année à Paris, au Parc des expositions de la Porte de Versailles, pour découvrir animaux de la ferme et immenses tracteurs. Ils pourront aussi s’attabler dans l’un des nombreux stands proposant les spécialités régionales, ou déguster un verre de cidre de Normandie ou de Rhum de Martinique. A noter qu’un nouvel espace, à destination des enfants, est aménagé dans le pavillon 2, pour découvrir l’univers agricole en s’amusant.
Pas de vache, mais des porcs, moutons, chevaux et chats
On la retrouve habituellement sur chaque affiche. Mais en 2026, pour cause d’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, il n’y a pas de vache au salon. Une première, depuis la création du SIA en 1964. Les familles ou amateurs d’animaux pourront toujours se reporter sur les porcs, moutons, chèvres, chevaux, ânes, lapins, chiens, chats et autres lapins, bien présents dans les allées du salon. Près de 3.000 animaux seront au final présents. Le traditionnel concours général agricole est d’ailleurs maintenu.
« Plus aucun cas » dermatose nodulaire contagieuse en France
Mais bonne nouvelle pour les éleveurs : après des mois de tension, la bataille contre la dermatose nodulaire contagieuse touche à sa fin. « Depuis le 2 janvier, nous n’avons plus aucun cas […] en France », a annoncé ce vendredi sur France Inter, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. « Le temps et le protocole choisi nous ont donné raison », se réjouit-elle. « Nous levons toutes les zones réglementées, à l’exception d’un tout petit morceau des Pyrénées-Orientales, qui dépend d’un cas en Espagne », précise la ministre.
Si la nouvelle est synonyme d’un grand soulagement pour les éleveurs, l’annulation de la présence des bovins au salon ne semble, dans ces conditions, plus forcément nécessaire et pourrait paraître dommage. Mais cette décision avait été prise en amont, et « par précaution et par solidarité », par les organismes de sélection des races.
Des syndicats agricoles toujours remontés, après une nouvelle crise
L’hiver a été, une nouvelle fois, chaud pour le secteur. Le mois de janvier a vu se répéter la colère agricole. Les tracteurs sont de nouveau « montés » à Paris. Les revendications sont multiples, sur fond alors de crise de la dermatose nodulaire contagieuse, qui voit des troupeaux entiers devoir être abattus, et d’inquiétudes liées à l’accord de libre-échange avec le Mercosur.
Arnaud Rousseau, président du premier syndicat agricole, la FNSEA, s’est impatientée la semaine dernière, demandant au gouvernement de soutenir clairement la nouvelle proposition de loi du sénateur LR, Laurent Duplomb, visant à réintroduire des pesticides interdits après un premier échec en août, la mesure ayant été censurée par le Conseil constitutionnel. « À une semaine de l’ouverture du Salon international de l’agriculture, les agriculteurs attendent de la cohérence et du courage politique », a-t-il déclaré.
Reste que « cela doit rester un lieu de convivialité et d’échanges », sans cacher « une crise agricole qui se déroule depuis maintenant trois ans », a ajouté ensuite le président de la FNSEA, lors d’une conférence de presse cette semaine. Son syndicat mise maintenant sur la présidentielle de 2027 et prépare « une proposition à destination des candidats ».
Les regards vont se tourner vers les bonnets jaunes de la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat, réputé proche du Rassemblement national et habitué aux coups d’éclat, alors que les organisateurs ont appelé au « respect des visiteurs » et des exposants. « On ne va pas au salon pour faire la kermesse, on y va pour interpeller les politiques et demander à l’amont et à l’aval qu’ils soutiennent nos demandes », a annoncé le président de la CR, Bertrand Venteau, citant les banques ou les supermarchés, alors que les négociations entre agroindustriels et grande distribution doivent se conclure avant la fin du salon.
La Confédération paysanne, troisième syndicat de la profession, est sur une tout autre ligne. Elle défend une « réelle » transition agroécologique et s’oppose fermement aux lois Duplomb. Dénonçant la « cogestion perpétuelle » entre la FNSEA et le gouvernement, la Confédération paysanne a même annoncé le boycott de l’inauguration du salon samedi par Emmanuel Macron. Le syndicat n’entend pas participer à « une vitrine de l’agriculture qui n’existe pas sur le terrain ».
