Transition énergétique : « On nous renvoie toujours à la responsabilité individuelle », s’agace ce salarié d’une centrale à charbon

Transition énergétique : « On nous renvoie toujours à la responsabilité individuelle », s’agace ce salarié d’une centrale à charbon

Nadir Hadjali, ouvrier à la centrale de Gardanne (Bouches-du-Rhône) depuis 20 ans, conteste la fermeture du site qui produisait de l’électricité à partir du charbon. Invité de Dialogue citoyen, il regrette qu’on sacrifie l’emploi sur l’autel de l’écologie, et plaide pour une requalification de ces sites de production.
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Par Victor Missistrano

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C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Fermer, d’ici 2022, les quatre dernières centrales à charbon du pays, en raison de leurs émissions de CO2. À l’arrêt depuis deux ans, la centrale de Gardanne (Bouches-du-Rhône), qui appartient au groupe privé Gazel Energie, en fait partie. Nadir Hadjali, salarié de 41 ans, s’inquiète d’une montée du chômage causée par cette mesure liée à la transition énergétique. Pour cet ouvrier convaincu de la nécessité de baisser des émissions, les citoyens sont victimes de la politique mise en œuvre. « On nous renvoie toujours à des responsabilités individuelles, en nous disant qu’il faut changer nos habitudes, ou qu’il faut changer de travail », soupire-t-il. « Ceux qui ont pris les décisions de fermeture doivent mettre des solutions en place pour accompagner les citoyens. »

La transition écologique crée des emplois

Une transition écologique censée développer l’emploi, comme le rappelle le sénateur écologiste Daniel Salmon : « plusieurs centaines de milliers vont par exemple être créées pour la rénovation thermique », mais qui dans les faits tarde à se concrétiser. Pour Nadir Hadjali, l’écologie ne doit pas rimer avec casse sociale. Une crainte qui trouve sa réponse dans la formation pour Nadège Havet, élue du Finistère. Selon la sénatrice (RDPI), les salariés détiennent des « compétences transférables » : « Il faut voir quels sont les métiers sur lesquels ils peuvent être positionnés » et accompagnés.

On préfère envoyer de l’argent pour licencier des gens au lieu de maintenir une industrie, Nadir Hadjali

Mais Nadir Hadjali se montre sceptique. Pour lui, la transition doit s’effectuer au sein de l’entreprise. Il s’agirait de faire évoluer la structure vers un modèle vertueux. C’est dans cette optique qu’il dit avoir effectué, avec son organisation syndicale (la CGT), des propositions en vue de dépolluer les installations, et « substituer la tranche de production par du méthane et de l’hydrogène. » Refus de l’entreprise et de l’État. « On préfère envoyer de l’argent pour licencier des gens, au lieu de maintenir une industrie », regrette-t-il. « L’entreprise va débourser 35 millions d’euros pour licencier 245 personnes. C’est l’équivalent d’un projet qui permettrait de conserver l’emploi. » Et Nadir Hadjali de répéter l’adage selon lequel il refuse de « choisir entre fin du monde et fin de mois ».
 

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