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Suppression de jours fériés : « Même un seul jour, ça ne passera pas », selon le sondeur Gaël Sliman

Pour économiser près de 44 milliards d’euros, François Bayrou a annoncé une série de propositions pour le budget 2026. Parmi ces mesures, il propose notamment la suppression de deux jours fériés, et s’oriente vers le lundi de Pâques et le 8 mai. Objectif : 4,2 milliards d’économies. Mais les Français refusent à 84% cette mesure selon un sondage Odoxa (pour le Parisien) . Entretien avec Gaël Sliman, Président d’Odoxa
Cécile Sixou

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D’après votre enquête, 84 % des Français sont opposés à la suppression des jours fériés, pourquoi un tel rejet ?

Le refus de cette proposition n’est pas nouveau. Le 15 juillet dernier au moment où François Bayrou faisait cette annonce, nous enregistrions déjà un rejet très majoritaire, mais il s’est nettement accru durant l’été : + 11 points, en passant de 73 % d’opposition à la mi-juillet à 84 % aujourd’hui. Cela s’explique d’abord car 80 % des Français ne pensent pas qu’il y aurait trop de jours fériés en France. Cette conviction s’est même renforcée depuis ces dernières années : + 5 points en 11 ans (ils étaient 75 % à le penser en 2014). Et, au-delà des jours fériés et contrairement à ce qu’avancent certains politiques, journalistes et économistes, nos concitoyens ne pensent pas non plus que « les Français devraient travailler davantage ». Les seuls à le penser sont les retraités. Enfin, 80 % des Français voient cette mesure comme « un nouvel impôt déguisé » : ils ne voient pas le rapport entre le fait de travailler plus et l’amélioration de la dette et des déficits de la France.

François Bayrou dispose-t-il de solutions alternatives acceptables par l’opinion ?

Dans notre sondage nous avons testé deux mesures alternatives : travailler 14 heures de plus par an sans être payés (ce qui équivaut à deux jours fériés) ou payer plus d’impôts. Mais aucune des deux solutions ne plaît à nos concitoyens. Concernant les 14 heures supplémentaires, les trois quarts des actifs y sont opposés, pour préserver notamment l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Quant à une hausse de leurs impôts, les Français sont encore moins prêts à l’accepter : près de 9 sur 10 (89 %) « refusent de payer plus d’impôts et de taxes pour compenser cette non-suppression de jours fériés ». Ce refus est consensuel, quelle que soit l’orientation partisane des personnes interrogées : 91 % des sympathisants LFI, 88 % des PS, 84 % des Renaissance comme des LR et 93 % des RN s’y opposent.

François Bayrou agite-t-il le chiffon rouge des jours fériés pour demander des contreparties aux Français ?

C’est peut-être une stratégie politique, mais ça me paraît étonnant, parce qu’il va créer de l’agacement et de la frustration. Il doit faire 40 milliards d’économies, et les mesures qu’il doit prendre sont des mesures lourdes dont aucune ne satisfera l’opinion publique. On voit bien que les Français refusent catégoriquement les solutions alternatives testées dans notre sondage. Travailler deux jours supplémentaires dans l’année ou payer davantage d’impôts sont des solutions que pourrait par exemple proposer François Bayrou. Mais, elles sont encore moins acceptées que la suppression des jours fériés. Et toutes les propositions liées au travail, à la retraite, ne passeront pas non plus. Donc s’il s’agit d’agiter un chiffon rouge pour obtenir des avancées mineures ou qui ne rapportent pas beaucoup de sous, c’est un jeu de perdants, c’est du « lose-lose ». Je pense qu’il a imaginé, quand il a annoncé la suppression des jours fériés mi-juillet, que ça s’oublierait pendant les vacances, mais ça a eu exactement l’effet inverse. Cet été, les gens ont parlé de ça, se sont « monté le bourrichon » entre eux et ça fait monter la colère. Peut-être qu’il avait en tête de supprimer un seul des deux jours, mais on voit bien, dans notre sondage, que même un seul jour, ça ne passera pas.

 

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