Des politiques attendus en nombre, à un an de la présidentielle
Les politiques, c’est un peu l’autre animation du Salon de l’agriculture. Plus de 80 visites institutionnelles sont attendues, à commencer par celle du chef de l’Etat. De retour de son déplacement en Inde, Emmanuel Macron sera présent samedi pour la traditionnelle déambulation entre les stands, au milieu des agriculteurs et des journalistes.
Toute la classe politique, de gauche comme de droite, se rend au salon, devenu passage obligé. La présidente LR de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, s’y rendra par exemple dimanche matin, comme le numéro 1 de Renaissance, Gabriel Attal, quand le président du Sénat, Gérard Larcher, s’y déplacera mercredi. La patronne des Ecologistes, Marine Tondelier, sera présente jeudi prochain, aux côtés du président du groupe écologiste, Guillaume Gontard, et du sénateur Daniel Salmon. Le président des LR, Bruno Retailleau, qui s’est déclaré candidat à la présidentielle, pourrait lui profiter du salon pour dévoiler les propositions de son parti sur l’agriculture.
Quant à Sébastien Lecornu, il entend imprimer sa marque pour sa première visite en tant que premier ministre. Il n’entend pas participer au concours du record de la visite la plus longue. Il compte plutôt y aller plusieurs fois, durant les dix jours que dure le salon. L’occasion de tenter de calmer les ardeurs des agriculteurs, alors que la loi d’urgence agricole se fait attendre…
Une loi d’urgence agricole… pas si urgente
Ce sera l’un des enjeux de fond du salon : la loi d’urgence agricole, promise par Sébastien Lecornu lors de la dernière crise de janvier, autour de plusieurs priorités : « Eau, prédation, moyen de production ».
Présenté prochainement en Conseil des ministres, le projet de loi passera d’abord par le Sénat, en juin. En revanche, selon le calendrier parlementaire, le texte ne sera pas examiné par les députés avant la coupure estivale, en juillet… Il faudra donc attendre la rentrée et rien n’est encore confirmé. Mais entre les sénatoriales de septembre 2026 puis le budget à l’automne, sans parler des autres textes, l’agenda parlementaire risque d’être chargé.
Sur le fond, on connaît mal les contours du texte, ce qui n’est pas de nature à rassurer les agriculteurs. Les Jeunes Agriculteurs demandent d’ailleurs que la planification agricole soit la priorité de la loi d’urgence. Mais le salon sera l’occasion de préciser le texte.
Concernant la prédation affectant les troupeaux, un des thèmes de ce projet de loi, le gouvernement a fait de premières annonces lundi, en indiquant que les tirs seraient autorisés contre un loup ayant attaqué un troupeau, même si ce dernier ne fait pas l’objet de mesures de protection particulières.
Déblocage par le gouvernement d’un tiers des projets de retenues d’eau
Si le projet de loi d’urgence doit encore être précisé, le gouvernement n’a pas attendu pour avancer sur le dossier de l’eau. Il a annoncé jeudi, à deux jours de l’ouverture du salon, qu’il allait débloquer un tiers des projets de retenue d’eau en instruction. Clairement un geste en direction des principaux syndicats agricoles. La FNSEA, les JA et la Coordination rurale réclament en effet de pouvoir stocker plus d’eau alors que l’agriculture subit de plein fouet le changement climatique et que les besoins d’irrigation sont appelés à augmenter.
« Constatant les trop nombreux projets de retenues d’eau incomplets ou bloqués », Matignon a annoncé dans un communiqué « un premier déblocage immédiat » de 13 projets hydrauliques, soit environ un tiers des 35 projets en instruction. D’autres projets seront débloqués « dans les trois mois ». Le gouvernement va aussi renforcer le pouvoir des préfets pour « accélérer la réalisation des projets de retenues d’eau ».
Mais de leur côté, la Confédération paysanne et de nombreuses associations ont mis en garde contre « l’implantation de méga-bassines », ces immenses réserves constituées en puisant dans la nappe phréatique ou les cours d’eau. Ces organisations dénoncent un « accaparement des ressources en eau » au profit d’une agriculture « intensive » ou vouée à des cultures trop gourmandes en eau l’été, comme le maïs. En 2020, l’eau prélevée pour l’irrigation en France métropolitaine représente environ 10 % des prélèvements totaux.
(Avec AFP)