Stade de France : 35 000 supporters sans billet ou munis de faux billets, un chiffre qui ne passe pas non plus outre-Manche

Stade de France : 35 000 supporters sans billet ou munis de faux billets, un chiffre qui ne passe pas non plus outre-Manche

Le maire de Liverpool, présent au Stade de France samedi durant la finale de la Ligue des Champions, a mis en doute le chiffre de 30 000 à 40 000 supporters anglais présents autour de l’enceinte sportive sans billets ou munis de faux. Pour le sénateur Michel Savin, qui a assisté mercredi à l’audition du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, il n’existe pour l’heure aucune preuve matérielle pour étayer cette estimation.
Romain David

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Il n’y a pas qu’au Sénat que les explications de Gérald Darmanin peinent à convaincre. Outre-Manche, on s’interroge également sur l’argumentaire déployé par le ministre de l’Intérieur pour tenter d’expliquer l’origine des débordements en marge de la finale de la Ligue des Champions. Auditionné mercredi par les sénateurs, le locataire de la place Beauvau a de nouveau invoqué la responsabilité des supporters britanniques qui ont tenté d’accéder à l’enceinte sportive sans billet ou munis de faux billets. Il a à nouveau estimé leur nombre de 30 000 à 40 000, un chiffre jugé « grotesque » par le maire de la métropole de Liverpool, Steve Rotheram, qui s’est exprimé mardi soir au micro de RTL.

« Bien sûr, le ministre doit avoir des preuves de ce qu’il avance, sinon il induirait en erreur les Français et les fans de foot du monde entier. S’il y a eu 40 000 personnes munies de faux tickets [ou sans ticket, ndlr], je suis curieux de voir ça », a déclaré l’édile qui avait fait le déplacement, samedi soir, pour la rencontre entre les Reds et le Real Madrid. « Franchement, nous savons tous que tout cela a été inventé sur place. C’est grotesque. Je pense qu’ils essayent de dévier l’attention, parce que ce qu’il s’est passé samedi, c’est une défaillance de l’organisation », a-t-il accusé.

Bataille de chiffres

Cette estimation de 30 000 à 40 000 personnes a concentré une large part des discussions lors de l’audition de Gérald Darmanin devant la commission des lois et la commission de la culture. « Actuellement, c’est un chiffre que seul le ministre est en mesure d’évoquer », pointe auprès de Public Sénat le sénateur LR Michel Savin, spécialiste des questions sportives, qui a interpellé Gérald Darmanin sur ce point. « Si l’on ajoute à ce chiffre les 10 000 personnes munies de vrais billets qui n’avaient toujours pas pu rentrer dans le stade à l’heure du coup d’envoi, cela fait jusqu’à 50 000 personnes sur le mail autour du bâtiment », relève-t-il. Toujours selon les déclarations du ministre de l’Intérieur, au plus fort de l’affluence, jusqu’à 110 000 personnes se sont trouvées à l’intérieur et aux abords directs du stade samedi soir.

Lors de sa démonstration, Gérald Darmanin s’est notamment appuyé sur des comptages réalisés par la RATP et la SNCF, sur le flux total de supporters arrivés sur les lieux via la ligne 13 du métro, et les lignes de RER B et D. Toujours selon le ministre, une partie de ces supporters seraient repartis avant la fin du match. « Des images de vidéosurveillance qui prouvent que les quais du RER D étaient pleins de supporters de Liverpool dès la première mi-temps et pendant la seconde mi-temps. Si l’on assiste vraiment à un match de football, on reste jusqu’au bout ! », a-t-il relevé. Les vidéos n’ont pas pu être diffusées durant l’audition, notamment pour des questions de droit à l’image, mais le ministre a assuré qu’elles pourraient être transmises aux élus. « Combien sont-ils sur ces vidéos ? Des milliers ou seulement quelques centaines ? Comment les compter ?», interroge Michel Savin. « J’espère que la SNCF et la RATP seront auditionnées et que l’on pourra voir ces images. »

» Lire notre article - Devant les sénateurs, Gérald Darmanin persiste et signe : « 110 000 personnes dans le Stade de France et autour »

« Je demande des excuses de votre part »

Autre élément d’agacement côté anglais : l’absence d’excuse de la part des autorités françaises, malgré le mea culpa esquissé par Gérald Darmanin durant les premières minutes de son audition. « Il est évident que les choses auraient pu être mieux organisées », a-t-il admis. « Avons-nous évité le pire ? Oui. Aurions-nous pu anticiper davantage ? sans doute. » Toujours au micro de RTL, Steve Rotheram a indiqué qu’il attendait des excuses de la part du gouvernement français. Excuses également réclamées par Tom Werner, le président du club de football de Liverpool. « Vos commentaires sont irresponsables, peu professionnels et totalement irrespectueux », écrit-il dans un communiqué relayé lundi par le Liverpool Echo, évoquant « des milliers de fans blessés physiquement et émotionnellement ». « Au nom de tous les fans qui ont vécu ce cauchemar, je demande des excuses de votre part, et l’assurance que les autorités françaises et l’UEFA permettront à une enquête indépendante et transparente d’avoir lieu », ajoute Tom Werner.

« Effectivement, il y aurait pu y avoir des excuses, au moins auprès des supporters qui ont subi des vols », abonde Michel Savin. Steve Rotheram a expliqué s’être fait dérober son téléphone alors qu’il escaladait une barrière, sur les indications des forces de l’ordre, afin d’échapper à l’engorgement. Durant l’audition de Gérald Darmanin, la sénatrice LR Jacqueline Eustache-Brinio a reproché au ministre de minimiser les phénomènes de délinquance qui sont venus se greffer aux débordements de samedi soir. « Pourquoi un tel déni de ce qu’il s’est réellement passé ? Pourquoi ne pas mettre les bons mots sur ce qu’il s’est passé ? Pourquoi ne pas dénoncer la réalité de ce qu’ol s’est passé ? », a-t-elle interrogé. Son interlocuteur l’a accusé de « faire le jeu de partis extrêmes ». « J’imagine que la prochaine question c’est : quel type de Français avons-nous interpellé ?», s’est-il agacé.

« Le ministre de l’Intérieur fait preuve de contradiction. Il n’a aucune difficulté à parler des Britanniques comme de hooligans ou de gens qui boivent, mais il s’offusque de voir une collègue pointer le problème des délinquants en situation irrégulière », défend Michel Savin. Depuis une semaine, la question de la délinquance en Seine-Saint-Denis sert d’illustration aux oppositions de droite et d’extrême droite pour cibler le bilan sécuritaire d’Emmanuel Macron. Invité vendredi de notre matinale, le député RN du Nord, Sébastien Chenu, est allé jusqu’à évoquer des « bandes de racailles totalement hors de contrôle ».

» Lire notre article - Interpellé sur la délinquance en Seine-Saint-Denis, Gérald Darmanin dénonce « des liens nauséabonds »

Un dispositif spécifique pour France-Danemark

Plus de 2 000 policiers et gendarmes dont 650 spécialisés dans la lutte contre la délinquance vont être mobilisés samedi 4 juin pour la rencontre France-Danemark au Stade de France, a annoncé la préfecture de police de Paris. « Près de 77 000 spectateurs sont attendus. 1 800 billets ont été attribués aux spectateurs danois », précise la préfecture dans un communiqué. Pour le sénateur Savin, le risque de débordements sera plus limité avec ce match. « Il s’agit d’un événement de moindre importance. C’est un match amical. Ce ne sont pas les Danois qui vont venir par dizaines de milliers. »

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