Tabac, Alcool, Drogues : ce que contient le plan prévention santé

Tabac, Alcool, Drogues : ce que contient le plan prévention santé

Le Premier ministre et la ministre de la Santé ont présenté le plan « priorité prévention ». Mieux vaut prévenir que guérir, c’est l’esprit des 25 mesures annoncées ce lundi.
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Par Héléna Berkaoui / Sujet vidéo : Quentin Calmet

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Mieux vaut prévenir que guérir. L’aphorisme colle bien au plan « priorité prévention » présenté par le Premier ministre et la ministre de la Santé et des solidarités, ce lundi. Au menu : traitement du tabagisme mieux remboursé, vaccination antigrippe en pharmacie, instauration d’une amende forfaitaire pour la consommation de cannabis, etc. Édouard Philippe a rappelé les écarts d’espérance de vie entre les Français les plus modestes et les Français les plus aisés avant d’assurer qu’une vraie politique de prévention permettrait de préserver près de 100 000 vies par an. Ce plan sera financé à hauteur de 400 millions d’euros de 5 ans.  

Lutte contre l’alcoolisme avec modération

49.000 morts par an liés à l’alcool et un coût social de 120 milliards euros. C’est le triste forfait des dégâts dus à la consommation immodérée d’alcool. La ministre de la Santé et des solidarités veut notamment améliorer « la visibilité du message Zéro alcool pendant la grossesse » en augmentant « la taille du pictogramme "interdit aux femmes enceintes" sur les emballages des boissons alcoolisées en 2019 ». La généralisation des auto-questionnaires « alcool, tabac et cannabis » pour les femmes enceintes est aussi au programme.

En février dernier la  ministre chargeait l’industrie du vin. « On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu'il apporterait des bienfaits que n'apporteraient pas les autres alcools. C'est faux scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre », affirmait-elle sur France 2. De quoi déclencher la colère du lobby viticole (lire notre article). Une discrète polémique éteinte par le Président, lui-même, qui avait alors assuré que la loi Evin ne serait pas durcie. « N'emmerdez pas les Français », avait-il même lâché en référence à la formule de Georges Pompidou.

Neuf médecins ont déjà publié un communiqué dénonçant des « mesures cosmétiques » contre l'alcoolisme. Selon eux, « le vin a encore gagné » et la « seule » mesure annoncée « ne suffira pas à faire évoluer favorablement la situation ».

Arrêter le tabac : « C’est le moment de passer à l’acte »

 « Il y a 73 000 morts par an liés directement au tabac », rappelle Édouard Philippe. Alors que le paquet de cigarettes atteindra la coquette somme de 10 euros en 2020, le gouvernement veut  instaurer un équilibre : « D’un côté on augmente le prix d’un paquet de cigarettes et de l’autre on facilite l’accès à un traitement de substitution », a assuré le Premier ministre. En conséquence, les substituts nicotiniques seront remboursés « comme n’importe quel médicament ». Une mesure qui sera progressive et qui remplacera le forfait de 150 euros par an qui couvre actuellement les traitements du tabagisme prescrits sur ordonnance. « Je le dis aux 6 millions de Français fumeurs qui veulent arrêter : c’est le moment de passer à l’acte », a conclu le Premier ministre.

Cannabis : l’amende forfaitaire pour les consommateurs confirmée

Des amendes plutôt que des peines de prison, c’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Le Premier ministre a donc réaffirmé la volonté du gouvernement de sortir « l’hypocrisie qui consiste à sanctionner de peines  d’emprisonnement la consommation de cannabis ». Le principe reste cependant de « conserver à la consommation de cannabis sa qualification de délit ». Une déclaration qui risque de faire déchanter les associations et les Think tanks qui plaident pour que la consommation de cannabis passe du rang de délit à celui de simple contravention (lire notre article). « Au lieu de sanctionner ce délit par des peines d’emprisonnement, nous voulons le sanctionner par une amende forfaitaire systématique », assure de son côté Édouard Philippe qui précise que « l’intégralité du produit de ces amendes sera reversée au financement de la prévention ».

Vaccin contre la grippe, hépatite C, dépistage 

« Dès l’année prochaine vous pourrez vous faire vacciner contre la grippe chez votre pharmacien », a annoncé Agnès Buzyn. Cette mesure a déjà été expérimentée par le précédent gouvernement et avait démontré son efficacité.

La ministre de la Santé va également introduire un « dépistage organisé » du cancer du col de l’utérus. « L’objectif est de parvenir à une couverture générale de la population qui soit supérieure à 80 % alors qu’elle n’est que de 60 % aujourd’hui. Toutes les femmes âgées de 25 à 65 ans en bénéficieront », a-t-elle assuré.

« Nous allons intensifier les actions de prévention (…) à destination des publics les plus exposés, en renforçant le dépistage de proximité par les tests rapides d’orientation diagnostic dans une approche combinée : VIH, VHC et VHB », a annoncé la ministre en précisant que son objectif était « l’éradication de l’Hépatite C à l’horizon 2025 ». Agnès Buzyn a aussi évoqué une grande concertation de « lutte contre les maladies transmissibles ».

Les étudiants en santé mis à contribution

« Dès la rentrée 2018, ce sont presque 50 000 étudiants en santé qui chaque année – et durant 3 mois – accompliront leur service sanitaire dans les établissements scolaires, dans les entreprises, dans les EHPAD », a annoncé Édouard Philippe qui estime que ces étudiants seront plus à même de mener des missions de prévention auprès des jeunes publics.

Les mesures pour les femmes enceintes et les enfants

Un site internet d’information du public « sur les produits chimiques contenus dans les produits de consommation courante », sera créé d’ici à fin 2018. Les femmes enceintes sont particulièrement concernées par la présence de perturbateurs endocriniens. Autre mesure : la ministre entend « supplémenter systématiquement en vitamine B9 » les femmes qui souhaitent avoir un enfant au moins quatre semaines avant la conception et durant les deux premiers mois de grossesse.

Agnès Buzyn a également annoncé que « les 20 examens actuellement prévus de 0 à 6 ans seront redéployés de 0 à 18 ans afin de prendre en charge l’enfant jusqu’à sa majorité ». Des examens médicaux qui seront « pris en charge à 100 % par l’assurance maladie ».  Les cantines scolaires devront aussi se mettre à jour, à partir de 2020 le logo à cinq couleurs Nutriscore  pour « contribuer à l’éducation nutritionnelle des enfants ».

 

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