Société
Il y aura bien un débat. Alors que les députés ont entamé la seconde lecture des propositions de loi sur la fin de vie, les sénateurs n’auront pas recours à une question préalable, lors du retour du texte, la semaine du 30 mars.
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Par Public Sénat
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Convoqué dès 9H00 ce matin, Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau, a dû expliquer à la ministre des Transports les causes de la gigantesque panne qui a bloqué dimanche la gare Montparnasse et plusieurs gares de l’Ouest. « Sur le sujet de l'information-voyageur, on a encore péché » a-t-il reconnu sur fanceinfo.fr. En effet, un dysfonctionnement informatique sur un poste d'aiguillage a provoqué l’interruption totale du trafic de la gare Montparnasse. Un incident d’autant plus « inacceptable » pour Élisabeth Borne, la ministre des Transports, qu’il survient 4 mois après une panne de signalisation qui avait provoqué retards et annulations de trains en plein milieu de l’été.
SNCF Réseau, qui affirme moderniser son réseau au rythme de 1.500 chantiers chaque année jusqu'en 2020, reconnaît avoir mis « à peu près deux heures pour voir ce bug informatique et le réparer dans la foulée ».
Il y a moins d’un an, un rapport de la Cour des Comptes répondait à cette question lancinante : faut-il privatiser la SNCF ? Les Sages de la rue Cambon recommandaient à l’État de préparer la transformation de l’établissement public industriel et commercial en une société anonyme. « L’État n'a pas de stratégie claire, cohérente, et partagée, qui permettrait de préparer le groupe public à l'ouverture à la concurrence, d'améliorer sa productivité et de mieux répondre aux besoins de ses clients » observaient-ils. De plus, la Cour des Comptes associait les difficultés de l’entreprise « à des demandes nombreuses et souvent contradictoires », « comme la création de lignes à grandes vitesses dont l’exploitation sera déficitaire ».
S’il est totalement opposé à une privatisation de la SNCF, le sénateur Indépendant (Constructif), Alain Fouché peut témoigner de cette mauvaise gestion des demandes de la part de l’entreprise publique. « En tant que parlementaire, j’ai siégé quatre ans à Réseau ferré de France (anciennement SNCF Réseau NDLR) et je peux vous dire que chaque politique demandait sa ligne à grande vitesse. Brice Hortefeux en voulait une à Clermont Ferrand. Jean-Pierre Raffarin en voulait une pour Poitiers-Limoges… On a dépensé des sommes folles pour faire des études qui n’ont mené à rien. La seule qui est sortie, c’est la ligne à grande vitesse qui relie Saint-Pierre-des-Corps à Bordeaux. Tout ça a été fait au détriment de l’entretien des voies, dont certaines remontent à Napoléon III. Nous avons besoin d’un État stratège qui privilégie la modernisation des voies mais nous avons des dizaines d’années de retard ».
Sur le plateau de Public Sénat, Fanny Arav, administratrice UNSA ferroviaire, reconnaît que « le rattrapage est long et multiple ». « Il ne faut pas oublier qu’en Ile-de-France, en 10 ans, on a eu plus de 30% de voyageurs en plus (…) Cette montée en puissance du ferroviaire n’a pas forcement été suivi en termes d’infrastructures. Mais des grands chantiers ont été lancés depuis deux ou trois ans » (voir la vidéo ci-dessous).
Pour le président centriste de la Commission de l’aménagement du territoire du Sénat, Hervé Maurey , ces deux incidents majeurs sont le signal d’une ouverture à la concurrence. « La SNCF est une vieille dame qui a besoin d’être challengée. Ces dysfonctionnements sont de la responsabilité des gouvernements successifs qui ont privilégié le tout TGV au détriment de l’entretien du réseau. Il faut mettre la priorité sur la régénération du réseau et l’ouverture à la concurrence ».
Sur ce sujet, Mathias Vicherat, directeur adjoint SNCF, a évoqué dimanche « un plan de travaux considérable de 4,6 milliards d'euros sur 2017 pour la rénovation du réseau », dix fois plus qu’il y a 10 ans.
À l’issue du rendez-vous de ce lundi, Patrick Jeantet a été sommé de présenter « d’ici la fin de la semaine » une « nouvelle organisation et un nouveau management de la gestion des grands travaux ». En clair, des têtes vont tomber au sein de Réseau. Pourtant, le 26 octobre dernier sur Europe 1, Guillaume Pepy, PDG de la SNCF assurait que l’entreprise publique avait « appris de ses erreurs ». « Depuis cet incident de début août, on a vraiment remis à plat les choses pour essayer d’avoir un service plus robuste et une meilleure information des voyageurs ». Depuis dimanche, plusieurs voix sur les réseaux sociaux, dont celle de Nicolas Dupont-Aignan, demande sa démission.