Une étude déconstruit les « idées reçues » sur le rapport des Français au travail
L’Institut Montaigne a publié, ce jeudi 2 février, une étude sur le rapport des Français au travail. Les conclusions réfutent plusieurs idées reçues, notamment celle d’un désamour des Français pour le travail. L’adaptation à la crise sanitaire a provoqué une augmentation importante du recours au télétravail. 

Une étude déconstruit les « idées reçues » sur le rapport des Français au travail

L’Institut Montaigne a publié, ce jeudi 2 février, une étude sur le rapport des Français au travail. Les conclusions réfutent plusieurs idées reçues, notamment celle d’un désamour des Français pour le travail. L’adaptation à la crise sanitaire a provoqué une augmentation importante du recours au télétravail. 
Henri Clavier

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L’auteur de l’étude intitulée « Les Français au travail : dépasser les idées reçues », l’économiste Bertrand Martinot, propose une analyse nouvelle du rapport au travail. 77 % des sondés se déclarent satisfaits dans l’exercice de leur travail.

80 % des travailleurs se déclarent satisfaits du sens de leur travail

Des données à rebours d’un discours fréquemment entendu sur la « paresse » des Français « Ces premiers résultats ne confirment pas les commentaires très répandus selon lesquels les travailleurs français feraient face à un « avenir introuvable », auraient perdu le sens du travail. » Mieux, 80 % des travailleurs se déclarent satisfaits du sens de leur travail.

L’étude pointe la différence de nature entre les facteurs expliquant la satisfaction et l’insatisfaction au travail. Par exemple, une rémunération jugée insuffisante est un motif important d’insatisfaction tandis qu’une rémunération considérée comme juste participe peu au niveau de satisfaction. A l’inverse, participer à une cause sociale ou environnementale génère un important niveau de satisfaction, mais ne pas y participer n’est pas un facteur d’insatisfaction.

Le télétravail redéfinit le rapport des Français au travail

Sans surprise, l’étude met en exergue un développement massif du télétravail. Une évolution significative surtout illustrée par le télétravail régulier (au moins une fois par semaine) désormais pratiqué par 33 % des travailleurs contre 3 % en 2017. En plus d’une généralisation, l’étude pointe une intensification du télétravail « On observe une plus grande intensité, avec une moyenne de 2,7 jours par semaine pour ceux qui pratiquent un télétravail régulier contre environ 2,2 jours en 2017. » L’auteur identifie également un « optimum qui serait compris entre 2 et 3 jours, ce qui correspond d’ailleurs à l’intensité moyenne du télétravail régulier observé ». Un rythme favorable au bien-être des actifs. Néanmoins, un télétravail prolongé augmenterait l’absentéisme et comporte des risques pour la santé mentale et physique des travailleurs.

L’étude fait aussi apparaître une importante inégalité face au télétravail en fonction des secteurs d’activité, 60 % des travailleurs n’ayant pas accès au télétravail « Les cas de non-télétravail résultent, dans une immense majorité, de l’impossibilité technique de le pratiquer, non d’un refus de principe de l’employeur. »

« Le cadre traditionnel de la semaine de cinq jours aux horaires de bureau est devenu très minoritaire. »

Loin de réclamer un « droit à la paresse », une majorité de travailleurs déclare être satisfaite de son temps de travail (en moyenne 39,8 heures par semaine). Ainsi, 31 % des interrogés sont prêts à « travailler plus pour gagner plus », tandis que 15 % sont prêts à « travailler moins pour gagner moins. »

Par ailleurs, l’auteur fait état d’une érosion du cadre classique de la semaine de 35 heures « On observe un étalement croissant des horaires de travail, la pratique des « heures de bureau habituelles » (pas de travail après 20 h ou le week-end) devenant minoritaire. » Une pratique particulièrement observée chez les cadres pour le travail après 20 h, et chez les employés pour le travail le week-end.

Si le temps moyen travaillé reste stable, 60 % des sondés font état d’une augmentation de leur charge de travail sur les cinq dernières années. Une charge de travail jugée excessive serait liée à des facteurs subjectifs comme « La difficulté relationnelle avec le management, la charge psychique ou encore le faible degré d’autonomie. »

« 7 % des actifs estiment que l’âge minimum légal du départ en retraite de 62 ans n’est pas assez élevé »

Si l’étude insiste sur la satisfaction au travail malgré l’intensification de la charge de travail, une très faible proportion des actifs se dit prête à travailler plus longtemps « 7 % des actifs estiment que l’âge minimum légal du départ en retraite de 62 ans n’est pas assez élevé. » Un avis principalement partagé par « une personne de profession CSP + (artisans, professions libérales, cadres) et généralement de plus de 50 ans éprouvant un fort degré de satisfaction dans son travail. » 48 % des sondés estiment que l’âge de départ est trop élevé et 45 % que l’âge de départ est satisfaisant.

Les dernières années de travail sont décisives, 41 % des travailleurs souhaitent des conditions de travail aménagées à l’approche de la retraite et 44 % se disent prêt à partir plus tôt en retraite, même avec une pension réduite.

Le mythe de la « grande démission » ?

Sans valider l’idée d’une « grande démission », l’auteur confirme l’existence d’une importante demande de mobilité professionnelle chez les travailleurs. Le taux, important, de démission s’expliquerait par un marché de l’emploi favorable aux salariés. L’étude rappelle cependant les difficultés à réaliser ces reconversions en fonction du secteur d’activité d’origine « Les obstacles ressentis à la mobilité restent nombreux, tout particulièrement pour les moins qualifiés qui sont en même temps les plus demandeurs. »

 

Méthodologie :

L’étude a été réalisée en ligne par Kantar Public du 15 septembre 2022 au 03 octobre 2022 auprès d’un échantillon représentatif de 5001 actifs français en emploi. La représentativité est assurée par la méthode des quotas.

La méthode des quotas permet d’avoir un échantillon représentatif de la population française. Par exemple, Kantar Public s’assure que la proportion d’hommes et de femmes répondants coïncide avec la proportion observée au niveau national par les études de l’INSEE. Les quotas choisis de représentativité sont les suivants : sexe, âge, région, catégorie d’agglomération et CSP de l’individu.

Si des divergences dans les quotas sont observées dans l’étude, un redressement est effectué sur les mêmes critères afin d’assurer la parfaite représentativité de l’échantillon.

D’autres variables n’ont pas été soumises à la méthode des quotas, comme le statut (indépendant, salarié du privé, salarié du public…) ou le secteur d’activité (industrie, BTP…) mais les proportions observées dans l’enquête sont très proches des statistiques données par l’INSEE. Ainsi, il n’y a pas de catégorie d’actifs largement plus représentée qu’une autre.

 

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