Le président de la commission des Affaires étrangères, Christian Cambon, a rencontré aujourd’hui au Sénat l’ambassadeur de la République islamique d’Afghanistan. Mohammad Homayoon Azizi affirme que la vallée du Panshir où se situerait d’après lui actuellement le Vice-président afghan, n’est pas tombée aux mains des talibans comme ils le revendiquent. Il affirme aussi que le Pakistan a conduit des frappes de drones sur la vallée, accompagnant ainsi l’avancée des talibans.
Vallée du Panshir : l’ambassadeur d’Afghanistan accuse le Pakistan de soutenir les talibans par des frappes de drones
Le président de la commission des Affaires étrangères, Christian Cambon, a rencontré aujourd’hui au Sénat l’ambassadeur de la République islamique d’Afghanistan. Mohammad Homayoon Azizi affirme que la vallée du Panshir où se situerait d’après lui actuellement le Vice-président afghan, n’est pas tombée aux mains des talibans comme ils le revendiquent. Il affirme aussi que le Pakistan a conduit des frappes de drones sur la vallée, accompagnant ainsi l’avancée des talibans.
Alors que les talibans revendiquent aujourd’hui la prise de la vallée du Panshir – dernière poche de résistance du Front national de résistance (FNR) – l’ambassadeur afghan du précédent gouvernement Mohammad Homayoon Azizi était reçu par Christian Cambon au Sénat.
« À la connaissance du Sénat, il n’y a pas de projet de reconnaissance des talibans »
« Le fait d’accueillir l’ambassadeur d’Afghanistan était une manière de montrer notre solidarité au nom du Sénat avec cet ambassadeur et son équipe ainsi qu’avec le gouvernement qui était le gouvernement afghan jusqu’à des jours récents et qui l’est encore sur le plan légal et international » affirme d’emblée le président de la commission des Affaires étrangères.
M. Azizi est donc encore l’ambassadeur de la République islamique d’Afghanistan en France « pour représenter le gouvernement afghan légitime », selon lui. Il explique en effet que « la majeure partie de notre pays a été capturée par la force par les talibans » ce qui est « contraire aux lois internationales ». D’après Christian Cambon il serait d’ailleurs difficile qu’il en soit autrement : « À la connaissance du Sénat, il n’y a pas de projet de reconnaissance des talibans qui n’ont d’ailleurs pas de gouvernement. On ne sait pas qui on reconnaîtrait […] ils ont simplement avancé le nom d’un chef que l’on a entrevu. »
Le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat explique que les ministères des Affaires étrangères et des Armées vont tout de même devoir composer avec les talibans qui tiennent l’écrasante majorité du pays au moins : « Je crois savoir que des conversations, peut-être limitées, vont être nécessaires avec les talibans pour leur faire appliquer ce qu’eux-mêmes ont dit », comme le fait de pouvoir circuler librement dans et en dehors de l’Afghanistan. L’ambassadeur Azizi abonde, discuter ce n’est pas reconnaître : « Selon les lois internationales, des négociations avec des groupes politiques sont autorisées, mais la question de la reconnaissance est une autre chose. Il y a beaucoup d’autres critères à remplir pour pouvoir passer à la question de la reconnaissance internationale [d’un gouvernement]. »
« S’il y a reconnaissance des talibans, c’est qu’ils auront renoncé au terrorisme, qu’ils laisseront circuler les nationaux d’Afghanistan comme ils le souhaitent et que des preuves seront données sur le droit et le statut des femmes. Les premiers éléments nous inquiètent un peu », précise Christian Cambon.
Vallée du Panshir : « Les combats entre les talibans et les groupes résistants continuent », d’après l’ambassadeur Azizi
Reste une question : les talibans ont-ils définitivement repris l’ensemble du territoire afghan – et notamment la vallée du Panshir – comme ils le revendiquent aujourd’hui ? L’ambassadeur Azizi affirme que la vallée n’est pas tombée : « Notre vice-président et nos concitoyens qui résistent encore au Panshir et dans certaines parties du Baghlan sont encore en guerre avec les talibans à l’heure actuelle. […] La vallée du Panshir a une géographie très compliquée, elle est composée de plein de vallées différentes. Une partie de ces vallées est contrôlée par les talibans, mais dans les autres, les combats entre les talibans et les groupes résistants continuent. »
Il rejoint ainsi la communication du Front national de résistance et d’Ahmed Massoud, fils du commandant Massoud, qui affirment encore combattre et tenir des « positions stratégiques » au Panshir, en appelant par ailleurs les Afghans à se soulever contre les talibans. À l’inverse, Christian Cambon évoque, lui, une « reddition » dans la vallée du Panshir. En tout état de cause, les talibans semblent avoir largement pénétré la région.
« Certaines des forces de résistance ont été visées par des drones pakistanais hier dans la vallée du Panshir », affirme l’ambassadeur Azizi
Et pour cause, tous les opposants aux talibans mettent en avant un autre point qui explique cette avancée des talibans dans une poche de résistance qui n’était jamais tombé, ni sous l’occupation soviétique, ni quand les talibans avaient repris le pays dans les années 1990. Ils dénoncent l’appui militaire direct du Pakistan aux talibans. L’ambassadeur Azizi explique ainsi que «malheureusement, certaines des forces de résistance ont été visées par des drones pakistanais hier dans la vallée du Panshir. »
L’ambassadeur de la République islamique d’Afghanistan aurait révélé à Christian Cambon « que la reddition dans la vallée du Panshir était due à l’attaque de drones et d’hélicoptères pakistanais ». Le président de la commission des Affaires étrangères promet d’auditionner prochainement l’ambassadeur Azizi pour « éclairer ce point ». Il explique aussi qu’il portera par ailleurs cet « élément diplomatique très important » à la connaissance du gouvernement « pour avoir sa réaction sur le sujet ».
La crise afghane n’en finit donc pas d’étendre ses ramifications dans les relations internationales, puisque l’Iran a déjà condamné « fermement » l’assaut des talibans contre le Panshir, ainsi que les « ingérences étrangères » dans les affaires afghanes, dans une allusion à peine voilée au Pakistan.
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