« Tous les pays de la région craignent la propagation de ce qu’il se passe en Afghanistan » pour Hervé Maurey

« Tous les pays de la région craignent la propagation de ce qu’il se passe en Afghanistan » pour Hervé Maurey

Des sénateurs du groupe d’amitié France-Asie centrale se sont rendus la semaine dernière en Ouzbékistan. L’occasion de tisser des liens diplomatiques, économiques et culturels avec un pays situé au cœur de l’Asie centrale, une région au cœur de l’actualité internationale depuis la prise de l’Afghanistan par les talibans.
Louis Mollier-Sabet

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Sur fond de crise afghane, le Sénat déploie sa diplomatie parlementaire en Asie centrale. Alors que Christian Cambon recevait hier l’ambassadeur afghan, des sénateurs du groupe d’amitié France-Asie centrale sont, eux, revenus d’un voyage d’une semaine en Ouzbékistan. Le président centriste de ce groupe d’amitié, Hervé Maurey, revenu sur le sol français hier, précise bien, qu’au départ, ce voyage n’a pas été planifié par rapport au conflit afghan : « Il n’y avait pas eu de délégations depuis pas mal d’années. Nous sommes allés là-bas pour réaffirmer l’amitié de la France avec l’Ouzbékistan. C’était aussi une date symbolique puisque c’était l’anniversaire des 30 ans de l’indépendance de l’Ouzbékistan. »

« Tous les pays de la région craignent la propagation de ce qu’il se passe en Afghanistan »

De nombreux sujets ont été abordés, comme la future exposition « Splendeurs d’Asie centrale » du Louvre ou l’implantation des groupes industriels français en Ouzbékistan comme Suez, qui va rénover le réseau hydraulique de la capitale Tachkent. Mais le gros dossier du moment pour toute la région c’est la crise afghane : « L’Ouzbékistan a une position très importante dans la région puisqu’elle a une frontière commune avec l’Afghanistan et les Ouzbeks sont très vigilants par rapport à cette frontière en termes de sécurité et de migrations. »

Le sénateur centriste, aussitôt revenu d’Ouzbékistan, a d’ailleurs aussi reçu ce matin l’ambassadeur du Tadjikistan, afin d’essayer d’avoir une compréhension plus complète de la situation dans la région : « On est très attentifs à tout ce qu’il se passe dans la région, j’ai reçu ce matin l’ambassadeur du Tadjikistan en France qui me faisait part de son inquiétude à l’égard de la prise de pouvoir des talibans. »

Si d’après Hervé Maurey, « tous les pays de la région craignent la propagation de ce qu’il se passe en Afghanistan dans leur pays », évoquant notamment le risque d’une « remontée des attaques terroristes » ou la poussée politique des mouvements islamiques, la géopolitique régionale semble plus complexe qu’une inquiétude partagée face à un voisin déstabilisé par une crise politique.

« Le Tadjikistan considère que l’on ne peut pas avoir confiance dans les talibans, alors que les Ouzbeks sont d’un plus grand pragmatisme »

Pour le président du groupe d’amitié France-Asie centrale au Sénat, qui tient à rappeler que ce diagnostic est un « sentiment personnel » et qu’il n’est pas « spécialiste de la région », l’Ouzbékistan et le Tadjikistan n’ont pas du tout la même attitude vis-à-vis du nouveau régime qui se met en place en Afghanistan. Certes, les deux pays posent comme « conditions nécessaires » un gouvernement « inclusif » notamment à l’égard des minorités ethniques respectivement Ouzbeks et Tadjiks, « le respect des droits de l’homme et de la femme » ainsi que « l’engagement que les talibans ne soient pas peu ou prou des soutiens au terrorisme ». Mais pour le Tadjikistan, « c’est vraiment un préalable à tout échange », alors qu’Hervé Maurey « sent les Ouzbeks d’un plus grand pragmatisme ».

Les Tadjiks considèrent que l’on ne peut pas avoir confiance dans les talibans.

Le sénateur centriste de l’Eure poursuit : « Les Tadjiks considèrent que l’on ne peut pas avoir confiance dans les talibans » alors que « l’Ouzbékistan a au contraire des contacts depuis longtemps avec les talibans. »

La Tadjikistan craint une « pachtounisation » de l’Afghanistan

Cette position peut se comprendre par les enjeux politiques et géopolitiques très différents pour les deux pays. Il existe en Afghanistan une minorité tadjike très importante qui représente entre un quart et 40 % de la population et qui parle donc un dialecte du persan (farsi) et non le pachto, une des langues officielles de l’Afghanistan. Le commandant Massoud, notamment, était un Tadjik, ainsi, avec l’arrivée des talibans au pouvoir, le Tadjikistan craint une « pachtounisation » de l’Afghanistan, un pays multiethnique dans lequel les rapports de pouvoir dépendent largement des rapports entre les principaux groupes ethniques du pays.

Pour l’Ouzbékistan, l’arrivée au pouvoir des talibans ne soulève pas les mêmes enjeux ethniques. Cela explique leur attitude plus « pragmatique » face au nouveau régime qui s’installe dans un pays dont la traversée est nécessaire pour accéder à la mer d’Arabie puis l’Océan indien. Les Ouzbeks chercheraient ainsi simplement à sécuriser une frontière plus simple à défendre car moins importante, tout en demandant certaines garanties aux talibans. Hervé Maurey rapporte notamment des échanges qu’il a pu avoir avec une ancienne députée afghane et conseillère de l’ancien Président réfugiée en Ouzbékistan depuis juillet : « Elle a évidemment beaucoup d’échanges avec des femmes restées sur place, elle espère que les propos rassurants que tiennent les talibans correspondront à une réalité. […] Elle croit qu’il peut y avoir des avancées et qu’il y a un peu d’espoir. » En tout état de cause, le Sénat continuera de mener un travail diplomatique pour observer les équilibres géopolitiques de la région : le président Larcher devrait notamment recevoir le président Tadjik lors de son voyage en France en octobre.

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